L'idée a émergé à une époque de tension entre la majorité québécoise francophone et la communauté juive. Et si on faisait la tournée des écoles pour expliquer aux élèves la réalité des Québécois d'origine juive, les préjugés qui existent à leur égard et l'histoire de l'Holocauste avait imaginé le Comité Rapprochement Québec, mis sur pied pour bâtir des ponts entre les deux groupes.

Publié le 19 déc. 2009
Agnès Gruda LA PRESSE

Mais rapidement, l'initiative s'est étendue à d'autres minorités, victimes d'autres préjugés, dit Assia Kada, directrice de la Fondation de la tolérance.C'est cette fondation qui organise, depuis 13 ans, les tournées de la Caravane de la tolérance au Québec.

Les «caravaniers» vont partout : écoles francophones de communautés monolithiques où les immigrés sont rarissimes, polyvalentes multiethniques de Montréal, écoles anglophones ou juives... D'un endroit à l'autre, les sensibilités sont différentes. Mais des préjugés, il y en a partout.

Les «caravaniers de la tolérance» s'inspirent de l'expérience de l'Holocauste pour inciter les jeunes à devenir des «justes» : ceux qui refusent de tyranniser le petit gros, le «fif» ou le Latino. Ils ne font pas de miracles. Mais au moins, ils ouvrent des portes.

Les séances de la Caravane constituent aussi une sorte de baromètre qui permet de saisir l'air du temps, ajoute Assia Kada. Car les préjugés fluctuent au fil des controverses publiques. «Avant 2001, on parlait surtout d'homophobie, de conditions sociales et d'apparence physique» se souvient-elle.

Puis, il y a eu le 11 septembre et l'explosion du discours antimusulman. «Nous avons dû démystifier les préjugés sur les Arabes et sur les Juifs, expliquer que les Arabes ne sont pas tous des terroristes et que les Juifs ne dominent pas le monde», dit Assia Kada.

Puis il y a eu une brève période d'apaisement, suivie de la tempête des accommodements raisonnables. «Là, on en a entendu des vertes et des pas mûres. Les élèves disaient que les immigrés n'ont qu'à rentrer chez eux. Le discours était très agressif. C'était inquiétant.»

Mme Kada était d'autant plus inquiète que les jeunes, autrefois ouverts aux explications des caravaniers, s'accrochaient alors à leurs préjugés «avec agressivité et colère.»

Depuis, cette colère s'est apaisée. Mais elle n'a pas disparu pour autant...

Tolérants, les jeunes ?

Les Noirs sont moins intelligents que les Blancs :

Vérité : 2,4 %

Préjugé : 92 %

Ne sait pas : 5,4 %

Les Arabes sont des fanatiques religieux :

Vérité : 23,9 %

Préjugé : 54,3 %

Ne sait pas : 21,7 %

Les homosexuels représentent un danger pour les enfants et ne devraient pas travailler dans une garderie :

Vérité : 12,4 %

Préjugé : 79,6 %

Ne sait pas : 8 %

La grande majorité des politiciens sont des personnes malhonnêtes :

Vérité : 50,1 %

Préjugé : 31 %

Ne sait pas : 18,3 %

Les couples de même sexe ne sont pas en mesure de subvenir aux besoins affectifs d'un enfant et ne devraient donc pas être autorisés à en adopter :

Vérité : 20,6 %

Préjugé : 65,8 %

Ne sait pas : 13,7 %

Les assistés sociaux sont des paresseux qui abusent du système :

Vérité : 25,4 %

Préjugé : 53,6 %

Ne sait pas : 20 %

Ces données proviennent d'un sondage réalisé l'an dernier par la Coopérative de travail Interface auprès de 900 élèves de troisième, quatrième et cinquième secondaire. Les répondants devaient décider si les affirmations qu'on leur présentait étaient vraies ou devaient être rangées dans la catégorie des préjugés. La marge d'erreur est de 3,27 points de pourcentage.