Attention: le stand à patates frites a de la concurrence. Depuis le début de l'été, la Caravane du goût parcourt les manifestations publiques pour offrir une solution de rechange au hot-dog et à la poutine. Au menu: panini de la souris (fromage bio Alfred de Compton, fleur d'ail et huile de tournesol biologique); gelato aux pommes du verger Le Gros Pierre, rouleau de végépâté et de confit d'oignon...

Publié le 17 août 2010
LA PRESSE

La Caravane du goût est née à l'initiative de l'atelier Jeunes Pousses, de Waterville, près de Sherbrooke. Cela explique que les ingrédients utilisés dans sa cuisine proviennent largement de petits producteurs de l'Estrie.

Le groupe a récupéré un camion de livraison de pain qu'il a repeint en vert et qu'il installe dans diverses manifestations publiques depuis quelques semaines. La tournée se déroule essentiellement en Estrie, mais le camion était de passage à Montréal, à la Fête bio paysanne, la semaine dernière.

«Il s'agit d'un projet pilote», explique Martine David, directrice de Jeunes Pousses, rencontrée près de la Caravane. L'organisme est voué à la promotion du plaisir de bien manger. Durant l'entretien, une file s'était formée devant le comptoir, preuve que les goûters de qualité peuvent aussi être populaires. À la Fête bio, le public était conquis. Mais ailleurs?

«Ça va très, très bien», explique Martine David, qui a eu l'idée de créer la Caravane parce que, en tant que parent, elle se sentait bien démunie dans des activités familiales où les seules options pour nourrir les bambins étaient les frites et les pogos.

«On ne veut pas partir en guerre contre les stands à patates, mais nous croyons qu'il faut aussi offrir autre chose», dit-elle.

Déjà, la Caravane est nettement plus attirante que le camion-cantine classique. «Je me souvenais des camions de crème glacée qui passaient dans la rue quand j'étais petite et comme c'était excitant pour les enfants», dit Martine David.

Éventuellement, il y aurait donc plusieurs caravanes en fonction simultanément. Elles seraient établies dans les régions, ce qui permettrait au menu de toujours mettre en valeur des saveurs locales.

En plus d'offrir le casse-croûte, la Caravane offre un volet éducatif, dirigé vers les enfants.

«Sentez-moi ça! Est-ce que ça sent le fromage de chèvre?» demandait dimanche un jeune homme déguisé en légume devant un petit groupe d'enfants. Les petits sentaient des fromages cachés dans des contenants troués en faisant la grimace. Le but: réaliser que les aliments se découvrent par les cinq sens. Avant de leur faire flairer les fromages, il y avait eu le toucher. Les enfants avaient fait ce qu'on ne leur permet pas souvent, bonnes manières obligent: palper les fromages. À travers une pellicule plastique, ils ont tâté les fromages mous et les plus fermes. Ils les ont observés et les ont écoutés (eh oui!) pour finalement les goûter. Au moment de les mettre dans leur bouche, ils savaient déjà pas mal plus à quoi ils avaient affaire.

Pourquoi l'éveil au goût? En plus d'élargir la palette des saveurs à leur portée, les petits ont l'occasion de développer leur sens critique face aux aliments - et le vocabulaire qui va avec. Au lieu de dire «yark!» ou «c'est dégueu!», ils apprennent à dire que c'est trop salé ou trop amer, explique Martine David.

Une étude menée en France par l'Institut national de la recherche agronomique confirme que les enfants qui reçoivent une éducation au goût deviennent des adultes plus ouverts à la nouveauté en alimentation. Cela permet aussi de combattre la néophobie alimentaire (le rejet de la nouveauté dans l'assiette), plus présente chez les 2 à 8 ans.

En France, le principe de l'éveil sensoriel au goût est beaucoup plus développé, explique Martine David, qui rentre d'une tournée exploratoire dans le pays de la gastronomie.

L'Hexagone a même sa semaine du goût depuis 20 ans. À l'automne, chaque année, des activités tournant autour du goût se déroulent, surtout en milieu scolaire. Les Français travaillent à exporter le concept au Québec.

En attendant, la Caravane du goût sillonne les routes de l'Estrie. Elle prendra une pause à l'automne et espère être de retour pour les carnavals d'hiver.

De la concurrence pour les queues de castor? Vite, une escouade de Caravanes du goût pour toute la province!