Voilà une nouvelle qui a bien fait jaser cette semaine: le point G n'existerait pas! Non, mesdames et messieurs, que vous le célébriez ou encore le cherchiez depuis toutes ces années, sachez que le point G n'est qu'une construction de votre imaginaire. Pas de point G dans vos slips, donc, seulement dans vos têtes.

Publié le 7 janv. 2010
Silvia Galipeau LA PRESSE

C'est, en gros, la conclusion à laquelle est arrivée une équipe de chercheurs britanniques du Kings College London, dont les résultats ont été publiés lundi, dans le Journal of Sexual Medicine. Et très vite, la nouvelle a fait le tour de la planète. Indignation d'une part (quoi, je vis quoi, alors?), soulagement de l'autre (ouf, cessons enfin de nous croire anormales!)Rappelons les faits: l'équipe de chercheurs a sondé 1804 jumelles de 22 à 83 ans (vraies et fausses), leur posant différentes questions sur leur sexualité, notamment sur l'existence de leur point G. Hypothèse? Si le point G existe, alors génétiquement, les vraies jumelles devraient chacune rapporter en avoir un. Résultat? Seules 56% des femmes ont répondu avoir effectivement un point G, et ce, qu'elles soient jumelles ou non. Ce qui a donc amené l'équipe de chercheurs à conclure que le point G, loin d'être anatomique, serait plutôt un concept «subjectif», «un mythe», le fruit de l'imagination des femmes, quoi, encouragées dans leurs fantasmes par les magazines féminins et les sexologues. Vlan.

Il faut dire que le point G alimente le discours sur la sexualité depuis plus de 50 ans déjà. C'est au gynécologue allemand Ernst Gräfenberg (d'où le nom: point G) que l'on doit sa première description: une zone particulièrement érogène, dans la paroi antérieure du vagin, où le tissu serait plus épais qu'ailleurs. Fait à noter: ce même Gräfenberg n'a jamais énoncé sa méthodologie. Comment, au juste, en est-il arrivé à ce constat? Combien de femmes a-t-il observées? Mystère. Du coup, beaucoup de chercheurs se sont évertués à démontrer l'existence de la chose, sans grand succès. En 2008, des chercheurs italiens, également publiés dans le Journal of Sexual Medicine, ont affirmé avoir localisé le fameux point G, en utilisant des ultrasons. Malheureusement, leur étude ne portait que sur un très petit échantillon de femmes. D'où l'intérêt de cette dernière étude britannique, à grande échelle, «la plus grand étude du genre jamais faite sur cette question», a qualifié Tim Spector, le coauteur.

Mais qu'y apprend-on vraiment? Pas grand-chose, rétorque la sexologue Sylviane Larose, auteure de Réveiller sa vie sexuelle. «Pour moi, cette étude ne nous dit pas si le point G existe ou pas. Elle nous dit simplement que certaines femmes vont vivre une plus grande intensité de plaisir dans la pénétration, d'autres non. C'est une non-nouvelle.»

La sexologue déplore que l'étude soit basée sur un questionnement («qui tient pour acquis que toutes les femmes savent c'est qu'est un point G, qu'elles l'ont cherché») sans avoir vérifié ensuite s'il existait effectivement des différences physiologiques entre les femmes interrogées. «Cette étude ne résout rien, n'apporte rien», tranche-t-elle.

Sans intérêt, donc, limite rétrograde, c'est ce qu'a à son tour virulemment dénoncé la blogueuse française Agnès Giard, du journal Libération. «Il y a des femmes qui jouissent quand on stimule l'intérieur de leur vagin. Pourquoi dénigrer ces femmes, en affirmant qu'elles sont victimes d'une soi-disant propagande menée par un lobby de sexologues? Elles n'ont pas attendu 1950 et Gräfenberg pour jouir ainsi. Elles n'ont souvent jamais entendu parler du point G. Elles jouissent. Gratuitement négative, l'étude (...) ne rime à rien d'autre qu'à nier l'évidence.»

Le médecin Marc Zaffran, spécialisé dans la médecine des femmes et auteur du roman médical Le Choeur des femmes, n'est pas de cet avis. «Bien sûr qu'on apprend quelque chose avec cette étude. On apprend que toutes les femmes sont différentes. Si certaines ont un point G, probablement que cela n'existe pas chez tout le monde. Personne n'avait exploré, jusqu'à présent, de façon sérieuse, sur un aussi grand échantillon, la question.» Et selon lui, la conclusion, loin d'être négative, est finalement une «très bonne nouvelle.» «Si certaines femmes s'échinent à trouver leur point G, peut-être qu'elles perdent leur temps. Peut-être qu'elles devraient chercher ce qui LEUR fait plaisir, dit-il. Il n'y a pas UNE zone qui soit LA bonne zone. C'est une très bonne nouvelle pour les femmes... et pour les hommes!»