Bye bye, Colombie, tu vas me manquer ! Mais, tu sais, j'ai du bon temps en perspective... Cette semaine, mes amis Christine, Rémi et Richard, d'Océan Télévision, débarquent à San José, au Costa Rica, pour le tournage de deux documentaires de Partir autrement : une émission sur le tourisme équitable diffusée à TV5, pour ceux qui l'ignorent encore. Alors, comme un bon soldat, je suis parti de Bogotá, pour les accueillir au Costa Rica.

Publié le 30 avr. 2010
Bruno Blanchet LA PRESSE

Et encore une fois, quel plaisir.Nos retrouvailles sont gaies. Autour d'une petite bière, on se jase du printemps, de la famille, du Canadien, et on se bourre de potins... C'est le Québec qui vient à ma rencontre !

Puis, on se met à l'ouvrage. Parce que le fardeau est lourd. Et la responsabilité est grande. À chaque tournage, notre mission est de dresser correctement le portrait de gens passionnés, qui n'ont jamais fait de télé (détail important !), et qui essaient, à leur façon, de rendre la vie plus facile aux infortunés ; du monde ordinaire qui ont des idées extraordinaires et qui les exécutent dans des conditions pas toujours évidentes...

Souvent, ils ont à se battre contre un gouvernement corrompu ou des multinationales aux pouvoirs tentaculaires. Puis, ils ont à s'organiser avec les conflits locaux, les chefs véreux, les jaloux, les pégreleux, ou, plus simplement, avec les éléments... Pensez-vous qu'il est facile de gérer un lodge au milieu de la forêt amazonienne du Pérou ? Tout rouille ! Tout tombe en ruine ! Et y'a les moustiques, et les clients qui se plaignent du ventilateur et les madames qui sortent en hurlant de la douche parce qu'une tarentule vient de leur tomber sur le caillou ! En plus, faut le bâtir, ce foutu lodge au milieu de la jungle... Chaque fois, c'est le récit d'une aventure incroyable, née d'un surprenant désir de vivre autrement.

Et mon travail, là-dedans ? Être à l'écoute. Être allumé. Être curieux.

N'est-ce pas merveilleux ?

Bien entendu, tout n'est pas que youpidou la fête et vacances à la plage en monokini avec Martine (bonjour, Martine !) : nous avons un horaire serré à respecter et beaucoup de pain sur la planche. En six jours, nous tournons en moyenne 16 heures de contenu, pour bâtir les 50 minutes du show. C'est beaucoup de stock, croyez-moi ! Et pour y arriver, l'équipe doit souvent redoubler de créativité, parce que les conditions de tournage ne sont jamais idéales... Jamais ! Chaque image que vous voyez est improvisée, à sa façon, et pas une seule fois, le scénario original n'a été respecté.

Et ce n'est pas par mauvaise volonté.

Toujours, y'a les transports pénibles plus longs que prévus, la pluie diluvienne, le soleil qui plombe, la caméra qui souffre de l'humidité, le gars pas là, les millions de mouches, le mal de ventre, un vacarme inouï... Ou tout en même temps ! Je vous assure que, à l'image et au son, Richard et Christine font un travail vraiment remarquable pour arriver à vous faire croire, à l'écran, que tout est sous contrôle. Et à la production, Rémi multiplie les miracles.

Chapeau, les pros.

Mais, toujours, aussi, y'a les belles surprises ! Comme lors de notre dernier tournage, au Costa Rica.

Connaissez-vous la communauté de Durika ?

***

Ayayayayaye. Et j'en rajouterais tout la journée. Comment vous décrire, de façon juste, une bande d'hurluberlus qui ont réussi, à force d'entêtement et de détermination, à empêcher la déforestation de toute une région en plantant des millions d'arbres et en changeant la mentalité des habitants, habitués à chasser et à raser la forêt sans aucune conscience de l'importance de leur écosystème sur la planète ? Comment vous expliquer que leur vie en commune isolée est paisible, parce qu'absolument tout ce qu'ils font doit être approuvé à l'unanimité, lors de rencontres quotidiennes auxquelles même les enfants sont conviés ?

Ils vivent sur le sommet d'une montagne, ils sont végétariens, ils ne boivent pas d'alcool, ne fument pas, et ils ne sont pas payés pour leur travail, qui est uniquement destiné à rendre le monde meilleur et à servir la communauté... Comme planter des arbres. Ou donner du matériel de classe aux enfants autochtones voisins. Ou guider les touristes dans la forêt et leur enseigner les beautés de la nature. Et toujours en parlant de paix et d'amour...

Y'a une pogne, que je me suis dit ! C'est une secte. Ce sont des fanatiques. Ou des ex-drogués. Des raéliens ? Pas assez bêtes pour ça... Des loups-garous ? Pas assez poilus. Peut-être sont-ils les «Autres», de la télésérie Lost ?

Bref, comme tout être normal confronté à une histoire aussi invraisemblable, toute la semaine, j'ai cherché la bibitte.

Et je ne l'ai pas trouvée. Courez les visiter. Comme moi, ils vous inspireront pour le reste de votre vie.

Muchas gracias y hasta luego, amigos.

 

Photo : Bruno Blanchet, collaboration spéciale

Richard et Christine au travail autrement...