Sondage après sondage se dégage cette image stéréotypée du Québécois type, partagé sur la question de l'immigration, plutôt ouvert aux unions interculturelles, et surtout champion de tolérance en ce qui a trait à l'homosexualité. Mais ce Québécois moyen existe-t-il vraiment? Peut-être pas...

Mis à jour le 11 oct. 2011
Silvia Galipeau LA PRESSE

Le Québécois type, celui qui représenterait l'ensemble des citoyens de la province, n'existerait pas, si on se fie à un sondage portant sur la tolérance, réalisé dans pas moins de 150 localités du Québec, auprès de quelque 30 000 Québécois de 18 ans et plus, du 30 avril au 29 juin dernier. Le sondage, réalisé pour le compte d'Hebdos Québec par Léger Marketing, constitue le deuxième volet d'une plus vaste enquête, baptisée «Découvrez le vrai visage du Québec».

«Cette enquête a été créée il y a trois ans. J'étais fatigué d'entendre parler de sondages, et d'avoir toujours cette impression qu'au Québec, on avait tous une ou deux opinions sur une certaine question. Or ici, on s'est rendu compte qu'il y avait des points de vue très, très différents, selon les localités, explique en entrevue Gilber Paquette, directeur général d'Hebdos Québec. Cela nous offre un regard beaucoup plus profond du Québec d'aujourd'hui.»

C'est d'ailleurs sur la question de l'immigration que «le» Québécois semble le plus écartelé. Une menace ou un enrichissement, l'arrivée de nouveaux immigrants? À la grandeur du Québec, 42% des personnes sondées estiment que l'arrivée d'immigrants d'origines ethniques et culturelles différentes représente une menace pour la culture québécoise, tandis que 39% voient là au contraire un enrichissement, une donnée conforme à la plupart d'autres sondages portant sur la question, confirme Christian Bourque, vice-président directeur chez Léger Marketing. Mais attention: car selon les localités, le portrait change du tout au tout! Ainsi, à Mont-Royal, seulement 8% des répondants y voient une menace, tandis qu'à Sainte-Agathe-des-Monts et Val-David, cette proportion grimpe à 60%. Même dans la grande région de Laval, plus de la moitié (51%) des répondants ont une appréciation négative de l'immigration, s'étonne Christian Bourque. «Moi, c'est vraiment ce qui m'a le plus surpris. Car par définition, on dit que plus il y a d'immigrants, moins on les perçoit comme une menace. Or, il y a quand même plusieurs communautés immigrantes dans certaines régions de Laval», fait-il valloir. Pourquoi ce chiffre, alors? Mystère.

Tel qu'anticipé, c'est à Montréal et Québec que l'on voit le plus l'immigration comme un enrichissement (à 65% dans Outremont et Mont-Royal, et à 56% dans Saint-Roch et Limoilou).

Autre surprise: même si l'immigration est vue comme une menace, bon nombre de répondants (47%) se diraient heureux de voir leur enfant se marier avec une personne d'une autre origine ethnique. Quelque 44% avouent néanmoins qu'une telle union les dérangerait. C'est à Outremont (69%), mais aussi à Gaspé (68%) que les Québécois se montrent ici les plus ouverts. Inversement, c'est à Asbestos que l'on se dirait le moins heureux d'une telle union (33%). Et dans l'arrondissement de Saint-Laurent, une personne sur 10 s'y opposerait carrément!

Tolérants face à l'homosexualité, les Québécois? Vrai: 83% des répondants affirment que le fait d'apprendre qu'un ami du même sexe qu'eux est homosexuel ne changerait rien à leur lien d'amitié. Reste que 14% avouent qu'ils sentiraient un certain malaise. C'est d'ailleurs à Gaspé (26%), Lac-Mégantic (25%) et dans l'arrondissement de Saint-Laurent (25%) que ce malaise est le plus fort. Fait inusité, ce sont aussi les jeunes (18-29) qui ressentiraient ici le plus grand malaise (17%), le chiffre grimpant notamment à 34% à Gaspé. Ici, Christian Bourque se demande si les jeunes ne définissent pas tout simplement «malaise» différemment: «Est-ce que ça veut juste dire gênant, ou carrément j'ai un inconfort moral?»

De son côté, Gilber Paquette avance que les jeunes sont peut-être moins victimes ici de rectitude politique que les autres: «Il y a des questions pour lesquelles il est presque inacceptable de répondre par la négative, dit-il. Or, peut-être que les jeunes sont ici pas mal plus honnêtes que le reste de la population.»

En ce qui a trait à l'accueil des parents vieillissants chez soi, enfin, seule une minorité de Québécois (39%) ont affirmé être prêts à accueillir un des leurs sous leur toit. Et c'est d'ailleurs ici le rare consensus du sondage. «Globalement, on voit que les gens ne sont pas rendus là...», conclut Gilber Paquette.

Tolérants les québécois?

Un sondage révèle des divergences frappantes selon les localités

«L'ARRIVÉE D'IMMIGRANTS D'ORIGINE ETHNIQUE ET CULTURELLE DIFFÉRENTE DE LA MIENNE REPRÉSENTE UNE MENACE POUR LA CULTURE QUÉBÉCOISE.»

Moyenne québécoise 42%

Sainte-Agathe-des-Monts et Val-David 60%

Mont-Royal 8%

SI UN AMI PROCHE DU MÊME SEXE QUE VOUS VOUS ANNONÇAIT QU'IL EST HOMOSEXUEL

«Je ressentirais un certain malaise»

Moyenne québécoise 14%

Gaspé 26%

Tremblant 2%

«Je serais incapable d'accepter cette situation»

Moyenne québécoise 2%

Rivière-des-Prairies et Montréal-Nord 9%

«Ça ne changerait rien à notre amitié»

Moyenne québécoise 83%

Île-des-Soeurs 97%

La Pocatière 67%

(Statistiques tirées du sondage Découvrez le vrai visage du Québec, axe «culture et tolérance», réalisé par Léger Marketing pour Hebdos Québec.)