Sir Winston Churchill a déjà qualifié l'Ouganda de perle de l'Afrique, avec ses montagnes aux éblouissants glaciers, ses collines couvertes de plantations de thé, ses lacs étincelants, ses parcs regorgeant d'animaux sauvages. Mais voilà, durant le règne du dictateur Idi Amin Dada, les animaux ont été décimés. Heureusement, l'Ouganda s'est lentement remis du désastre. Les animaux sauvages ont recommencé à peupler le pays. La perle de l'Afrique a repris du poil de la bête.

Marie Tison LA PRESSE

La végétation est bizarre et splendide: d'immenses fleurs, des lobélies de trois mètres de haut qui ressemblent à de grands cierges, de la mousse partout, verte, ocre, et les derniers filets d'une petite brume qui confère à l'ensemble un air de mystère.

Après une longue journée de marche, nous sommes épuisés, mais nous oublions toute notre fatigue devant cette forêt enchantée.

Pendant une semaine, nous parcourons les sentiers du parc des Rwenzori, les Montagnes de la lune. C'est le nom légendaire que portent ces hautes montagnes glacées qui marquent la frontière entre l'Ouganda et la République démocratique du Congo et qui constituent une des sources du Nil.

Une armée de porteurs et de guides locaux nous accompagnent. Des refuges rustiques parsèment le sentier, occupant souvent des sites spectaculaires. Mais le trek est difficile.

Le massif des Rwenzori est probablement l'un des endroits les plus arrosés au monde. Il y pleut presque tous les jours. Le sentier est donc boueux à l'extrême. Nous sommes prêts, armés de bottes de caoutchouc et de bâtons de marche. Heureusement, on y a construit un long trottoir de bois sur une section particulièrement marécageuse. On a également installé des échelles et des escaliers de bois dans les passages les plus difficiles. C'est que le terrain est très accidenté. Les montées sont raides et ardues, les descentes aussi, avec la boue et les racines qui tentent à tout moment de faire trébucher le randonneur. Mais le paysage, étrange et majestueux, compense tous ces efforts.

Le sentier commence à une altitude de 1600 m. Il traverse une forêt de feuillus, puis une forêt de bambous, avant de mener au royaume de la brume et des lobélies géantes. Lorsque les nuages s'écartent, nous pouvons admirer les glaciers éclatants accrochés sous les sommets des Rwenzori, comme le mont Stanley, le troisième de l'Afrique, avec ses 5109 m d'altitude.

Nous sommes d'ailleurs quelques-uns à tenter l'ascension de cette montagne. Nous partons du refuge Elena, à 4540 m, à 5h15, tandis qu'il fait encore nuit. La température est souvent plus clémente le matin, nous voulons mettre toutes les chances de notre côté.

Nous atteignons le glacier lorsque le jour se lève. C'est le temps de mettre les crampons et le casque, de s'encorder et d'empoigner le piolet.

Le lever du soleil est spectaculaire, le paysage, grandiose et les crevasses, pas bien méchantes. Un passage difficile sur une glace inclinée près du sommet nous donne du fil à retordre, mais nous réussissons à passer et nous atteignons notre but à 9h30 du matin, sous un franc soleil. D'ici, nous pouvons jeter un coup d'oeil sur les forêts du Congo et sur les autres pics du massif des Rwenzoris.

Nous redescendons jusqu'au refuge Kitandara pour rejoindre nos copains, passé 16h. Ils ont également passé une bonne journée. Certains ont visité les environs, d'autres ont relaxé sur les rives d'un petit lac niché entre des falaises couvertes de mousse. Tous ont le sourire aux lèvres.

Des humains et des singes

Nous marchons depuis à peine trois minutes dans la forêt que, déjà, Harriett, notre guide locale, aperçoit un chimpanzé. En une fraction de seconde, elle quitte le sentier pour s'élancer à sa poursuite dans les fourrés. Nous la suivons, enjambant des racines, passant sous des branches, faisant attention à ne pas mettre la main sur un tronc d'arbre couvert de féroces fourmis rouges.

Le singe sait que nous le suivons, mais cela ne l'agace pas vraiment. Ici, dans la forêt de Kibale, on a progressivement habitué les chimpanzés à la présence humaine. Cela a permis de faciliter les recherches scientifiques, mais aussi de mettre en place un programme d'excursions touristiques qui crée des emplois intéressants dans les communautés locales.

Notre chimpanzé a fini par monter sur un arbre, pas très haut, ce qui nous permet de mieux l'observer.

Harriett reçoit un message sur sa radio: un autre guide est tombé sur une mère et son enfant. Et hop, nous laissons notre solitaire et partons à la recherche de la petite famille. Après quelques minutes de marche, nous finissons par la retrouver. Le petit est adorable.

Pour l'observation des singes, il est difficile de trouver mieux que l'Ouganda. Et la forêt de Kibale, dans le sud-ouest du pays, est particulièrement généreuse.

