À une heure de route de Montréal, la partie de la vallée de la Châteauguay comprise entre Ormstown et la frontière américaine est un univers bucolique patiné par deux siècles de colonisation anglophone.

Mis à jour le 27 août 2008
André Désiront COLLABORATION SPéCIALE

Petites routes peu fréquentées bordées de grands arbres matures, relief peu accidenté, riche patrimoine architectural et haut lieu de l'histoire du Canada: tous les ingrédients pour de belles sorties le week-end y sont réunis.

En vélo le long de la Châteauguay

Dès notre départ de Huntingdon, le ton était donné. Nous pédalions sur des routes peu fréquentées, ombragées par les frondaisons des arbres et affublées de noms anglophones.

Après avoir longé la rivière Châteauguay pendant quelques minutes, nous nous sommes engagés sur le chemin Athelstan, jusqu'au pont Powerscourt. Construit en 1861, c'est le plus vieux pont couvert du Québec encore en service, ce qui lui a valu d'être classé monument historique. Nous l'avons traversé, puis, nous nous sommes engagés sur la 1re concession, avant de bifurquer sur la montée Shaerer, jusqu'à la 3e concession.

Ici, on ne parle pas de «rangs», mais de «concessions», car cette région de la vallée de la Châteauguay a été peuplée par plusieurs vagues d'anglophones: loyalistes, Écossais, Irlandais Lord Athlestan, qui fonda le Montreal Star et fut une figure marquante de la politique canadienne à la fin du XIXe siècle, a grandi dans le hameau qui porte aujourd'hui son nom.

De grands arbres, de belles demeures cossues, de petites églises affichant leurs allégeances aux diverses congrégations du monde anglo-saxon: on se croirait dans les Cantons-de-l'Est, les collines en moins. Quoique...

À l'horizon, les contreforts des Adirondacks profilaient leurs contours hérissés d'éoliennes. «C'est là-bas, dans l'État de New York, que se trouve le lac où la rivière Châteauguay prend sa source», m'a expliqué Denis Brochu, le directeur de Tourisme Suroît, qui m'accompagnait pour cette balade cycliste.

Mais nous avons tourné le dos à la frontière pour pénétrer dans un autre monde, agricole, celui-là. Les arbres bornaient toujours le bord des routes, mais nous longions désormais des champs: soja, maïs ou pâturages. Ici, la circulation automobile était presque inexistante.

Nous nous sommes arrêtés à l'atelier de Sylvie Brunet, qui peint des enfants jouant dans des décors villageois inspirés par les maisons de la région.

Les Iroquoïens

Puis nous avons poursuivi notre chemin jusqu'à la Bergerie M.C., où Marie-Claire Garant est son mari élèvent de l'agneau biologique et tiennent une table champêtre.

En repartant, nous avons enfilé d'autres rangs - pardon: d'autres concessions! - jusqu'au site archéologique Droulers-Tsiionhiakwatha. Là, dans le champ d'un fermier qui a donné son nom au site, on a retrouvé plus de 150 000 objets utilisés par les Iroquoïens, qui habitaient les lieux au XVe siècle. «Le village comportait une douzaine de maisons longues qui abritaient une population estimée à 600 personnes», nous a expliqué le directeur du site, Pascal Perron.

La vallée du Haut-Saint-Laurent et de ses tributaires, comme la Châteauguay, est devenue un superbe terrain de fouilles pour les archéologues. Mais le site Droulers-Tsiionhiakwatha (un terme mohawk qui signifie «là où on cueille les petits fruits») est un des plus importants.

Pascal Perron et son partenaire, l'anthropologue Michel Cadieux, se sont associés aux Mohawks d'Akwesasne pour reconstituer un village iroquoïen. Ils ont édifié quatre maisons longues couvertes d'écorce et aménagé des jardins où, à l'instar des Iroquoïens, ils cultivent du maïs, des courges, des topinambours, des tomates Ils y accueillent chaque année quelque 12 000 visiteurs à qui les guides expliquent, objets à l'appui, comment ces agriculteurs sédentaires vivaient avant l'arrivée des Européens. Une visite qui dure 90 minutes.

L'orage a éclaté pendant que nous écoutions Pascal Perron et c'est sous la pluie, que nous sommes rentrés à Huntingdon, au terme d'une balade d'une soixantaine de kilomètres.

Six circuits cyclistes

Tourisme Suroît a conçu et balisé six circuits cyclistes, dont la longueur varie de 29 à 79 kilomètres. Mais nous n'en avons emprunté aucun. Denis Brochu m'a plutôt entraîné sur un parcours qui empiétait à la fois sur le Circuit de la vallée et sur un itinéraire conçu pour les automobilistes, le Circuit du paysan - un triangle de près de 200 kilomètres, dont la base longe la frontière américaine.

«Bien sûr, il y a les parcours balisés, mais en fait, avec ses petites routes sur lesquelles il y a peu de circulation, toute la région se prête admirablement à la pratique du vélo, qui est notre produit-vedette», remarque Denis Brochu. Une observation que me confirmera Guylaine Cardinal, qui avec son conjoint, André Viau, exploite le gîte du Cardinal Viau, dans une belle maison patrimoniale restaurée de Saint-Louis de Gonzague: «Nos clients sont des Européens ou des gens de Montréal ou de Québec qui, eux, viennent dans la région pour faire du vélo.»

Une assertion qui se vérifiera encore le lendemain, alors que je descendais la Châteauguay en kayak, entre Huntingdon et Dewittville, un de ces hameaux qui ne comptent qu'une poignée de belles demeures patrimoniales, comme il y en a tant dans la vallée.

C'était un dimanche et sur la route étroite qui longe la rive droite de la rivière et qui tient davantage du chemin de halage que de l'axe routier, les voitures étaient rares, mais les cyclistes processionnaient dans la stricte observance du rituel de la sortie dominicale.