Les avortements ne sont pas les seules interventions délaissées par le privé. Des cliniques pourraient cesser certaines activités, notamment des examens pour détecter des cancers, allongeant du coup les listes d'attente.

Pascale Breton LA PRESSE

Les médecins avaient déjà exprimé au ministre leurs craintes en ce sens lors de l'étude du projet de loi 34.

Mais à l'approche de la date butoir qui oblige les cliniques à être accréditées comme cliniques médicales spécialisées pour pratiquer une cinquantaine d'activités, les craintes se concrétisent.

 

«Les cliniques vont arrêter de faire certaines activités, par exemple des biopsies tumorales du sein. Elles vont abandonner ce volume d'activités qui va retourner à l'hôpital; donc, les patientes vont attendre», a déclaré le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, le Dr Gaétan Barrette.

À l'Association des spécialistes en chirurgie plastique et esthétique du Québec, on confirme que les médecins pourraient cesser de pratiquer certaines interventions au privé, notamment pour des tumeurs malignes et des réductions mammaires.

«Peut-être que certaines cliniques vont choisir de cesser certains services qu'elles offrent actuellement. Si elles le font, c'est qu'elles ne souhaitent pas correspondre aux critères qu'on exige», a rétorqué Marie-Ève Bédard, l'attachée de presse du ministre, en rappelant que l'objectif de la loi 34 est d'assurer des «normes de qualité et de sécurité».

Tollé autour des avortements

La controverse entourant la loi 34 a éclaté au grand jour quand la clinique L'Alternative a fait savoir qu'elle ne pratiquerait plus d'avortements, jugeant les nouvelles normes trop sévères. Elle s'occupe d'un millier de femmes par année.

«Les avortements devraient être retirés de la loi 34; il devrait y avoir une abrogation de ce côté-là», estime la présidente de l'Association des obstétriciens et gynécologues du Québec, la Dre Corinne Leclercq, qui craint pour l'accessibilité du service.

Le ministre de la Santé, Yves Bolduc, s'est montré ouvert à cette avenue si telle est la recommandation du Collège des médecins, qu'il a mandaté pour réviser la question.

Cette décision survient un peu tard. La tension est bien installée entre le milieu médical et le Ministère. Le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec accuse carrément le ministre d'avoir menti à la population dans ce dossier.

Comme plusieurs, le Dr Barrette croit que le Ministère veut rapatrier certaines interventions, dont les avortements, dans les hôpitaux. «C'est une impression qu'on a. J'ai la certitude qu'ils veulent tout ramener à l'hôpital et tout contrôler, y compris l'accès», a ajouté le Dr Barrette.

Des organismes et des cliniques privées craignent que Québec ne tente en fait de réduire l'accès à l'avortement. Depuis une bataille juridique, les femmes peuvent subir l'intervention gratuitement au privé si elles le désirent, comme c'est le cas dans les hôpitaux ou les CLSC. Mais les cliniques sont limitées par des quotas.

«Le Ministère devrait débloquer les budgets nécessaires pour s'assurer que toutes les femmes puissent avoir accès au service dans le lieu de leur choix et puissent avoir l'intervention dans un délai rapide», souligne Nathalie Parent, coordonnatrice de la Fédération du Québec pour le planning des naissances.

Les femmes attendent en moyenne une dizaine de jours avant d'avoir l'intervention. Mais dans certains cas, l'attente dure jusqu'à cinq semaines, précise Mme Parent.

Les délais sont plus longs en raison de ces quotas, a confirmé le Dr Claude Paquin, directeur médical de la clinique Fémina.

«C'est évident qu'on ne peut pas parler d'accessibilité si on est limité à 2200 avortements par année dans notre cas. On est rendu à deux, trois ou quatre semaines d'attente.»

À Montréal, une entente de service lie l'Agence à quatre cliniques privées qui pratiquent 5000 des 15 000 interventions chaque année.