L'adage qui dit que «mieux vaut être pauvre et en santé que riche et malade» fait fi de la difficulté d'être en santé lorsqu'on est pauvre. En effet les conséquences de la pauvreté sur la santé sont bien connues, et ce, particulièrement en ce qui a trait à la santé mentale.

Rose-Marie Charest LA PRESSE

La contribution de la pauvreté aux problèmes de santé mentale est facile à comprendre. La privation s'accompagne de douleurs et de frustrations. La peur du manque est source d'anxiété. Le peu de contrôle sur sa vie, les expériences d'humiliation, les rares occasions de s'affirmer et d'être reconnu sont des facteurs qui contribuent à la dépression. Comment rester calme quand on a faim ou froid ou qu'on a constamment peur que cela arrive? Quand on ne sait pas si on pourra mettre ses enfants à l'abri de telles situations? Comment avoir confiance en soi et dans la vie quand on se sent constamment différent et inférieur à d'autres individus ou groupes sociaux? Il faut d'abord offrir les traitements nécessaires. Mais il faut aussi travailler sur les causes qui ne sont pas qu'individuelles, mais sociales et parfois intergénérationnelles.

L'atmosphère familiale teintée de manques, de peurs et de dévalorisation a des effets à court et à long terme. Pour passer à l'action, pour avoir envie de faire des efforts, il faut avoir suffisamment confiance dans le fait que cela donnera des résultats. Pour qu'il en soit ainsi, il faut que ceux qui nous servent de modèles aient eux-mêmes un certain contrôle sur leur vie, une certaine efficacité. Pour renverser la vapeur, pour permettre au plus grand nombre de s'en sortir, il faut multiplier les occasions de succès, si petits soient-ils.

Santé physique

La santé physique est aussi affectée par l'exposition à la pauvreté, tant par le stress qu'elle provoque que par les habitudes de vie qu'elle engendre ou maintient. On retrouve en effet un plus haut taux de problèmes d'obésité et de consommation de drogues et d'alcool dans les groupes sociaux défavorisés. Facile, de loin, de dire qu'ils devraient mieux manger, faire de l'exercice et éviter de consommer drogue et alcool. Mais voilà, quand on se sent impuissant face à la vie, il n'est pas rare que l'on recherche des plaisirs à court terme, aussi illusoires soient-ils, sinon des occasions de fuir la réalité.

L'enfant qui n'a pas les vêtements, la boîte à lunch, les effets scolaires ou sportifs appropriés est privé de confort et de plaisir, ce qui est déjà beaucoup. Mais il est aussi privé de moyens d'identification et même de valorisation, d'occasions d'entrer en relation avec les autres, d'obtenir des résultats, bref de tout ce qui contribue au succès et fait aimer l'école. Cela augmente le risque qu'il ait lui-même de la difficulté à terminer des études et, finalement, à se trouver un emploi qui le mettra à l'abri de la pauvreté.

Comment se fait-il qu'on parle si peu de lutte contre la pauvreté et les inégalités même en pleine campagne électorale? Pourtant, toutes les mesures visant à contrer la pauvreté devraient être considérées comme des investissements en santé, en éducation et en économie. Car mieux vaut ne pas être pauvre pour être en santé et ainsi participer pleinement à enrichir la société.