On omet souvent Casablanca quand on visite le Maroc. Dommage. La ville blanche est un dépaysant mélange de modernité et de traditions, d'Orient et d'Occident, de raffinement et, aussi, de regrettable délabrement. Elle est par ailleurs dynamique, vivante, jeune et animée. D'elle naîtra le Maroc de demain. Ville de promenades et de découvertes, elle mérite plus qu'un arrêt.

Publié le 26 avr. 2010
Éric Clement LA PRESSE

JOUR 1

8h

L'avion a atterri à l'heure à 8h05. Je vais avoir toute la journée pour découvrir Casa, celle que j'ai imaginée depuis que j'ai vu le film Casanegra. Non! Je n'aurai pas toute la journée. Je suis resté 1h30 dans la voiture, piégé dans les encombrements du boulevard Abd el Moumen, à cause de la construction de la future ligne de tramway. Prenez un autre chemin si vous logez au centre-ville...

 

11h

Après un bain dans la piscine intérieure de l'hôtel Golden Tulip Farah, je me promène dans le quartier Sidi Belyout. Je visite le marché central et ses marchands de poissons. J'y ai mangé d'excellentes huîtres de Dakhla, un port dans le sud du Maroc, des huîtres aussi charnues que des Gillardeau françaises et pas données pour autant: 1$ l'huître. Le marché possède une cour intérieure où l'on vend des fleurs, des olives, des fruits et légumes, des paniers d'osier, des pierres précieuses et des fossiles aussi énormes que rares. Ibrahim Lalli était prêt à me faire un bon prix. Tout près, je suis passé à la pâtisserie La Viennoise manger un bon croissant fourré aux amandes. Je prends un «petit taxi» pour me rendre à la corniche. Il faut demander le prix au chauffeur de taxi. Si on le réquisitionne pour soi, c'est plus cher que s'il peut prendre d'autres clients. J'ai payé entre 7 et 20 dirhams (entre 85 cents et 2,50$), selon la distance. Il faut négocier. Sinon, on se fait plumer.

13h

Promenade sur la corniche, nouvellement rénovée. L'allée de palmiers et les grosses boules d'acier sont flambant neuves. On peut manger du poisson dans les restaurants au bord de la plage de laquelle on aperçoit le phare d'El Hank. La nuit, les jeunes viennent danser dans ses discothèques.

14h

Repas chez les parents d'une amie. Hospitalité habituelle des Marocains. Si vous êtes invité chez des Marocains, ne refusez pas. Vous passerez un moment inoubliable. Le repas sera un festin. Avec des assiettes d'entrées de légumes. Le tajine d'agneau aux pruneaux, aux figues, aux abricots et aux fruits secs était délicieux. Puis un couscous au poulet, aux fèves (genre gourganes) et aux petites courgettes (zucchinis ronds). Encore là, super bon.

16h

Visite de l'église Notre-Dame-de-Lourdes, située place de l'Europe. Massive, en béton armé, elle a été construite dans les années 50 avec des verrières latérales pour que le soleil y entre par l'intermédiaire de vitraux. Il y a 1544 panneaux de verre couvrant 850 m2. La majorité des catholiques qui la fréquente sont africains, la plupart venus étudier à Casa.

18h

Un verre au Rick's Café dont la propriétaire américaine a recréé l'ambiance du film Casablanca, avec Humphrey Bogart et Lauren Bacall. Le film passe en boucle au premier étage. L'intérieur est bien décoré, façon orientale. Mais la cuisine et les cocktails n'ont rien d'exceptionnel.

21h

Mes amis casablancais m'ont donné rendez-vous au Ryad Zitoun, un des trois ou quatre bons restaurants marocains de Casa. Situé dans un quartier assez joli, boulevard Rachidi. WiFi gratuite. Serveurs coiffés du tarbouch. Bonnes briouates. Tajine à l'agneau correct. Très bon vin: Médaillon rouge, de la maison Thalvin. Le service est plutôt quelconque et le patron, malgré notre demande, n'est jamais venu nous saluer.

