Pour les amateurs de safari, la Tanzanie est un classique, avec des lieux légendaires comme les plaines du Serengeti et le cratère du Ngorongoro. Pour les amateurs de grands treks, la Tanzanie est aussi un classique, avec le Kilimandjaro, le plus haut sommet de l'Afrique. Le rêve, c'est de pouvoir combiner les deux.

Mis à jour le 3 janv. 2012
Marie Tison LA PRESSE

J'ai un vieux compte à régler avec le Kilimandjaro.

Il y a une vingtaine d'années, j'ai tenté l'ascension de cette montagne, le plus haut sommet d'Afrique, à 5895 mètres d'altitude. Le froid et la lassitude m'ont amenée à mettre fin à l'ascension. J'étais à 5685 mètres, sur la crête de cet ancien volcan, à un endroit appelé Gillman's Point. Depuis, le Kilimandjaro m'est resté en travers de la gorge. Je me suis promis d'y retourner un jour et de tenter à nouveau l'ascension, mais par une voie différente.

Le Kilimandjaro n'est pas une montagne techniquement difficile: il n'y a pas d'escalade technique au programme, pas de traversée de glacier. On n'a qu'à marcher. Le grand problème, le grand danger, c'est l'altitude. À 5800 mètres, il y a 50% moins d'oxygène disponible qu'au niveau de la mer. Si on ne prend pas les précautions nécessaires, on risque l'oedème cérébral ou pulmonaire. Il faut s'acclimater progressivement. Bref, il faut du temps.

Il y a 20 ans, nous nous étions donné cinq jours pour faire l'ascension du Kilimandjaro et en redescendre en empruntant la voie la plus populaire, Marangu. C'était probablement trop court. Dans mon groupe de 13 personnes, aucun n'avait réussi le sommet.

Cette fois-ci, j'ai choisi l'agence Karavaniers qui offre de faire le sommet en sept jours en contournant la montagne par le nord. Mais surtout, on offre aussi de faire une autre montagne juste avant, le mont Meru, un trek de quatre jours qui permet de monter jusqu'à 4566 mètres et d'améliorer ainsi l'acclimatation.

Deux randonnées et un safari

Sur place, je me rends rapidement compte que le mont Meru est bien plus qu'un petit amuse-gueule. Le trek débute dans une savane où déambulent des girafes et des phacochères. Nous avons donc un safari en prime. Puis, nous marchons sous des arbres tourmentés aux branches couvertes de mousse. En montant, nous voyons bientôt surgir à l'horizon la silhouette impressionnante du Kilimandjaro.

Nous nous levons à trois heures du matin pour grimper les derniers 1000 mètres qui nous séparent du sommet du mont Meru. Le soleil levant nous dévoile peu à peu la splendeur de cet ancien volcan: un sol rouge, une crête étroite qui longe une falaise vertigineuse, puis un sommet effilé qui se dresse devant nous. À 10h, nous parvenons enfin à y mettre le pied. Nous sommes fins prêts pour le Kilimandjaro.

Deux jours plus tard, nous rencontrons notre armée de guides et de porteurs au départ de la voie Lemosho. C'est une voie relativement peu utilisée, mais elle nous permet d'admirer une crête qui délimitait un ancien cratère, Shira, maintenant effondré. Nous traversons un paysage lunaire, marqué par d'anciennes coulées de lave, pour rejoindre la voie du nord. Nous sommes maintenant seuls.

Je remarque une différence importante, fort agréable, par rapport à ma première expérience. Les porteurs et guides ont pris l'habitude de chanter. Au camp, ils nous accueillent avec une sélection de chants traditionnels... et de chansonnettes tirées du Roi Lion.

Une autre différence est moins plaisante: mon premier trek sur le Kilimandjaro s'était déroulé en grande partie sous le soleil. Cette fois-ci, les nuages se referment sur nous. À la fin de la troisième étape, c'est le déluge. Heureusement, nous venons de nous mettre à l'abri dans nos tentes et nous avons une confortable tente mess pour les repas.

Une surprise nous attend au petit matin: il a neigé sur le sommet du Kilimandjaro. Pas beaucoup, quelques centimètres tout au plus. Mais assez pour solidifier le gravier instable qui rend l'ascension si difficile.

Nous rejoignons une nouvelle voie pour l'ascension de la crête. Je reconnais l'endroit avec un frisson: c'est la dernière étape de la voie Marangu. Il y a 20 ans, nous avions effectué cette ascension de nuit afin d'arriver à la crête au lever du soleil. Dans ce satané gravier, nous montions de deux pas pour systématiquement glisser d'un pas. Arrivés à Gillman's Point, nous étions vannés, incapables de marcher encore une heure trente pour atteindre le sommet.

Cette fois-ci, nous montons de jour. Ce n'est pas nécessairement une partie de plaisir, mais nous sommes moins épuisés. Arrivés à Gillman's Point, au lieu de continuer à monter vers le sommet, nous redescendons quelque peu dans le cratère du Kilimandjaro. Nous allons y passer la nuit et tenter de nous reposer. C'est nécessaire. Certains membres du groupe sont mal en point: mal de tête, nausées. Nous sommes quand même à une altitude de 5731 mètres.

Nous parvenons à dormir pendant qu'une neige légère tombe sur les tentes. Le lendemain, l'ascension se fait rapidement, en moins de deux heures. Le panneau qui marque le sommet apparaît presque par surprise dans l'épais brouillard qui s'est installé. Nous ne voyons rien du paysage, du cratère. Qu'à cela ne tienne, nous prenons photo sur photo de notre victoire. Alors que des marcheurs qui se sont levés à minuit pour accomplir toute l'ascension d'une traite ont peine à se tenir debout, nous dansons au son des chants de nos guides. Je savoure ma revanche. J'ai réglé mes comptes.

La stratégie a été payante pour tout le monde: les 13 membres de mon groupe ont atteint le sommet.

Il nous faut encore deux jours pour redescendre sur le plancher des vaches (ou des buffles) et célébrer la victoire avec un généreux buffet et un dernier concert de l'équipe locale. Hakuna matata: il n'y a pas de problème.