Mon premier séjour à Bordeaux remonte à une quinzaine d'années. J'en ai gardé un souvenir très clair: j'avais détesté. Il faut dire qu'à l'époque, même les Bordelais pur beurre fuyaient la ville sitôt le week-end arrivé. Ils partaient pour la mer. Ou la montagne. N'importe où sauf cette ville assiégée par les automobiles où les façades incrustées de saleté plombaient le décor. Et où la Garonne se devinait à peine derrière les hangars désaffectés.

Publié le 15 août 2010
Stéphanie Morin LA PRESSE

>>> Voyez encore plus de photos de Bordeaux

Il a fallu, en 1995, l'arrivée d'un nouveau maire, l'ancien premier ministre français Alain Juppé, pour réveiller celle que l'on a longtemps surnommée «la belle endormie». Son prédécesseur, Jacques Chaban-Delmas, a régné pendant 45 ans à la mairie. Sous son règne, la ville avait pris un sacré retard sur le plan de l'urbanisme. Aujourd'hui, la belle a les yeux grands ouverts... au point de séduire l'unesco, qui l'a inscrite au patrimoine mondial de l'humanité en 2007. Visite d'une ville qui a changé du tout au tout.

Dehors, les bagnoles!

Pour transformer la chenille en papillon, Juppé a misé d'abord sur une chose: le tramway. La circulation automobile était devenue un cauchemar, avec des places historiques transformées en véritables ronds-points. Depuis 2004, la ville possède trois lignes de trams modernes et hyper silencieux, dont les fils enfouis ne défigurent pas le centre historique. Un autre moyen de transport écolo s'est ajouté cette année: un système de vélo libre-service, façon Bixi. Le prix est dérisoire (1 euro la journée, avec les 30 premières minutes gratuites). Les bornes des VCUB connaissent par contre des ratés avec les cartes de crédit étrangères (les nôtres, quoi!), mais le problème devrait être résolu sous peu. En attendant, on peut toujours s'enregistrer en personne dans un des bureaux de la Communauté urbaine de Bordeaux.

Photo fournie par l'Office de Tourisme de Bordeaux

La place de la Victoire devenue piétonne, accueille nombre de terrasses.

Il reste que depuis que la circulation automobile a été chassée par les travaux de Juppé, la ville se visite surtout à pied. D'ailleurs, depuis 10 ans, le centre est interdit aux voitures chaque premier dimanche du mois. Au menu: animation, marchés publics, spectacles en plein air...

Belle récompense pour les Bordelais, qui ont vécu pendant plus de 10 ans dans une ville prise en otage par les pelles mécaniques, les grues et les cônes orangés. Le calme est revenu depuis deux ans à peine. Après avoir ragé, l'heure est venue pour eux (et nous) de savourer...

Place(s) aux piétons

Pas moins de 12 places ont été interdites aux automobiles et sont devenues entièrement piétonnes. Mieux, les façades des bâtiments qui les ceinturent ont été blanchies. La plus spectaculaire: la place Pey-Berland. Naguère, les autos encerclaient carrément la cathédrale Saint-André. Aujourd'hui, cette vaste place est tranquille, bordée de bistrots et de terrasses. Mon coup de coeur: la place Camille-Jullian, la «Caju», petit marais bordelais fréquenté par les artistes qui y vont autant pour voir que pour être vus.





Photo: Stéphanie Morin, La Presse

Les Bordelais se sont réappropriés les quais et le fleuve.

Un coup de jeune

La réfection de la ville n'a pas comblé que les piétons. Les commerçants aussi y trouvent leur compte, avec l'apparition de plusieurs tronçons piétons. Rien n'égale toutefois la rue Sainte-Catherine, plus longue rue marchande piétonne d'Europe. Une enfilade longue de 1,2 km de boutiques telles que chocolaterie, parfumerie, magasins de chaussures et de vêtements... Bondée sept jours sur sept, comme son homonyme montréalaise...

En fait, tout le quartier Saint-Pierre, avec son lacis de ruelles, est reconnu pour ses boutiques branchées, tendance «urbain chic». Pour le luxe, mieux vaut migrer vers le cours de l'Intendance, aussi interdit aux voitures, qui débouche sur le Grand théâtre et l'hôtel Régent, seul cinq étoiles de la ville, rouvert au public en 2007.

