De l'avis de plusieurs experts interrogés, initier si jeune un enfant à différentes matières académiques par le biais d'exercices de répétition et de mémoire, c'est bien mal connaître les étapes de développement de l'apprentissage. Aux besoins de qui répond-on, finalement: ceux de l'enfant ou du parent?

Mis à jour le 9 sept. 2011
Silvia Galipeau LA PRESSE

«Je pense que les parents, aujourd'hui, ont peur de manquer leur coup! Il y a clairement une anxiété, chez les parents, de réussir leur mission éducative, et du coup, on saute sur tous les programmes enrichis pour offrir une stimulation supplémentaire», se désole Francine Ferland, ergothérapeute et auteur de plusieurs livres sur le développement des enfants, publiés aux éditions du CHU Sainte-Justine.

Selon elle, la meilleure façon d'enseigner quoi que ce soit à un enfant, c'est tout simplement en passant par le jeu. Car le jeu, souligne celle qui a inspiré à plusieurs égards la plateforme pédagogique des garderies subventionnées du Québec (baptisée Accueillir la petite enfance, et centré autour du jeu), stimule l'enfant sous toutes ses coutures, faisant appel à la fois à la motricité, aux perceptions, à différents aspects cognitifs, émotifs, sans oublier les habiletés sociales. «Pourquoi on ne laisserait pas les enfants être des enfants et vivre leur enfance?», lance-t-elle.

Sylvie Bourcier est intervenante en petite enfance et ne voit pas non plus l'intérêt de cette «surstimulation»: «On a là des enfants gavés intellectuellement qui vont perdre leur curiosité naturelle. Si l'enfant n'a aucun plaisir, on sape la curiosité nécessaire à la réussite scolaire!»

Vrai, certains enfants ont peut-être un plaisir réel et sincère à apprendre rigoureusement par mémorisation, si jeunes. Mais est-ce la norme? «Une minorité aime apprendre de cette façon, tranche-t-elle. La plupart des recherches disent qu'un enfant qui débute trop tôt ne sera pas en avance sur les autres, mais aura un niveau de stress plus élevé!» En un mot: ça n'est vraiment pas «la bonne stratégie pour préparer un enfant à l'entrée à la maternelle», avance l'intervenante.

À cet égard, Kumon rétorque que même sans avoir réalisé de suivi sur les résultats scolaires de ses élèves, en sachant que de 80 à 90% des nouveaux clients sont adressés par d'anciens, «on peut présumer que ces parents sont satisfaits des résultats scolaires de leurs enfants».

Serge J. Larivée, professeur d'andragogie et de psychopédagogie en sciences de l'éducation de l'Université de Montréal, ne connaît pas la pédagogie Kumon. Mais il n'est pas a priori contre une certaine forme de stimulation précoce ciblée. «Si l'on s'adresse ici à une clientèle moins stimulée, parce qu'issue d'un milieu défavorisé, par définition plus à risque, cela pourrait l'amener à faire différents apprentissages, et donc lui offrir une meilleure égalité des chances», dit-il. Mais il nuance: «Prévenir et donner à un enfant l'occasion d'apprendre, ça n'est pas la même chose que de faire devancer un enfant, lui enseigner même s'il n'a pas le goût ou n'est pas prêt.»

Tout dépend donc des conditions, de l'apprentissage offert, et du goût d'apprendre de l'enfant, conclut-il. «Car forcer un apprentissage peut amener à la démotivation. Certains chercheurs émettent même l'hypothèse que cela pourrait mener au décrochage, voire au suicide.»