Restaurant Ryad Zitoun

31, boulevard Rachidi

JOUR 2

11h

Je visite pieds nus la mosquée Hassan II, le plus beau monument de Casa et la seule mosquée marocaine où un non-musulman peut entrer. Sa construction, à fort prix, a duré six ans. Elle se dresse au bord et sur l'eau (sur 200 pieux), car un verset du Coran affirme que «le trône de Dieu était sur l'eau». Elle vaut le détour quand on aime l'art arabo-musulman. L'ensemble est grandiose. Du marbre partout. C'est la troisième plus grande mosquée, après celles de La Mecque et de Médine: 25 000 personnes peuvent prier dans une salle de 20 000 m2. Un balcon en cèdre surélevé fait toute la longueur de la salle: les femmes y sont placées derrière un haut paravent. Pour ne pas distraire les hommes. Toutes les ornementations ont été faites par des artisans de Fez et de Meknès. Les colonnes habillées de marbre et les murqanas (nids d'abeilles) ont été recouverts de feuilles d'or, de henné et de safran. Le toit peut s'ouvrir, pour aérer les lieux. Au sous-sol, belle salle des ablutions et très beau hammam. Les bâtiments autour de la mosquée devaient abriter une grande bibliothèque. Faute de financement, ils sont vides depuis... 1993. www.mosqueehassan2.com

13h

Je me rends à pied au quartier des Habous plutôt que de prendre un taxi. Cela me permet de voir une multitude de magnifiques immeubles art déco. Casablanca détient une véritable richesse architecturale. Des dizaines d'architectes étrangers ont créé de splendides édifices dans la ville, avec des ornementations exceptionnelles, notamment le cinéma Rialto ou l'hôtel Volubilis. Mais bien de ces immeubles sont détériorés et les autorités ne s'en occupent pas. La Villa des arts de Casablanca, sorte de musée d'art moderne sur le boulevard Brahim Roudani, est toutefois bien entretenue et permet de passer de belles soirées à discuter philosophie.

14h

Dans le quartier des Habous (habous signifie fondations pieuses), créé dans les années 20 par les Français, les rues avec arcades et les ruelles ombragées sont magnifiques. Le souk est très animé quand il y a une vente de vêtements et d'ustensiles à la criée (dlala) entre commerçants. On crie. On enchérit. On s'engueule. Tous les jours, de 13h20 à 14h20. Mon quartier coup de coeur à Casa.

16h

Découverte de l'ancienne médina au centre-ville. Immense. Un véritable labyrinthe de ruelles et de passages où les magasins de tapis, de bijoux, d'objets en bois, de vêtements en cuir et de souliers abondent. La saleté aussi. On ne peut que s'y perdre sans guide. Plusieurs m'ont proposé leurs services pour me conduire vers leurs marchands associés... J'ai refusé puis je me suis laissé entraîner. Il faut suivre le courant. Rester calme. Sourire. Écouter. Découvrir. Dire qu'on reviendra demain, qu'on doit réfléchir, si on veut se libérer sans froisser. En restant ouvert, j'ai fait de belles découvertes et des rencontres. J'y ai trouvé une peinture et trois amis.

19h

Je retrouve justement des amis à L'étoile du Plazza, lounge branché de Casa. Campari orange et tapas de crevettes, de calmars et de merguez. Ambiance feutrée d'abord. Puis, le lounge se remplit, devient restaurant. Lotte grillée succulente et gâteaux au chocolat et nougat glacé divins.

L'étoile du Plazza

74, boulevard Abdelatif Ben Kaddour

21h

Des musiciens gnaouas prennent place. La musique d'abord lancinante devient dynamique puis frénétique. Les musiciens se déchaînent, dansent, entrent en transe. Des spectateurs frappent des mains. On ne s'entend plus parler. Ambiance assurée. Seul problème: c'est fumeur. Mais c'est aéré.

Les frais de voyage de ce reportage ont été payés par Royal Air Maroc.