Bordeaux, ville tendance? Oui, désormais. «Lorsque j'étais étudiante, je devais aller à Paris pour trouver des produits branchés; maintenant, ce sont les Parisiennes qui viennent acheter à Bordeaux, lance Christine Birem, guide-interprète pour l'Office de tourisme. Auparavant, la ville était très repliée sur elle-même, très traditionnelle. En 15 ans, elle a eu un coup de jeune; maintenant, il y a de la vie. Même le soir.»

La beauté sur les quais

L'énergie nouvelle de la ville est surtout palpable sur la promenade des quais, longue de 4,5 km et entièrement rénovée. Difficile d'imaginer que la ville ait pu vivre si longtemps en tournant le dos au fleuve. La Garonne coule aux pieds des plus belles façades, des plus belles esplanades. Depuis la résurrection de la promenade, chaque tronçon a son ambiance propre. Le quai des Sports, avec ses terrains de jeu et ses appareils de musculation plantés à même la pelouse. Le quai des Chartrons, avec ses boutiques à prix réduit et son marché dominical ultra-couru. Les bassins à flot, avec leur décor industriel et leur faune artistique.

Le coup de génie: le miroir d'eau, installé sur un ancien stationnement, face à la place de la Bourse. Sur un grand espace bétonné, quelques centimètres d'eau affleurent la surface, reflétant la place de la Bourse et la fontaine des Trois Grâces. Quand, sans prévenir, l'eau devient vapeur et enveloppe le paysage de brouillard, les enfants y courent pour se rafraîchir.

Un détour obligé pour les photographes, déjà ravis par une ville qui n'en finit plus de se refaire une beauté.

Quelques adresses

> L'Intendant

Imaginez un escalier en colimaçon qui grimpe sur quatre étages. Au rez-de-chaussée, les vins à moins de 20 euros. Au sommet, les Petrus à 5000. Et entre les deux, 15 000 bouteilles de bordelais, dont plusieurs crus classés, la spécialité de la maison. À donner le vertige.

2, allées de Tourny

Baillardran

C'est ici, disent les Bordelais, qu'on trouve les meilleurs cannelés, le gâteau local, à base d'oeufs et de rhum. Plusieurs points de vente, dont un rue Sainte-Catherine.

www.baillardran.com

> Librairie Mollat

Une librairie de rêve, qui court sur tout un pâté de maison, avec 52 vrais libraires pour vous conseiller. Un pied de nez aux grandes chaînes de type FNAC.

www.mollat.com

> Maison Larnicol

Au rez-de-chaussée, chocolats, macarons, biscuits; à l'étage, des robes rapportées du monde entier par la femme du pâtissier. Exquis mélange.

www.larnicol.com

> La parfumerie de l'opéra

La propriétaire, Micheline Favreau-Cerrato, s'est associée à un nez de Grasse pour créer Eau de Bordeaux, un parfum alliant les notes fraîches de la bergamote et du pamplemousse au musc, au bois de cèdre et au santal. Un souvenir (et une fragrance) introuvable hors de la ville des Chartrons.

www.leau-de-bordeaux.fr

> Cinéma Utopia

Un cinéma et un café, installés dans l'ancienne église Saint-Simon, place Camille Jullian. Dans les salles, dont une directement sous la sainte charpente, on projette des films indépendants ou de répertoire. Du «cinéma garanti sans 3D» dans un endroit très tendance.

www.cinemas-utopia.org

> La Robe

Face au miroir d'eau, un resto où on sert exclusivement des vins faits par des viticultrices. Ouvert en juin 2008, le bar à vin propose plus de 100 choix de vins.

www.la-robe.fr

> Le bar à vin du CIVB

Bar à vin du Conseil interprofessionnel de Bordeaux. Nom peu sexy pour un lieu qui l'est pourtant drôlement. Dans un décor zen et moderne, dégustation de vins au verre, un magazine d'oenologie à la main. Parfait pour goûter avant d'acheter.

baravin.bordeaux.com

> BD Fugue Café

Une librairie spécialisée en bédé, c'est déjà chouette. Mais quand on y greffe un café et une terrasse, l'endroit devient un incontournable.

bdfugue-bordeaux.blogspot.com

Les frais de ce voyage ont été payés par l'Office de tourisme d'Aquitaine et Atout-France. Transport fourni par Air Transat.

Infos: bordeaux-tourisme.com et ca.franceguide.com

Photo: Stéphanie Morin, La Presse

Pause lecture et sandwich au BD Fugue Café