Manger trop, bouger peu mène au gain de poids, on le sait. Mais d'autres facteurs méconnus se cachent derrière les silhouettes rebondies, a dit à La Presse Jean-Philippe Chaput, de l'Université d'Ottawa, qui vient de remporter le Prix du meilleur jeune chercheur canadien en obésité.

Mis à jour le 6 mai 2011
Marie Allard LA PRESSE

1) Le manque de sommeil

«Quand on manque de sommeil, plusieurs hormones en lien avec la prise alimentaire, comme la cortisone, la leptine et la ghréline sont perturbées, explique M. Chaput. Cela fait en sorte qu'on a davantage faim lorsqu'on dort moins.» Le jour suivant une nuit de quatre heures, des hommes ont mangé 22% plus de calories qu'au lendemain de huit heures de sommeil, selon une étude parue en 2010.

En dormant peu, «on est aussi exposés à notre environnement obésogène plus longtemps, fait valoir le chercheur. On est généralement plus fatigués, moins enclins à aller au gym et bouger.»

Plus troublant: dormir peu en suivant une diète faible en calories favorise la perte de masse maigre plutôt que la perte de graisse. Pourquoi? «Ce n'est pas encore clair, mais comme notre cerveau fonctionne plus en étant debout longtemps, peut-être puise-t-on dans nos protéines musculaires pour les transformer en glucose pour notre cerveau», avance M. Chaput.

2) Le travail mental

Travailler à l'ordinateur pendant 45 minutes plutôt que de se reposer aussi longtemps entraîne une dépense énergétique supérieure de... 13 minuscules kilojoules. Mais après avoir bossé devant l'écran, les participantes à une étude de M. Chaput ont mangé 959 kilojoules de plus qu'après le repos!

«Le travail mental augmente la prise alimentaire, probablement parce que le cerveau veut une compensation après un stress subit», indique le chercheur. Solution: il est important de contrebalancer le travail à l'ordi par de l'activité physique régulière.

3) Le manque de calcium

C'est dégoûtant, mais utile: «L'ingestion d'aliments contenant du calcium entraîne une augmentation de l'excrétion du gras dans les matières fécales», dit M. Chaput. Explication: le calcium se lie aux acides gras dans notre tractus gastro-intestinal.

Autre avantage du calcium: il facilite le contrôle de l'appétit. Des femmes obèses suivant une diète de perte de poids ayant bu chaque jour du lait fournissant 1000 mg de calcium n'ont pas eu de désir accru de manger. Un groupe-témoin, avec la même diète et la même quantité de protéines, sans ce calcium, a vu son désir de manger augmenter. Petite info: une tasse de lait procure 314 mg de calcium.

4) Les polluants organochlorés

Bien que bannis depuis des années, les polluants organochlorés, comme le DDT, sont toujours dans la chaîne alimentaire. «Les polluants sont stockés dans notre matière graisseuse et y sont dormants, indique M. Chaput. Mais lorsqu'on perd du poids, on voit une hyperconcentration des polluants au niveau sanguin. Ils attaquent alors différents organes.»

Atteinte, la glande thyroïde se met à produire moins d'hormones, ce qui ralentit le métabolisme et fait brûler moins de calories. «Ça peut expliquer pourquoi on plafonne dans un contexte de perte de poids», estime le chercheur.

«Le message à faire passer, c'est qu'il est important de maigrir progressivement, souligne-t-il. On ne recommande que de 5 à 10% de perte de poids, ce qui permet d'observer des bienfaits au niveau cardiovasculaire et autres.»

Être mince n'est pas prioritaire, c'est être en santé qui l'est. «Le plus important, c'est d'avoir un mode de vie sain, conseille M. Chaput. Bien s'alimenter, bouger, avoir une bonne gestion du stress, une bonne hygiène de sommeil. Peu importe notre poids, ce n'est pas un problème, jusqu'à une certaine limite. Tant que notre mode de vie est sain.»