Depuis le début de l'épidémie, 25 millions de personnes sont mortes du sida et 60 millions ont été infectées. Toutefois, selon un rapport de l'ONU publié la semaine dernière, le nombre de nouvelles infections est en baisse. Mais la partie est loin d'être gagnée.

Judith Lachapelle LA PRESSE

Alors que l'on célèbre aujourd'hui la journée mondiale de la lutte contre le sida, de nombreux spécialistes craignent que certains des gains réalisés au cours des dernières années ne soient effacés, notamment en Afrique où vit 67% de la population infectée par le virus.

L'Ouganda est le leader en matière de prévention du VIH-sida en Afrique. Avec un message simple d'abstinence et de protection martelé sans répit depuis les années 90, l'Ouganda a réussi à faire baisser admirablement le nombre de personnes infectées. De 30% au pire de l'épidémie, la proportion de personnes infectées est maintenant de 6,3%. C'est mieux que l'Afrique du Sud (17%) et beaucoup mieux que le Swaziland (26%)...

Mais les efforts ougandais risquent d'être balayés, préviennent les ONG. La saignée des fonds consacrés à son système de santé limite l'accès aux soins. Et un projet de loi discriminant les porteurs du VIH est à l'étude au Parlement. «Si c'est comme ça en Ouganda, dit Kodjo Edoh, de Médecins sans frontières (MSF), vous pouvez imaginer le reste de l'Afrique...»

Joint hier par téléphone dans la capitale Kampala, d'où il coordonne la mission de MSF en Ouganda, Kodjo Edoh est inquiet. «Si on ne fait rien, il est possible que tous les gains réalisés aillent à la poubelle.»

La moitié de la population a accès à un traitement contre le VIH. Et si ce n'était le soutien de MSF dans le nord du pays, déchiré par la guerre jusqu'en 2006, «seulement 8% de la population y aurait accès». L'approvisionnement en médicaments n'est pas régulier et plusieurs patients doivent interrompre leur traitement. «Il y a le risque de créer de la résistance aux médicaments.»

«De plus en plus de voix s'élèvent pour dire qu'on consacre assez d'argent à la lutte contre le sida», constate M. Edoh. Les maladies à combattre en Afrique, comme le paludisme ou la tuberculose, ne manquent pas, concède-t-il. «Mais le VIH-sida est aussi une cause de mortalité sous-jacente à d'autres maladies.»

Discrimination des séropositifs

À Paris, Jean-Marie Fardeau, de l'organisme Human Rights Watch (HRW), s'inquiète de l'impact que pourrait avoir un projet de loi ougandais sur les droits des séropositifs. Selon HRW, cette loi prévoit «le dépistage obligatoire du VIH, l'obligation de déclarer l'infection et des sanctions pénales pour toute "tentative de transmission" du VIH».

Plus inquiétant, un autre projet de loi pourrait punir toute personne qui défend les droits des gais ou «encourage» l'homosexualité, rapporte l'organisme. La loi encouragerait également la délation des homosexuels et même la peine de mort pour un séropositif qui a des relations homosexuelles avec une personne consentante.

«La criminalisation des personnes porteuses du virus est l'une des principales formes de recul de la lutte contre le sida, dit M. Fardeau. Si les gouvernements criminalisent ces gens, ça les met dans une position impossible pour bien se traiter ou participer à des programmes de prévention.»

De plus, le projet de loi « fait porter une charge plus lourde aux femmes, note M. Fardeau. Les femmes sont plus susceptibles de se faire tester puisqu'elles doivent le faire au moment d'une grossesse. Elles sont donc plus vulnérables.»

Et une dizaine d'autres pays africains ont des législations semblables. «L'Ouganda est un exemple récent particulièrement choquant, mais malheureusement, ce n'est pas le seul.»

Mais les succès existent aussi dans la lutte contre le sida. ONUSIDA a salué le travail accompli par le Cambodge, où la prévalence de séropositifs est passée de 2% en 1997 à 0,8% cette année. Le pays fournit les antiviraux aux deux tiers de la population qui en a besoin (comparativement à 14% il y a 5 ans) et protège les séropositifs de la discrimination.

-Avec l'Agence France-Presse