Profession: Comédienne, auteur, mère de trois ados et conceptrice d'un cours sur l'art de porter des talons hauts

Mis à jour le 24 févr. 2012
Sylvie St-Jacques LA PRESSE

Âge: 52 ans

Son histoire

«Je suis une petite fille de Chicoutimi. À l'âge de 9 ans, je suis partie à Toronto étudier le ballet, mais une blessure au dos m'a empêchée de poursuivre mon rêve. Je me suis donc dirigée vers le mime et le théâtre corporel, que j'ai pratiqués une dizaine d'années à Toronto. Par la suite, je suis partie à Paris pour étudier le masque et le jeu. J'ai rencontré mon mari et on s'est installés en France, où j'ai fait une carrière de marionnettiste pendant une quinzaine d'années. De retour au Québec avec enfants et mari, j'ai eu du mal à trouver mon espace artistique. L'année dernière, j'ai écrit le livre Une mère en talons aiguilles, qui fait foi de la sexualité des femmes après la maternité. Suivant la publication du livre, plusieurs femmes me demandaient quoi faire pour rehausser leur féminité: c'est alors qu'est né le concept de l'art de porter des talons hauts (qui est une marque déposée).»

Porter des talons hauts avec grâce: c'est inné ou acquis?

«Certaines (mais une minorité) l'ont de façon innée. Mais il s'agit le plus souvent de femmes qui, à un jeune âge, ont fait de la danse ou quelque chose de très physique. C'est du domaine de l'acquis, à partir du moment où les femmes comprennent comment fonctionne leur corps. L'objectif n'est pas de copier quelqu'un d'autre, mais de faire montre de la féminité qui réside en chacune d'entre nous.»

Quelle clientèle attirent vos ateliers?

«Il y a des femmes très fortes ou lourdes, des petites, des âgées, des travestis, des transsexuels... J'ai de tout! Notre monde contemporain est soumis aux diktats et moi, je suis sidérée de voir des femmes malheureuses et incapables de copier les images. Je trouve qu'on a fait disparaître l'élégance, qui est une valeur fondamentalement féminine, qui devrait être remise à l'ordre du jour. Les femmes sortent de mes ateliers valorisées, avec une meilleure estime d'elles-mêmes... et plus grandes d'un demi-pouce!»

Depuis quand portez-vous des talons hauts?

«Depuis 20 ans, je ne porte que ça. Je ne possède pas une paire de talons bas, à part mes chaussettes en laine et des baskets! Je fais mes courses et tout le reste en talons hauts. J'en ai environ une cinquantaine de paires.»

Sur le plan personnel, ça vous a apporté quoi, ces 20 ans en talons hauts?

«C'est un prétexte et un outil, pour rehausser notre féminité. Toutes les femmes qui participent à mes ateliers de talons hauts me disent qu'elles se sentent investies d'un pouvoir électrisant. Quand on porte des talons, il y quelque chose qui s'opère dans notre corps, juste par la bascule du bassin, le transfert du poids vers l'avant, les zones génitales sont stimulées.»

Depuis quelques saisons, les talons se portent très hauts. Qu'est-ce que ça dit de notre époque?

«Ces talons sont dans la foulée de la mode porno chic, lancée par Tom Ford. On peut bien les porter, sans tomber dans la vulgarité. Cependant, quand je vois de jolies jeunes femmes avoir des démarches difficiles dans de telles chaussures, ça me choque. Si on peut montrer à ces femmes comment bien les porter, sans être dans la connotation de la pornographie, ce serait l'idéal.»

Parlez-moi de votre rapport au féminisme?

«Je suis féministe, dans le sens que je crois aux droits civils. Mais je crois que les rapports humains d'érotisme sont différents si on est un homme ou une femme et que nous devons respecter l'individualité de chacun. En introduisant tous les sentiments d'élégance, de galanterie, de courtoisie, on rehausse l'individu et on s'éloigne de la pornographie. Je me fais attaquer de toutes parts par les féministes, qui disent que je n'ai rien compris parce que les talons hauts semblent soumettre la femme au désir et au fantasme masculin. Je réponds oui, en partie, les hommes ont un fantasme de talons hauts et c'est un peu pour ça que nous les portons. Par contre, je ne suis pas d'accord avec les féministes qui disent que ces chaussures nous diminuent.»

Une personne qui vous inspire?

«Andrée Lachapelle qui est une mère, une femme intègre, une femme de tête et de carrière et qui a gardé sa féminité, son élégance et sa douceur.»

Le dernier livre que vous avez lu?

«Le corps a ses raisons, de Thérèse Bertherat, et je suis en train de lire Honey, Money: The Power of Erotic Capital, de Catherine Hakim.»