Le volet montréalais du Festival international du livre gourmand se tient demain à l'Institut de tourisme et d'hôtellerie du Québec (ITHQ). Les 44 élèves des chefs chocolatiers pâtissiers Yves Petit et Gaston Sylvain rivaliseront de génie culinaire pour remporter la coupe Brillat-Savarin. Nous avons posé cinq questions à l'éditrice Danielle Shelton (Adage), organisatrice du Festival.

Publié le 23 avr. 2010
Ève Dumas LA PRESSE

Q Le Festival du livre mangeable: rassemblement littéraire ou gourmand?

R Si Marcel Proust était encore parmi nous, il verrait dans ce festival la concrétisation de ce qu'il a écrit: «Les plats se lisent et les livres se mangent.» Je peux aussi citer Pline le Jeune (62-114): «La lecture doit être copieuse.» Ou Robert Dickson (1944-2007): «Désormais, je me nourris à la cuisine de la poésie.» Ou, plus près de nous, François David, dans Je te donne ma langue au chat, est-ce qu'il me la rendra?: «Quel plaisir/de déguster les mots/les avoir bien en bouche/les mâcher mâchonner mâchouiller/les mordiller les mastiquer/avec une extrême gourmandise...» Oui, à Montréal, le Festival du livre mangeable est une manifestation gourmande. Et je ne serais pas étonnée que les plus beaux livres soient réalisés par les pâtissiers chocolatiers qui se seront montrés les plus gourmands des mots et des images des livres non comestibles qui les auront inspirés. Si ce festival unique en son genre est d'abord un partage de nourriture et de culture, il est aussi une occasion de réflexion sur les saveurs et les savoirs.

 

Q Racontez-nous un peu l'histoire de ce festival international. Où, quand et pourquoi l'idée d'un festival du livre mangeable est-elle née?

R Cette idée originale de confectionner des livres mangeables est née en 2000, de l'imagination de la Californienne Judith A. Hoffberg (morte l'an dernier). L'artiste new-yorkaise d'origine française Béatrice Coron a été la première à concrétiser un banquet livresque et à l'immortaliser sur l'internet. Le Festival se déroule autour du 1er avril (exceptionnellement, le volet montréalais est présenté cette année demain). La date du 1er avril souligne le jour anniversaire du célèbre gastronome français Jean-Anthelme Brillat-Savarin (1755-1826), connu pour son traité érudit et plein d'humour, Physiologie du goût, et bien sûr pour le fameux fromage qui porte son nom. D'où l'idée, née à Montréal, de remettre au lauréat la coupe Brillat-Savarin.

Q Pourquoi la bande dessinée comme thème, cette année?

R C'est la première fois que le volet montréalais du festival choisit un thème. L'un de nos partenaires, Monet, étant la plus vaste librairie de BD du Canada, il nous a semblé que l'occasion était belle de le souligner, d'autant plus que les pâtissiers chocolatiers de l'Institut de tourisme et d'hôtellerie du Québec sont pour la plupart des jeunes friands de ce genre littéraire. Il y a des éditeurs de BD au Québec, mais peu, aussi avons-nous solliciter les diffuseurs de BD étrangers (français, belges).

Q Le livre gagnant est-il celui qui a meilleur goût ou plus belle allure?

R Il y a trois juges: le premier (un chef pâtissier) note les qualités culinaires d'après la présentation et la liste des ingrédients (sans goûter); le deuxième (un artiste) considère l'aspect strictement esthétique, créatif et technique; le troisième (un littéraire) apprécie la transposition du vrai livre en livre mangeable. Le cumul de leur pointage désigne le lauréat et deux mentions.

Q Qu'advient-il des livres qui ne sont pas mangés?

R Le livre lauréat est mangé, la première part étant offerte à la Grande dégustatrice ou au Grand dégustateur (une personnalité connue du public). Les deux livres qui reçoivent des mentions sont vendus à l'encan, ainsi que plusieurs autres (dans un encan silencieux cette année). S'il en reste, ils font l'objet d'un tirage au sort parmi le public.

Le Festival se tient demain, à compter de 13h, à l'ITHQ (3535, rue Saint-Denis, métro Sherbrooke). Le billet de tirage et de dégustation coûte 20$.