Le gouvernement fédéral tend la main, une fois de plus, aux producteurs de porcs. Mais cette fois, en plus d'accorder des prêts aux agriculteurs, il suggère à une partie d'entre eux de quitter la production porcine, qui ne les mène plus nulle part.

Stéphanie Bérubé LA PRESSE

«Certaines exploitations ne sont tout simplement plus viables et nous allons aider les éleveurs à quitter l'industrie et à réduire la production», a indiqué le ministre de l'Agriculture du Canada, Gerry Ritz.

 

L'annonce des nouvelles mesures gouvernementales s'est faite samedi, simultanément dans l'ouest du pays et à Québec, où le ministre d'État à l'Agriculture, Jean-Pierre Blackburn, s'est adressé à des producteurs de porcs.

Ces derniers demandaient l'aide d'Ottawa depuis que la grippe A (H1N1), d'abord connue sous le nom de «grippe porcine», a fait chuter les prix de la viande de porc, au printemps dernier.

«Le pire nous a rattrapés, indique Jean-Guy Vincent, président de la Fédération des producteurs de porcs du Québec. Les consommateurs ont très bien fait la part des choses et il n'y a pas eu de baisse de la consommation de porc au Québec. Mais, sur le plan international, les marchés se sont effondrés et nous en avons subi le contrecoup.»

Présentement, produire un porc au Québec coûte environ 180$ pour 100 kg, explique M. Vincent. Le prix du marché est de 106$, alors qu'il était de 135$ à la fin du mois d'avril.

Cette baisse est arrivée à un bien mauvais moment: les prix du porc commençaient à prendre du mieux après des mois de difficultés. Les coûts de production avaient explosé en 2008, suivant la hausse des prix des céréales.

Pour l'industrie du porc, une crise en suit une autre depuis des années.

Et pour le gouvernement, il faut que certains producteurs se résignent à passer à autre chose.

«Pour quelques-uns, la solution est d'abandonner, explique Jean-Pierre Blackburn, en entrevue téléphonique. S'ils veulent sortir, ils seront capables de le faire.» Le gouvernement a prévu jusqu'à 75 millions pour ce nouveau programme. Chacun prendra sa décision, explique le ministre québécois. Les dossiers des producteurs qui veulent bénéficier de cette aide pour cesser de produire seront tous étudiés. Le gouvernement prévoit orchestrer les retraits graduellement pour qu'il y ait le moins d'impact possible sur les secteurs qui sont liés à l'élevage porcin, comme la production de céréales vouée à l'alimentation des animaux.

En plus de ce plan de retrait, le gouvernement propose des garanties de prêts à ceux qui veulent relancer leurs élevages et qui auront un plan d'affaires. «Notre intention première est de soutenir la production de porc», estime le ministre Blackburn.

La troisième facette du plan de restructuration présenté samedi prévoit aussi un programme de marketing à l'étranger en faveur du porc canadien, d'une valeur de 17 millions de dollars. L'industrie du porc dépend grandement des exportations: plus de 50% de la viande de porc quitte le pays. Au Québec, la part d'exportation compte pour 60%.

Au tour de Québec

Les producteurs de porcs du Québec demandent également une intervention du gouvernement provincial.

Au Québec, la différence entre le coût de production du porc et le prix du marché est compensée par l'Assurance stabilisation des revenus agricoles, la fameuse ASRA, qui est sur le grill depuis la publication du rapport Saint-Pierre au printemps dernier. Le rapport recommande qu'on y apporte d'importantes modifications.

Les cotisations des producteurs comptent pour environ le tiers de l'argent qui leur sera redistribué par l'ASRA. Le reste des sommes versées est assuré par Québec et Ottawa.

L'argent n'est pas versé d'un seul coup et, dans le contexte, les éleveurs souhaiteraient obtenir plus de liquidités dès maintenant.

L'année dernière, les producteurs ont reçu plus d'un demi-milliard de dollars en compensations. La plus récente évaluation de la Financière agricole calcule une aide de 376 millions aux producteurs de porcs pour 2009. La grippe A (H1N1) fera-t-elle monter les primes?

La somme réelle ne sera disponible qu'à la fin de l'année. Oui, il y a eu les effets négatifs causés par la grippe A (H1N1), explique Yvan Lajoie, de la Financière agricole, mais il y a aussi eu une diminution du prix du maïs que mangent les animaux. La nourriture est responsable de plus de 50% du coût de production d'un porc.

Le nouveau ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec, Claude Béchard, est en vacances. Il doit évaluer le plan présenté samedi par Ottawa à son retour au boulot, dans une dizaine de jours, et ajuster ses interventions en conséquence.