En randonnée de nuit, on peut voir les galagos: ce sont de minuscules singes nocturnes aux immenses yeux. Nous marchons dans les sentiers, balayant les branches des arbres avec la lumière de nos lampes de poche à la recherche de deux petits points lumineux, les yeux de l'animal.

Mais il est impossible de parler d'Ouganda et de singes sans parler du plus grand de tous, du plus rare, le gorille de montagnes. Ce grand singe ne se retrouve plus qu'à la frontière du Congo, du Rwanda et de l'Ouganda. Les estimations varient, mais il ne resterait que 790 gorilles de montagne dans le monde, dont près de la moitié dans la forêt impénétrable de Bwindi, en Ouganda. Ce qui est encourageant, c'est que le nombre de gorilles est en croissance depuis quelques années.

Nous nous dirigeons vers le sud de la forêt impénétrable de pour aller à la rencontre de la famille de gorilles qui nous a été assignée, le groupe Nkuringo. L'observation des gorilles est très contrôlée: une famille de gorilles ne doit pas recevoir plus d'un petit groupe de visiteurs par jour et la rencontre ne doit pas durer plus d'une heure. Heureusement, Bwindi compte une demi-douzaine de familles habituées aux humains.

Nous arrivons tôt au poste d'accueil du parc, où des gardes-parcs nous expliquent tout ce qu'il faut savoir sur l'étiquette gorille: ne pas les regarder dans les yeux, ne pas les approcher à moins de cinq mètres, parler à voix basse.

Nous quittons le poste et suivons un sentier avant de descendre dans une profonde vallée. Aidés de pisteurs, nous retraçons notre famille de gorilles au bout de près de deux heures de marche. Nous avançons dans la forêt... et nous voyons nos premiers gorilles: un mâle mature, appelé "dos argenté", qui reste dissimulé dans de hautes herbes. Tout près, trois femelles se nourrissent paresseusement de feuilles diverses. Un peu plus loin, c'est le ravissement: un jeune téméraire grimpe dans un arbre et un bébé de 1 an, mignon comme tout, tente de garder son équilibre sur une branche. Nos appareils-photos surchauffent. Tout à coup, un jeune mâle curieux s'approche, mais à cause de la végétation derrière nous, nous ne pouvons pas reculer. Le mâle allonge rapidement le bras, touche légèrement une visiteuse éberluée (et un brin inquiète), puis, sa curiosité assouvie, retourne à son petit-déjeuner.

L'heure a passé comme un éclair, nous devons partir. Une rencontre inoubliable.

Sur le canal

Le Lodge Mweza est situé au sommet d'une colline, au-dessus du canal de Kazinga, qui relie le lac George au lac Edward, au coeur même du réputé parc national Queen Elizabeth.

En levant un peu la tête au-dessus de l'eau de la piscine, je peux voir, tout en bas, des dizaines d'éléphants et de buffles qui se massent sur la rive du canal.

C'est justement l'heure d'aller les voir de plus près...

Nous descendons sur le bord du canal et prenons place à bord d'une petite embarcation luxueuse aux fauteuils de cuirette blanche, abrités du soleil par une grande toile. Appareil-photo dans une main, un petit verre dans l'autre, des bouchées sur une petite table devant nous: c'est un safari tout confort.

Nous traversons lentement le canal pour aller observer de l'autre côté un troupeau de buffles à la mine patibulaire. À quelques pas de l'un d'eux, un crocodile sommeille au soleil, la bouche entrouverte.

Le trajet nous mène près de quelques dizaines d'hippopotames, bien occupés à ne rien faire dans l'eau du canal. Derrière eux, des éléphants marchent posément sur la rive. L'un d'eux s'avance dans l'eau au prix de grands éclaboussements et s'immerge totalement, ne laissant qu'un bout de trompe à l'air libre.

Plus loin, des antilopes viennent s'abreuver.

Les deux heures de ce safari passent beaucoup trop vite. De retour à l'hôtel, un phacochère sauvage, probablement l'un des animaux les plus hideux de la planète, tond consciencieusement la pelouse.

Le parc Queen Elizabeth a été pratiquement vidé de sa faune pendant le régime du dictateur Idi Amin Dada. Mais de toute évidence, après des années de stricte conservation, les animaux sont de retour.

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Repères

Y aller

KLM dessert Entebbe, où se trouve le principal aéroport international de l'Ouganda, à 35 km de la capitale, Kampala.

Combien

Il faut ouvrir bien grand son portefeuille pour visiter l'Ouganda. Il faut prévoir 30$ US par personne par jour pour visiter les parcs nationaux. Pour le trek du Rwenzori, il faut ajouter 100$ par jour pour les porteurs et les guides, qui sont obligatoires. Le permis pour observer les gorilles est de 500$ alors que celui pour observer les chimpanzés est de 90$. L'agence Karavanier offre un forfait de deux semaines qui tourne autour de 5000$, sans le vol, mais comprenant le trek, les safaris et l'observation des primates.

Quand s'y rendre

Pour éviter les saisons des pluies, il faut aller en Ouganda de décembre à février, ou de juin à septembre