Les cégépiens d'aujourd'hui, âgés en moyenne de 18 ans, ont traversé l'adolescence avec en trame de fond le discours dénonçant l'hypersexualisation. Qu'en pensent-ils? La Presse a pris le pouls d'une classe de psychologie de la sexualité au cégep de Saint-Laurent.

Mis à jour le 13 nov. 2009
Sophie Allard LA PRESSE

«L'hypersexualisation est un phénomène de société qui touche tout le monde, avance Martin. Le sexe a longtemps été tabou, c'est un retour de balancier et on fait de cet engouement un enjeu lucratif. On montre du doigt les jeunes, mais les parents aussi sont hypersexualisés. Ce sont eux qui louent des films 3X!»

 

«Partout, on nous présente des hommes musclés épilés et des femmes aux seins gros comme le ciel. C'est normal de vouloir ressembler à ces modèles. La femme doit être une bombe sexuelle», note Noémie. Dans la classe, les filles ressentent-elles cette pression? «Non!» s'exclament-elles.

La mode est sans conteste hypersexualisée, selon les cégépiens. «On vend des g-strings à des enfants», s'étonne Marie-Lyne. Pourtant, aucun élève ne semble adhérer à cette mode-là. «Je ne porterais jamais un gros décolleté pour être vue comme un morceau de viande. Ça touche surtout les plus jeunes», lance Fanie. «Pour attirer le regard des gars, certaines filles pensent qu'elles doivent s'habiller sexy», déplore sa voisine.

«Je ne mêlerais pas vêtements sexy et attitude, précise Édith. Quand tu es jeune, tu n'as pas conscience de ce que tu dégages. Quand tu le réalises, c'est à toi de t'assumer ou de changer. Si tu sors dans un bar, pourquoi ne pas t'habiller sexy? Il y a une occasion pour chaque chose.» Derrière elle, une élève ajoute: «Les jeunes filles sont de plus en plus conscientes que les Rihanna et Britney Spears font du spectacle et portent des costumes de scène.»

Hypersexualisés, les jeunes?

«C'est difficile de savoir quel est le réel impact de l'hypersexualisation, note Thomas. Est-ce qu'on monte en épingle des cas isolés? Je pense qu'on généralise. C'est un discours de baby-boomers. On voit les jeunes de notre génération comme des cassettes vierges, comme si on gobait tout sans réfléchir.»

«Je pense qu'on baise plus jeunes, qu'on a plus de partenaires qu'avant», affirme pour sa part Fanie. Est-ce son cas? «Non. Ma mère a eu sa première relation sexuelle plus jeune que moi. Ça fait drôle.» Virginie, elle, a fait l'amour la première fois au même âge que l'a fait sa mère. «Elle me l'a dit après, pour ne pas m'influencer.»

«On a l'impression que dans chaque cour d'école, 12 000 filles font des fellations, lance Jennifer. C'est ce qu'on entend. Si on ne fait pas tel ou tel truc, est-on out? On finit par se sentir attardés sexuellement.» Autour d'elle, les cégépiennes acquiescent.

«De la sexualité atypique, il y en a toujours eu et il y en aura toujours, pense Marie-Lyne. Ça a l'air plus répandu aujourd'hui parce qu'on en parle. Avant, c'était secret. Mais qu'est-ce qui est atypique? On nous impose des standards: il y a des choses qu'on ne doit absolument pas faire sinon on est considéré comme bizarre. Ce qui est atypique pour l'un ne l'est pas nécessairement pour l'autre.»

«Y a-t-il vraiment quelqu'un ici qui fait du sexe comme dans un film porno? Voyons donc, c'est dégueulasse! s'exclame Martin. Si on a une sexualité épanouie, on n'a pas besoin de ça.» Un autre élève ajoute: «Les jeunes regardent de la porno surtout par curiosité.»

«Je ne me sens pas concernée par le discours sur l'hypersexualisation, dit Marie-Lyne. On m'a appris à me faire ma propre opinion. Les adultes ne prennent pas assez en considération qu'on a une tête, qu'on est intelligents. Ça me vexe.»

Et l'amour dans tout ça? «Je ne vois pas le problème à avoir du sexe de façon récréative s'il y a un consentement chez les deux, dit Thomas, mais l'amour reste primordial pour nous. Ça transcende les générations.» «Il y a une différence entre baiser et faire l'amour», souligne Gabriel.