Au mois de mai dernier, le boxeur Mike Tyson - celui qui a déjà mordu l'oreille d'un adversaire dans le ring - a annoncé qu'il était devenu végétalien. L'ex-ailier droit du Canadien Georges Laraque est un «végé» convaincu qui milite désormais pour le Parti vert. Le quart-arrière des Alouettes Anthony Calvillo vient aussi de passer dans le camp des herbivores. Le végétarisme gagne du terrain chez les hommes, qui sont de plus en plus nombreux à délaisser le lait frappé aux oeufs crus au profit du jus vert.

Publié le 3 nov. 2010
Sylvie St-Jacques LA PRESSE

Michel Deschênes est un homme d'affaires sportif et en bonne santé. L'année dernière, des douleurs à l'estomac et aux nerfs périphériques l'ont toutefois incité à se soumettre à des tests sanguins, à une coloscopie et à un IRM. Résultat: pas de diagnostic clair, mais la possibilité qu'un taux de sucre un peu élevé cause de l'inflammation aux nerfs périphériques.

Parce qu'il voulait s'alléger d'une huitaine de kilos et éviter le diabète, il a décidé de consulter la nutritionniste Anne-Marie Roy, qui a accompagné Georges Laraque lors de sa conversion au végétalisme.

«J'ai commencé à manger plus de légumes et de graines ainsi que des aliments qui ont plus de volume et moins de calories. En six mois, j'ai perdu environ 4 kg, ce qui n'est pas énorme. J'ai constaté une amélioration dans les nerfs des pieds et je sens que l'état général de ma santé va dans la bonne direction», explique Michel Deschênes, qui a aussi réduit sa consommation de viande, sans l'éliminer complètement.

David Fath, Français de 37 ans marié à une Gaspésienne «carnivore», est végétarien depuis une quinzaine d'années. «Je vivais dans une région de France où il y avait beaucoup d'abattoirs et d'élevages porcins. J'ai été sensibilisé par les conditions d'abattage des animaux. Ensuite, j'ai été touché par la répartition inégale des ressources agricoles et par le fait que des populations n'arrivent pas à manger à leur faim.»

Cet animateur de vie spirituelle et d'engagement communautaire qui vit à Carleton, en Gaspésie, s'estime en pleine santé. «Je n'ai aucune carence, même si je ne suis pas de régime particulier. Le fait que je sois végétarien surprend parfois les gens, qui ont l'impression que ça doit être compliqué d'équilibrer les repas. Mais, en général, je ne parle pas de mon végétarisme aux gens parce que je ne veux pas les ennuyer!»

«De plus en plus d'hommes viennent me consulter pour se «convertir», dit la nutritionniste Anne-Marie Roy, elle-même végétalienne convaincue, qui remarque un changement de mentalité.

«Longtemps, on a associé le gros steak à la virilité ou à la richesse. Mais de plus en plus d'hommes, surtout dans la quarantaine, se convertissent pour prévenir le diabète ou l'hypertension. Ils constatent une amélioration de leurs capacités mentales, physiques et sexuelles. Et un homme qui mange bien est attirant pour les femmes!»

Au printemps dernier, le Boston Globe a créé le néologisme «hegan» (contraction de he, lui, et de vegan, végétalien) pour englober cette nouvelle catégorie de gars virils qui lèvent le nez sur le bifteck et préfèrent les légumes verts. Bill Clinton, qui jadis ne cachait pas son penchant pour les beignes et le McDo, est récemment devenu végétalien. Du côté des athlètes de pointe, le triathlonien canadien Brendan Brazier fait lui aussi la promotion du végétarisme avec son livre The Thrive Diet et sa firme de produits naturels Vega.

L'animateur Joël Legendre et le comédien Vincent Gratton comptent aussi faire aimer les brocolis et la verdure aux gars en lançant chacun un livre de recettes végétariennes. Biographie gourmande (de Joël Legendre) vient d'arriver en librairie, et Vincent Gratton lancera au mois de mars prochain un ouvrage écrit avec le chef Jérôme Ferrer et la nutritionniste Isabelle Huot.

Inspiré par le mouvement des Lundis sans viande, Vincent Gratton est devenu «flexivégétarien» (c'est-à-dire qu'il mange de la viande à l'occasion) il y a environ un an et demi, après avoir visité une porcherie.

Le comédien, qui n'a pas banni de son régime poissons et volailles, prône surtout l'achat local et évite d'acheter dans les grandes chaînes d'alimentation. «Quand les gens vont comprendre cela, nous allons enfin nous réapproprier le pouvoir économique et environnemental et démontrer de la solidarité envers nos agriculteurs.»

Bref, on est loin de la pub d'une certaine chaîne de restos-bars, où un type se réjouit d'enfin pouvoir manger de gros hamburgers depuis que sa blonde, végétarienne, est partie...