On connaissait la fumée secondaire, qui a été au coeur des efforts visant à interdire la cigarette des lieux publics. Les experts ont maintenant trouvé une troisième cible : la fumée tertiaire.

Publié le 27 nov. 2009
Mathieu Perreault LA PRESSE

« Quand une personne fume à la maison, les rideaux, les tapis et les sofas sentent la cigarette «, explique Jonathan Winickoff, un pédiatre de l'Université Harvard qui a inventé le terme. « On peut le sentir sur ses vêtements, par exemple dans des endroits fermés comme un ascenseur. Cette persistance de l'odeur est un bon exemple de la fumée tertiaire. «

 

Il s'agit de particules souvent toxiques présentes dans la fumée de la cigarette qui se déposent sur les différentes surfaces. Tout comme la poussière, elles peuvent retourner en suspension dans l'air. Pire, les bébés et les jeunes enfants y sont directement exposés quand ils jouent par terre.

« Les bébés en particulier sont exposés à la fois par les voies respiratoires et parce qu'ils ingèrent ces toxines «, observe le Dr Winickoff, qui dirige le comité sur le tabac de l'Académie pédiatrique américaine.

« Ils mettent souvent dans leur bouche les meubles ou des objets ayant touché des surfaces contaminées, ou alors leurs mains. Même si un parent ne fume que lorsque ses enfants ne sont pas à la maison, ils vont être exposés aux toxines. «

Aucune recherche n'a directement évalué les risques épidémiologiques de la fumée tertiaire.

Les effets de ces toxines quand elles sont ingérées sont aussi mal délimités, mais elles sont certainement délétères, selon le Dr Winnickoff.

À titre de comparaison, fumer augmente de 10 fois (900%) le risque de cancer du poumon, alors que la fumée secondaire augmente le risque de 30%, selon les autorités médicales américaines.

Le risque de la fumée secondaire est plus élevé, pouvant dépasser 200%, chez certaines professions à risque comme les travailleurs de bars où il est permis de fumer.

La fumée tertiaire est au coeur des récents efforts visant à interdire la cigarette des édifices à appartements, selon le Dr Winickoff.

« On a déjà montré que la fumée secondaire passe d'un appartement à un autre par les interstices des édifices. Il est certain qu'il y a aussi un problème de fumée tertiaire. «

Aux États-Unis, l'organisme gouvernemental subventionnant les logements à prix réduits incite depuis l'an dernier les propriétaires de logements à interdire la cigarette, à tout le moins pour les nouveaux locataires. Une cinquantaine de grands propriétaires nationaux ont déjà adopté la politique. Deux villes voisines de San Francisco, Belmont et Richmond, interdisent la cigarette dans tous les édifices à appartements, qu'il s'agisse de location ou de copropriétés.

À Montréal, un couple de propriétaires a récemment échoué dans sa tentative d'évincer une locataire fumeuse qui habitait au-dessus de chez eux parce qu'ils n'avaient pas indiqué cette clause au bail.