Quand notre conjoint passe 20 heures par semaine à s'entraîner à la piscine ou à vélo sur les routes, en plus d'avoir un travail à temps plein, qu'en est-il des soirées détendues en amoureux devant la télé et des sorties à la ronde en famille le week-end? Quatre conjointes de champions répondent à laquestion.

Catherine Perreault-Lessard LA PRESSE

«Quand j'arrive seule avec les enfants dans une fête de famille, parce que Benoît est parti courir, je sais que mes tantes pensent que je suis mal barrée et que mon mari n'est jamais là. Pourtant, moi, je ne suis pas malheureuse du tout et je trouve qu'il s'est beaucoup amélioré au cours des dernières années.»

Caroline Desgagnés a rencontré son beau Benoît, triathlonien, il y a bientôt 15 ans. Déjà, il s'entraînait trois fois par jour, à raison de 20 à 30 heures par semaine. «Les athlètes sont très égocentriques. Le monde gravite autour d'eux, dit-elle. Je sais que Benoît a déjà eu des blondes qui ne toléraient pas son entraînement et qui lui ont dit: «C'est ça! Couche donc avec ton bicycle!» Mais moi, dès le début de notre relation, ça m'allait.»

C'est lorsque leur deuxième enfant est né que le couple a dû apporter quelques ajustements: c'était une question de survie. Parce qu'elle avait besoin de lui à la maison pour s'occuper des enfants, Caroline devait interdire à Benoît de faire du sport. Résultat? Il s'entraînait moins, a pris du poids, avait de piètres résultats lors de ses compétitions et était de plus en plus malheureux.

Pour concilier boulot-dodo-vélo, Caroline Desgagné a trouvé une solution toute simple: un horaire. «Aujourd'hui, plutôt que de partir courir à n'importe quel moment de la journée, il s'entraîne quand ça fait mon affaire et celle de la famille. Il nage très tôt le matin et jogge parfois à 11h du soir! S'il n'est pas disponible, il ne sort pas.»

Une discipline de fer

Chez les Boivin-Lévesque, l'horaire d'entraînement a également été construit en fonction des besoins des enfants. Denis, prof à temps plein et triathlonien, s'entraîne le matin, sur l'heure du lunch au travail, ou le soir, après le coucher. Il est si discret que même sa conjointe Nathalie ne s'en rend pas compte.

Dans six mois, le jeune enseignant prendra une demi-année de congé pour entamer son entraînement intensif, en prévision de la compétition Ironman 2011, à Lake Placid. «Participer à un Ironman, c'est le rêve d'une vie, mais c'est aussi une décision de couple. Les deux partenaires doivent être d'accord, indique Nathalie Lévesque. Pendant que Denis s'entraîne pour cette compétition, c'est moi qui dois assumer les tâches familiales. Lors des deux ou trois mois qui précèdent la compétition, ça devient sa priorité et ce serait impossible d'y participer s'il continuait à travailler à temps plein.»

Un tel objectif de vie serait également impossible si Nathalie n'avait pas, elle aussi, un tempérament de sportive. Bon an, mal an, la jeune mère court son petit 5 km, ce qui lui permet de mieux comprendre le besoin de bouger de son mari. Et dans leur famille, ils ne sont pas les seuls à mettre le sport à l'avant-plan: leur petite fille de 5 ans participe à des marathons pour enfants. D'ailleurs, après l'Ironman 2011, la famille planifie traverser l'Atlantique pour participer à des marathons en Europe.

Une «ultraconjointe»

Le mari de Chantal Morin, Michel Gouin, s'entraîne pour les ultramarathons (des marathons de plus de 42 km). Parfois, il peut courir pendant 24 heures d'affilée sur une piste de 400 m. En plus d'être président d'Ultramarathon Québec et d'avoir un travail à temps plein, il consacre presque tous ses week-ends à la compétition.

Pour épauler son conjoint, Chantal Morin est devenue bénévole dans les marathons. Elle le suit partout, tout le temps. Tout comme leur fils de 13 ans, Tommy, qui a aussi eu la piqûre. «Quand on va dans une compétition, on le fait en famille ou on ne le fait pas!» dit celle qui revient d'un séjour de 10 jours au marathon de New York avec son mari. Aujourd'hui, on ne vit que pour ça!»

Manger des kilomètres

Un entraînement d'ultramarathon exige une alimentation aussi régulière que le changement de garde à Buckingham Palace. «Au début, je trouvais ça difficile de manger toujours à la même heure et de calculer les protéines et les glucides en fonction de son entraînement, avoue Chantal Morin. Je me suis adaptée. Maintenant, quand je ne peux pas être là à l'heure du repas, je lui prévois des plats à l'avance pour qu'il puisse les réchauffer.»

C'est loin d'être le cas de Sophie, ex-conjointe d'un athlète Ironman, qui en a soupé de devoir tout calculer. «C'est son rapport à l'alimentation qui a le plus affecté notre relation, dit la jeune femme. Chaque fois qu'il mangeait quelque chose, c'était pour donner de l'énergie à son corps. Tout était calculé! Il n'y avait aucun plaisir autour de la table. Il refusait même de s'asseoir pour ne pas prendre de poids!»

Le prix à payer

Il n'y a pas que l'alimentation qui exige certains «sacrifices». Au même titre que les tournois de hockey du petit dernier, l'entraînement des athlètes amateurs est un loisir qui coûte cher. Souliers spécialisés, vélo dernier cri, voyage à l'étranger pour des compétitions... Mais qu'en pense la douce moitié lorsqu'il est question de piger dans le compte conjoint? «Oui, ce sont nos économies, mais je l'accepte parce que c'est sa passion et parce que c'est aussi devenu la mienne», dit Chantal Morin.

Compréhension des besoins de l'autre, écoute, générosité, patience... Les conjoints d'athlètes sont loin d'avoir le tempérament castrant de «Lyne-la-pas-fine» des Invincibles. Faut-il avoir certains traits de personnalités au préalable pour vivre avec un sportif avec un grand S?

Selon Caroline Desgagnés, la clé, c'est l'indépendance. «Il ne faut pas attendre après lui pour faire des activités ou des tâches familiales», souligne-t-elle.

Chantal Morin croit, quant à elle, que le succès du couple repose davantage sur la personnalité de l'athlète que sur celle du conjoint. «S'il a une bonne force mentale, ça nous aide à accepter son sport. S'il se plaint tout le temps à cause de ses blessures, c'est là que ça peut devenir compliqué...»

Catherine Perreault-Lessard est rédactrice en chef du magazine Urbania. Visitez urbania.ca