Les hommes tolèrent moins bien l'infidélité que les femmes. Avec une exception: l'adultère homosexuel. C'est du moins la conclusion d'une récente étude de psychologues texans.

Mathieu Perreault LA PRESSE

«Notre hypothèse était que les hommes tolèrent moins bien l'infidélité hétérosexuelle parce qu'elle introduit des doutes sur la paternité», explique l'auteur principal de l'étude, Mark Cloud, de l'Université Lock Haven en Pennsylvanie. «Dans le cas de l'infidélité homosexuelle, les hommes n'ont pas ce doute sur la paternité. Ils la tolèrent deux fois plus que l'infidélité hétérosexuelle. Chez les femmes, il n'y a aucune différence entre l'adultère hétérosexuel et homosexuel.»

Le psychologue américain, qui a mené l'étude en collaboration avec sa fille, étudiante au doctorat, ajoute un autre élément pour expliquer la tolérance masculine à l'infidélité lesbienne: la portion simiesque du cerveau y voit deux femmes, donc deux fois plus de possibilités de se reproduire.

«C'est la théorie des stratégies sexuelles, explique M. Cloud. Elle est directement dérivée de la théorie de l'évolution. Il n'y a pas si longtemps, l'homme était un animal dont le but premier était de se reproduire. Il reste encore des traces de cet impératif dans notre sexualité et nos relations de couple. L'homme veut multiplier sa descendance et éviter de s'occuper d'un enfant qui n'est pas génétiquement le sien. La femme veut s'assurer que l'homme qu'elle choisit comme géniteur restera auprès d'elle pour l'aider à s'occuper de l'enfant. Ce sont bien sûr des impératifs inconscients, mais ils sont puissants.»

Les 700 étudiants universitaires recrutés pour l'étude, publiée dans la revue Personality and Individual Differences, devaient s'imaginer dans une relation amoureuse et vivre une situation d'infidélité à partir de huit scénarios répartis au hasard parmi eux. Ensuite, ils devaient indiquer s'ils poursuivraient la relation ou s'ils rompraient. Les deux tiers des femmes qui imaginaient que leur conjoint leur était infidèle avec une femme ont dit qu'elles mettraient fin à la relation, une proportion qui augmentait aux trois quarts dans le cas d'un adultère homosexuel. Chez les hommes, les trois quarts ont déclaré qu'ils mettraient fin à la relation amoureuse si leur conjointe les trompait avec un homme, mais seulement 40% si c'était avec une femme.

«C'est une différence du simple au double, dit M. Cloud. Il faut qu'il y ait une raison puissante, une pulsion à la base de ce phénomène. D'autres études ont aussi montré que l'infidélité lesbienne trouble moins les hommes que l'infidélité hétérosexuelle et que cette différence n'existe pas chez les femmes. Nous avons voulu aller plus loin et explorer comment cette émotion se traduirait concrètement.»

Francine Descarries, sociologue à l'UQAM, balaie d'un revers de main l'explication de M. Cloud: «À cet âge, les hommes ne pensent pas à la paternité. Je crois que la différence qu'il observe est due à la valorisation de l'homosexualité féminine par la pornographie.»

Cette utilisation des amours saphiques par la pornographie ne correspond-elle pas à un désir masculin? «Non, je pense que c'est un idéal imposé par l'industrie de la pornographie», dit la sociologue montréalaise.

Le psychologue Cloud estime que l'âge des participants n'a aucune influence sur ses résultats. «La possibilité de devenir père existe dès la puberté et, même dans nos sociétés, les adolescents sont conscients qu'il s'agit d'une possibilité. De toute façon, on parle de pulsions inconscientes.»

L'étude évaluait aussi l'effet d'une expérience personnelle d'infidélité sur les réactions à l'adultère. «Les différences restent les mêmes, mais les hommes comme les femmes étaient moins susceptibles de rompre s'ils avaient eux-mêmes vécu ou pratiqué l'adultère, dit M. Cloud. Il semble que l'expérience les ait rendus plus tolérants.»