Le test sanguin PSA pour détecter le cancer de la prostate ne devrait plus être fait aux hommes en bonne santé, recommande un influent comité fédéral américain dans un rapport dévoilé vendredi qui va relancer la polémique sur ce test très controversé.

Publié le 7 oct. 2011
Jean-Louis Santini AGENCE FRANCE-PRESSE

Le PSA («Prostate specific antigen») ne devrait plus être recommandé aux hommes en bonne santé, car il ne permet pas de sauver des vies et conduit à des traitements inutiles, a conclu le Groupe de travail des services de prévention des États-Unis (USPSTF), selon ce rapport dévoilé dans la presse et que l'AFP a consulté.

Les recommandations, qui devaient en principe être dévoilées officiellement la semaine prochaine, sont basées sur les résultats de cinq essais cliniques.

«Le manque de précision du test et son incapacité à distinguer les tumeurs bénignes des tumeurs agressives signifie qu'on diagnostique un cancer de la prostate à mauvais escient à un nombre conséquent d'hommes», pointe le rapport. «S'il y a un bénéfice (à ce test), il est très mince au bout de 10 ans», ajoute-t-il.

Ce test est effectué de façon routinière chez tous les hommes à partir de 50 ans. Il mesure le taux d'une protéine produite par la prostate et aide à détecter la présence de cellules cancéreuses dans cette glande.

Mais une vaste majorité des hommes, même porteurs des cellules cancéreuses, ne sont jamais affectés par ce cancer dont l'évolution est souvent très lente.

Et même pour ceux qui souffrent d'une tumeur agressive de la prostate, le PSA ne semble pas améliorer leur taux de survie, puisque rien ne montre, jusqu'à présent, un avantage à commencer un traitement plus tôt pour ces cancers qui font des métastases.

En 2010, l'American Cancer Society (ACS), qui ne recommande plus de pratiquer des tests PSA de routine pour la plupart des hommes depuis les années 90, avait exhorté les médecins à parler franchement avec leurs patients de ses risques et limites.

Le PSA, qui est largement utilisé depuis les années 90, a eu des conséquences néfastes pour un grand nombre d'hommes qui ont subi à la suite de ce test des biopsies et autres traitements souvent inutiles avec parfois de sérieuses complications.

Selon l'USPSTF, les résultats du PSA ont conduit un million d'hommes à être opérés de la prostate ou à subir des radiothérapies voire les deux. Parmi ces patients, au moins 5.000 sont décédés après l'intervention chirurgicale et de 10 000 à 70 000 ont souffert de graves complications. Le comité fédéral estime aussi que 200 000 à 300 000 d'entre eux souffrent d'impuissance, d'incontinence ou des deux.

Ces complications et le grand nombre d'hommes à en souffrir a conduit l'inventeur du PSA, le Dr Richard Ablin, à qualifier ce test de «désastre de santé public».

Les recommandations de l'USPSF pourraient bouleverser la pratique médicale pour les hommes de 50 ans et au-delà, dont le nombre est estimé à 44 millions aux États unis, indique le comité d'experts indépendant.

Un Américain sur six se voit diagnostiquer un cancer de la prostate, ce qui en fait le second cancer le plus fréquent chez les hommes après celui de la peau.

Selon les statistiques fédérales, 32 000 hommes meurent du cancer de la prostate annuellement aux États-Unis et 217 730 nouveaux cas sont diagnostiqués, surtout au-delà de 50 ans. La plupart des décès interviennent après 75 ans.

Le comité fédéral devrait également affronter une forte résistance des laboratoires pharmaceutiques et des médecins, pour qui le PSA est très lucratif. Selon le Dr Ablin, il représente un marché d'au moins trois milliards de dollars.