Ça y est, impossible de le nier. La plupart des enfants sont rentrés à l'école, le week-end de la fête du Travail approche à grand pas... Pas de doute, les vacances sont derrière nous. Et si on prolongeait l'été un brin?

Publié le 27 août 2010
Silvia Galipeau LA PRESSE

Il faut dire que les travailleurs sont nombreux à vouloir étirer les plaisirs de l'été, ne serait-ce que quelques jours, histoire de revenir moins brutalement à la réalité. D'après un sondage réalisé du 22 au 25 juillet par Harris/Décima auprès de 1023 Canadiens, 66% d'entre nous sommes tristes de voir finir l'été.

Le sondage, réalisé pour le compte d'une firme de crédit, est sans surprise très axé sur la consommation. Mais certaines données sont tout de même révélatrices. Ainsi, on apprend que, pour remédier à cette tristesse, plusieurs personnes portent des sandales le plus longtemps possible dans la saison. Les Québécois sont même les plus nombreux, à 66%, à arborer fièrement leurs doigts de pieds tard dans l'été ou tôt en automne. À noter, 6% des Canadiens portent carrément leurs sandales à l'année (notamment en Colombie-Britannique, où c'est le cas de 14% des habitants). Plusieurs répondants gardent aussi des vêtements d'été au bureau (13%), pour profiter pleinement du soleil à l'heure du dîner.

Entre autres trucs pour se sentir encore en vacances, plusieurs optent pour le barbecue à l'année (49% des personnes sondées), étirent les soirées sur le patio, en manteau (20%), ou partent dans le Sud l'hiver (39%).

Accueillir le train-train quotidien

Que penser de ce comportement? Est-ce une bonne idée de jouer ainsi à l'été et aux vacances alors que la rentrée est bel et bien installée? Faudrait-il plutôt accueillir franchement le retour du train-train quotidien? Les experts que nous avons joints ont des avis partagés.

D'un côté, la psychologue Marie-Claude Lamarche, spécialisée en gestion du stress, aime beaucoup l'idée d'intégrer, dans ce retour à la routine, quelques «éléments fantaisistes».

«L'été, on est toujours plus relax. Ce qui est intéressant, c'est de maintenir cet esprit psychologique, dit-elle. Et pour cela, il est très intéressant de reprendre certaines habitudes liées à l'été.»

Selon elle, il est tout à fait normal, à la fin des vacances, d'avoir un petit blues. Après tout, c'est la fin de l'insouciance et de la légèreté. Cette légèreté, on peut néanmoins la préserver en pratiquant une activité sportive estivale, par exemple. «L'idée, c'est d'être fantaisiste. De mettre un peu de rose bonbon dans sa vie.»

De son côté, le psychologue Jacques Lafleur, auteur de Burn-out, questions et réponses, croit que le problème est ailleurs. «Si notre travail était palpitant, on n'aurait pas le blues. C'est beaucoup moins dur pour les gens qui sont heureux au travail.»

Or, depuis plusieurs années, la satisfaction de la population à l'égard du travail a beaucoup chuté, dit-il. D'où le blues de la rentrée. «Car ce qui s'en vient est moins drôle que ce qu'on laisse.»

Soleil et exercice

En gros, vous pouvez aller au travail en gougounes et porter des chemises hawaïennes si cela vous chante, «peut-être que vous allez alléger quelque chose, mais ça va finir par vous rattraper», résume l'auteur. Il conseille plutôt, en plus de prendre du soleil, de faire de l'exercice tous les jours (pour réduire les hormones de stress), de s'offrir quelques longs week-ends (pour prendre conscience que la vie ne se limite pas au bureau) et de réfléchir à ce qui rend la rentrée au travail si pénible. Objectif: y remédier. Est-ce que votre travail prend trop de place dans votre vie? Le stress du travail vous rend-il malade?

Nicolas Chevrier, psychologue du travail aux Services psychologiques Séquoia, ne croit pas non plus que les orteils à l'air et les camisoles soient à conseiller. «Je n'en vois pas la pertinence, dit-il. Faire semblant qu'on est encore en vacances, je ne suis pas sûr que cela puisse être bénéfique. À un moment donné, ce ne sera plus l'été!»

Pour s'assurer une rentrée sans blues, il conseille plutôt de se concentrer sur la transition. «Il ne faut pas partir de façon trop brusque. Prenez un jour ou deux pour vous organiser et, au bureau, étalez les tâches sur une semaine», suggère-t-il.

S'il est certes important de se dorloter un peu à la rentrée, il faut toutefois faire attention à ne pas se ruiner. «Prenez soin de vous, prévoyez des sorties agréables, mais en fonction de votre budget. Surtout, ne vous endettez pas!» dit-il.

Gare aux achats de fin de vacances émotifs, quoi.