La ville marocaine de Casablanca a la caractéristique d'avoir été touchée par la grâce de nombreux architectes du XXe siècle, mais les immeubles qu'ils ont bâtis ne sont pas assez entretenus ni protégés, s'alarme l'organisme Casamémoire.

Mis à jour le 25 mai 2010
Éric Clément LA PRESSE

Se promener dans les rues de Casablanca est un véritable bonheur pour les yeux. Mêlés aux constructions d'art arabo-musulman, les bâtiments érigés lors du protectorat français (1912-1956) donnent à la ville un air occidental suranné. On y voit de nombreux immeubles Art déco, Art nouveau et néoclassiques qui ont souvent servi de décors pour le tournage de films.

 

Or, cet héritage du passé colonial est en danger, selon Casamémoire, qui dénonce le fait que la municipalité de Casablanca laisse ces immeubles à l'abandon et ne requière pas de transformations ou de rénovations de la part de leurs propriétaires.

Plusieurs de ces beaux bâtiments ont déjà été démolis, notamment rue Sidi Belyout, ce qui a soulevé récemment la colère d'architectes, d'intellectuels, d'artistes et de citoyens casablancais. D'autres Casablancais, des musulmans nationalistes, souhaitent pour leur part que ces immeubles soient détruits car ils n'ont, selon eux, plus aucune valeur pour les Marocains d'aujourd'hui et reflètent un passé colonial à éradiquer.

Casamémoire s'élève contre ces tentatives d'éradication du passé et contre le fait que la municipalité ne s'oppose pas aux démolitions. Le débat fait rage dans la ville marocaine. Dans un numéro du quotidien casablancais L'Opinion, un article a réclamé plus tôt cette année «le gel des démolitions et la mise en place d'un véritable plan de protection du patrimoine architectural» et a critiqué la volonté de certains Marocains de vouloir détruire cet héritage. «En suivant d'ailleurs ce raisonnement clairement intéressé, on pourrait se permettre de détruire également les vestiges des Romains à Volubilis, des Portugais à El Jadida et du reste des civilisations et dynasties qui se sont succédé au Maroc, écrit le journal. Cela relève de l'illogisme. Pour ce qui est du patrimoine architectural de Casablanca, sa valeur au niveau mondial est indéniable.»

Casamémoire fait la promotion de l'héritage architectural de Casablanca en rappelant qu'au XXe siècle, la ville a été un véritable laboratoire architectural. De nombreux architectes européens y étaient venus parfaire leur art, mêlant les techniques occidentales aux arts traditionnels marocains (céramique, stuc, boiserie de thuya). Le maréchal Lyautey, responsable de la Ville au début du protectorat français, estimait que Casablanca et son chantier permanent étaient une «école d'énergie».

Des immeubles ont même été dotés d'ascenseurs, de stationnements souterrains, de vide-ordures collectifs, de salles de bains aux étages avant même que le soient certains immeubles d'habitation européens.

Les architectes casablancais ne souhaitent pas la protection des seuls bâtiments du passé colonial. Ils demandent aux autorités une législation afin que tout immeuble patrimonial soit protégé, restauré et mis en valeur.

Casamémoire a lancé une action intitulée «Patrimoine en péril. Baraka!». Il réclame aux autorités de faire l'inventaire du patrimoine immobilier, de définir des zones où la démolition sera interdite et d'investir dans la restauration des immeubles abîmés afin de leur redonner leur splendeur d'antan.

Infos: www.casamemoire.org