Les chiffres ne mentent pas: depuis 1976, les mamans ont pris d'assaut le marché du travail. Mais malgré les mesures existantes de conciliation travail-famille, les parents doivent faire preuve de flexibilité pour conjuguer métro, boulot et marmots.

André Duchesne LA PRESSE

L'adoption et la mise en place de mesures pour faciliter la conciliation travail-famille ont fait bondir le pourcentage de participation des mères sur le marché du travail au Québec.

En moins de 35 ans, soit de 1976 à 2008, le pourcentage de Québécoises âgées de 25 à 44 ans actives sur le marché de l'emploi et mères d'au moins un enfant de 12 ans ou moins a doublé, passant de 35,9 à 80,7%.

Par contre, ce sont les mères qui, encore aujourd'hui, font le plus de concessions, quant à l'emploi, au bénéfice de la famille.

«Malgré toutes les mesures mises en place, les mères demeurent proportionnellement les moins actives sur le marché du travail», constate-t-on dans un document intitulé Le marché du travail et les parents, rendu public hier par l'Institut de la statistique du Québec (ISQ).

L'étude, qui se définit comme «un portrait statistique général relatif à la conciliation travail-famille», s'appuie sur des données compilées par l'ISQ à partir d'enquêtes de l'organisme fédéral Statistique Canada.

«Les mesures de conciliation travail-famille ont eu un impact là où le taux de participation à l'emploi était faible», constate Sandra Gagnon, analyste en statistique du travail à l'ISQ et auteure du rapport.

En effet, la hausse du taux d'activité constatée chez les mères de 25-44 ans n'est pas visible ailleurs dans la population. Ainsi, au cours de la même période chez les femmes sans enfant, le taux d'activité a grimpé de 71,8 à 87%. Chez les hommes, le taux a légèrement fléchi, chez les pères comme chez les non-pères.

Au fil des ans, les différents gouvernements québécois ont adopté plusieurs mesures favorables à la famille. De sorte que, selon une analyse de l'OCDE à partir de données datant de 2005, le Québec se classait au quatrième rang des États les plus généreux envers les familles avec des dépenses publiques équivalant à 3,2% du PIB. La moyenne mondiale était de 2% et le Canada se trouvait nettement sous cette moyenne.

Mais attention, dit Mme Gagnon. Les mesures de conciliation travail-famille n'expliquent pas tout. «Il est certain que les mesures de bonification de la politique familiale, plus généreuses qu'ailleurs au pays, sont en cause. Mais il y a d'autres facteurs comme le besoin de sécurité financière, le désir d'indépendance de certaines femmes et le taux de scolarité», observe-t-elle.

À temps partiel au féminin

Ailleurs, dans l'étude, on constate à plusieurs reprises combien la présence des enfants exerce une pression à la baisse sur le taux d'emploi des femmes. Beaucoup plus que chez les hommes.

Par exemple, le taux d'activité des femmes de 25-44 ans qui ont un ou deux enfants était respectivement de 82,4 et de 81,7% en 2006. Mais il chutait à 71% à l'arrivée d'un troisième enfant ou plus. Chez les hommes, le taux d'activité était de 94, 95,5 et 93,6% selon la présence d'un, deux ou trois enfants et plus. Autrement dit, il est stable.

Autre signe révélateur: l'occupation d'un emploi à temps partiel (moins de 30 heures/semaine) que l'on soit un père ou une mère. En 2008, une mère sur cinq (19,4%) occupait un emploi à temps partiel chez les 25-44 ans. Il s'agit d'une substantielle diminution par rapport à 1976 alors que ce taux était de 26,8%. Mais, chez les pères du même groupe d'âge, ce taux n'était que de 3,8% en 2008.

«Le taux de temps partiel est cinq fois plus important chez les mères que chez les pères, mais il n'est que deux fois plus important chez les non-mères que chez les non-pères», constatent les auteurs de l'étude.

Les mères affirment spontanément qu'elles associent la gestion du temps de travail à celle de la famille. Parmi celles qui choisissent de travailler à temps partiel, plus de la moitié (54,2%) affirment sans détour faire ce choix pour la raison «soins aux enfants». Chez les hommes, le choix de cette réponse est si négligeable qu'il n'apparaît pas dans les statistiques. Ils sont par contre 66,3% à cocher la réponse «autres raisons».

Doit-on conclure que les pères préfèrent rester éloignés de la maison? Mais non, assure Sandra Gagnon. Une autre partie de l'étude indique qu'entre 1986 et 2005, les hommes ont augmenté le nombre d'heures quotidiennes consacrées aux travaux ménagers et aux soins apportés aux enfants.

La question du travail à temps partiel sera fort intéressante à suivre dans les années à venir. Car l'arrivée massive des baby-boomers à la retraite, couplée au faible taux de natalité enregistré au Québec dans les dernières décennies, exercera une pression accrue sur le monde du travail. La demande sera forte pour combler les emplois.

Dans ce contexte, la possibilité du travail à temps partiel s'amenuisera-t-elle? Il y aura deux comportements envisageables, selon les employeurs, croit Mme Gagnon: diminuer l'offre de travail à temps partiel ou répondre aux besoins des travailleurs en réaménageant le bassin de main-d'oeuvre.

Encadré(s) :

Taux

Le taux d'emploi désigne la proportion de personnes qui occupent un emploi au sein de la population en âge de travailler, soit les 15 ans et plus. Le taux d'activité désigne le nombre de personnes qui occupent un emploi ou qui sont à la recherche active d'un emploi au sein de la population en âge de travailler, soit les 15 ans et plus.

80,7%

Le taux d'activité des mères de 25 à 44 ans a bondi de 35,9 à 80,7% entre 1976 et 2008.

268,2

Moyenne annuelle du nombre d'heures d'absence du travail chez les femmes avec enfants pour répondre à des obligations personnelles ou familiales (comparativement à 36,8 heures pour les femmes sans enfants et 73,2 heures chez les hommes avec enfants).

44,6%

Pourcentage des Québécois de 25 à 44 ans qui sont parents d'au moins un enfant âgé de 12 ans ou moins.

2,6%

Le taux de chômage est plus bas chez les parents (5,1%) que chez les non-parents (7,6%), un écart de 2,6 points de pourcentage.

5

Les personnes ayant des enfants d'âge préscolaire, soit 5 ans et moins, sont moins actives sur le marché du travail que celles ayant des enfants d'âge scolaire.

3

Les taux d'activité et d'emploi baissent d'une façon substantielle chez les personnes ayant trois enfants ou plus.

Stressées

55,5% des femmes qui ont des enfants de moins de 12 ans se disent stressées, alors que chez les hommes dans la même situation, la proportion est de 45,8%.

Source : Institut de la statistique du Québec

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