Un peu comme la crème fouettée sur le sundae, trop, c'est comme pas assez. Et les Montréalais se lassent vite d'une chose lorsqu'on les gâte un peu. C'est le cas du jazz qui, après le Festival et malgré sa richesse et la qualité indéniable des artistes locaux, demeure à peu près absent le reste de l'année. Sauf ici.

Mis à jour le 19 août 2011
Robert Beauchemin, collaboration spéciale LA PRESSE

Le Dièse Onze doit être le dernier club de jazz en ville, une sorte de survivant. Ce bar-restaurant installé dans un demi-sous-sol en plein coeur du Plateau est ouvert tous les soirs, et propose des lundis cubains, des 5 à 7 de manouche, du swing et tant d'autres idées. Et on peut y manger! Manger est ici un bien grand mot, qu'on se le dise. On peut se sustenter (si tant est qu'on n'est pas trop difficile), on peut se remplir la panse, se bourrer, se satisfaire (de peu), bref, c'est le côté utilitaire d'un beau projet artistique (et commercial).

La carte du Dièse Onze est assez simple et on se dit que, ma foi, réussir un gaspacho ne tient pas de la magie noire. Des tomates, fraîches si possible, des légumes estivaux, concombres, poivrons rouges, oignons et ail, un trait de vinaigre, de l'huile d'olive et le tour est joué. Vous voyez, je viens de vous en donner la recette. On le sert ici dans un joli verre posé sur une assiette blanche. Mais le contenu est si pitoyable que la télé nous semble plus intéressante. Le gaspacho a fermenté dans son contenant de plastique, si bien qu'il a un goût vaguement alcoolisé. On essaie de le ranimer avec une cuillère de crème ou de yaourt, on ne sait plus très bien. C'est disgracieux et confus. La mousse de foie de volaille est joliment présentée dans un petit bol, mais elle est couverte d'oignons confits et ne se mange pas sans petite cuillère, qu'on nous apporte 20 minutes après avoir reçu le plat. Il faut grappiller au fond du bol pour trouver la mousse, qui semble avoir elle-même été un peu abandonnée au fond du frigo, avec un parfum végétal intense. Avec des croutons, on s'abandonne tout de même à sa consistance crémeuse, et cela, malgré sa texture filandreuseon n'a pas dénervé. Ça commence mal.

Ça continue avec un burger dont la viande est tellement cuite (bien que nous l'ayons réclamée «à point», ou rosée) qu'elle craque sous la dent. En fait, les rebords de la boulette sont complètement cramés. Le burger se présente sur un pain sec, avec un peu de fromage. Heureusement, les pommes de terre simplement coupées en deux sont bonnes. Ça nous fera au moins un repas de glucides! Le pavé de foie poêlé a été demandé le moins cuit possible à point et s'est présenté tellement cuit qu'il était complètement caoutchouteux, tristounet dans sa grisaille, avec un air de ratatouille maison sur un fouillis de laitues mal assaisonnées. Ces plats étaient sans âme, deux sortes de corps allongés à la hâte, fins morts! Les desserts sont tout aussi désolants.

Non, un gaspacho frais, du pain à hamburger, de la salade pimpante, ce n'est tout de même pas la fin du monde! Mais parfois, les choses les plus simples sont les plus difficiles à produire. Au club Dièse Onze, on a fait l'effort de satisfaire certains des meilleurs musiciens de jazz de la ville, mais on a négligé la cuisine, qui souffre d'un manque presque total d'attention. Et c'est bien dommage parce que nous aimons bien le lieu, l'atmosphère, la qualité des musiciens invités, mais nous sommes littéralementtroublés par la médiocrité de la cuisine. Quelle déception!

Dièse Onze jazz club  et restaurant

4115-A, rue Saint-Denis, 514-223-3543

>Prix: Quand ce n'est pas bon, c'est toujours trop cher. Surtout pour des produits de qualité inférieure. Entrées et tapas entre 4$ et 10$. Plats entre 13$ et 25$. On s'en tire (et on se tire) à 75$ à deux tout compris, avec quelques verres de vin.

>Service: Débordé. Heureusement, la jeune femme qui s'est occupée de nous ce soir-là (tant bien que mal, j'ose dire) était sincèrement attentionnée et sympathique. Mais pour une trentaine de tables, il y avait une seule personne en cuisine et une seule sur le plancher!

>Vin: Hmmmm. Rien à dire.

Ambiance, ambiance, ambiance!

Tout ce qui sort de la cuisine accuse des ratés sérieux et n'est pas digne d'un lieu qui a des prétentions de qualités artistiques.

On y retourne? Pas pour manger, ça, c'est certain!