La principale banane d'exportation - celle qui est la plus consommée à l'échelle de la planète - risque de disparaître des étalages des supermarchés.

Mis à jour le 18 avr. 2010
LA PRESSE CANADIENNE

La banane Cavendish semble éprouver les mêmes problèmes que la variété Gros Michel, que l'on ne retrouve plus dans les comptoirs d'alimentation depuis la fin des années 1950. Cette variété était alors atteinte de la maladie de Panama attribuée à un champignon contenu dans le sol. Au fil des ans, la banane de remplacement a développé la même sensibilité.

C'est en 1940, environ, que la maladie a commencé à décimer les plantations de Gros Michel, 20 ans plus tard, elle était pratiquement disparue. Cette infection, la fusariose, est considérée comme l'une des plus destructrices pour le bananier comme le précise Gilles Vincent, directeur du Jardin botanique de Montréal.

«Il n'y a pas vraiment moyen de combattre ce champignon. Cette disparition annoncée découle en grande partie d'avoir choisi la monoculture et la seule solution consiste à rechercher une plus grande diversité», a-t-il affirmé

La disparition de la banane Cavendish aura un impact sur plusieurs communautés locales qui vivent du commerce de la banane. Selon Equiterre, il s'agit de la cinquième denrée alimentaire la plus commercialisée dans le monde, après les céréales, le sucre, le café et le cacao.

L'organisme évalue que chaque personne mange en moyenne 14 kilogrammes de bananes par année, ce qui représente 12 pour cent de la consommation annuelle de fruits.

La banane de type Cavendish, tout comme la Gros Michel, est caractérisée par sa forme charnue, son goût sucré et sa capacité à voyager facilement sur de longues distances. Cueillie encore verte, elle mûrit au cours du transport. Ces particularités ont assuré sa large place sur le marché de l'exportation.

«On a fait des sélections et des croisements pour des raisons que l'on trouvent bonnes: la grosseur ou la productivité par exemple. Ces décisions ont par contre fait en sorte que l'on se trouve dans une situation fragile pour d'autres cultures et non seulement pour les bananes. Il y a aussi plusieurs variétés de riz, mais on n'en cultive véritablement qu'une seule», a analysé Gilles Vincent.

Dans les plantations, les producteurs optent ainsi pour des cultivars retenus pour leur orte productivité. M. Vincent soutient qu'actuellement, à peine 17 plantes nourrissent 90 pour cent de la population mondiale.

«Des choix ont été effectués au détriment de la résistance aux maladies. Dans le cas des bananiers, les fruits sont stériles. Les petits points noirs que l'on voit au centre du fruit lorsqu'on le tranche sont des graines avortées. La reproduction est donc végétative et consiste à attendre une nouvelle tige qui repart de la base. On se retrouve donc dans un cul-de-sac génétique», a avancé Gilles Vincent.

La question de l'appauvrissement continu de la diversité biologique préoccupe également la Conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement qui a proclamé 2010 l'année de la biodiversité.

L'objectif visé est de sensibiliser les populations et à nourrir les efforts pour ralentir les disparitions des espèces. Au coeur des enjeux, l'ONU s'est dite sensible aux incidences sociales, économiques, écologiques et culturelles.

Au Québec, le plus récent importateur de bananes a été Equicosta, un groupe qui cultive et distribue des bananes équitables issues d'une culture biologique.

Ces premières bananes favorisant la biodiversité ont commencé à être présentes parmi nos fruits et légumes en 2008. L'arrivage était alors de 108 000 bananes par semaine au port de Montréal, une quantité qui représente environ 1 pour cent des bananes consommées par année au Québec.

Cela dit, les bananes sucrées ne disparaîtront pas complètement de la surface de la terre. D'autres continueront à être développées, mais celles-ci ne réagissent pas de la même manière au transport et à la manipulation. Elles seront disponibles, mais uniquement dans les pays où les fruits sont cultivés.