Aux États-Unis, une mère de famille choquée d'apprendre que le Nutella contient surtout du sucre et du gras saturé a intenté un recours collectif contre Ferrero, qui présente sa tartinade comme faisant partie d'un déjeuner équilibré. Ici? Nutella vient de s'associer à une diététicienne québécoise dans une publicité sur l'importance de donner aux enfants «l'énergie requise pour apprendre, grandir et atteindre leur plein potentiel».

Marie Allard LA PRESSE

La brochure publicitaire de Nutella, insérée dans le numéro de septembre de magazines canadiens, montre une mère et son fils en train de manger des tartines de pain blanc au Nutella, accompagnées de lait et de jus d'orange. La diététicienne Karine Levy «fait équipe» avec Nutella pour y donner des conseils sur le déjeuner des enfants, ce que dénonce la Coalition poids.

«C'est sûr que ça nous dérange, a dit hier Suzie Pellerin, directrice de la Coalition poids. S'associer à une nutritionniste, ça donne une apparence de santé à un produit qui ne l'est pas. Nous dénonçons le maquillage de la malbouffe, malheureusement courant dans l'industrie agroalimentaire actuellement. Ça mérite d'être dénoncé.»

Le nom Nutella revient 19 fois dans ce supplément publicitaire, qui «reflète les efforts continus de Nutella visant à aider les parents à proposer un déjeuner équilibré à leur famille», a fait valoir Martine Geoffrion, de l'agence DDMG communications, porte-parole de Ferrero.

Jointe par La Presse, la diététicienne Karine Levy s'est défendue de faire de la publicité pour la célèbre tartinade. «J'appuie Nutella dans ses efforts pour encourager les parents à s'assurer que leurs enfants mangent un déjeuner équilibré tous les matins, a-t-elle indiqué. On sait que 31% des enfants à l'école primaire ne mangent pas un déjeuner équilibré tous les matins.»

Ferrero présente le Nutella comme une «tartinade aux noisettes avec lait écrémé et cacao». En réalité, ses principaux ingrédients sont le sucre et l'huile de palme modifiée, un mauvais gras. Chaque pot de 400 g contient 56 noisettes, comme le dit Ferrero. Mais on y trouve deux fois et demie plus de gras et cinq fois plus de sucre!

Nutella s'est toujours vanté d'être un bon aliment pour les enfants, a observé Mme Pellerin. «On se souvient de la publicité récente, à la télé, où un jeune enfant grimpait en haut d'une corde de Tarzan. C'était parce qu'il avait mangé du Nutella au déjeuner qu'il réussissait bien!»

Or, «cet aliment n'apporte pas de nutriments qui aident les enfants à grandir, a tranché Alexandra Leduc, aussi nutritionniste (voir autre texte dans Vivre). Je trouve vraiment que la publicité est poussée et que ça ne donne pas le bon message quant à la valeur réelle de ce produit. Ce peut être un aliment occasionnel, tout au plus.»

L'Ordre des diététistes ne réprouve pas le produit

«Je ne peux pas être tenue responsable de ce qui a été fait dans le passé», a souligné Mme Levy, qui regrette que la brochure présente du pain blanc au lieu de pain complet. «En tant que diététiste, je suis tout à fait à l'aise de suggérer le Nutella en tant que composante d'un petit-déjeuner équilibré, a-t-elle précisé. Je prône la modération plutôt que l'interdiction.»

L'Ordre professionnel des diététistes du Québec (OPDQ) est aussi à l'aise avec le fait qu'une de ses membres figure dans une publicité de Nutella. «Je n'ai rien trouvé, dans le document, qui porte atteinte à la profession de diététiste ou qui induise le public en erreur», a expliqué Annick Lavoie, coordonnatrice aux affaires professionnelles de l'OPDQ.

En 2006, l'Ordre a décerné son prix Pomme gâtée à une publicité de Nutella qui laissait croire que le produit avait d'excellentes qualités nutritionnelles pour le petit-déjeuner. Il est à noter que Mme Levy est responsable par intérim des communications de l'OPDQ mais qu'elle figure dans la brochure de Nutella à titre personnel.