C'est une histoire d'aspirants à la bourgeoisie, de tragédie d'affaires, avec un soupçon de scandale et un détour par la Belgique et son nougat. La célèbre Toblerone fête depuis l'an dernier son centenaire et lève le voile sur la vie mouvementée de son inventeur, le Bernois Theodor Tobler.

Mis à jour le 2 juill. 2009
Mathieu Perreault LA PRESSE

«Toblerone a été lancée en 1908 et brevetée en 1909», explique depuis Berne une historienne de Toblerone. «C'était une première pour un chocolat au lait avec amandes et miel. Theodor Tobler avait très jeune repris l'usine de son père, qui n'était pas très bon en affaires. Il a compris, en emballant à la main les chocolats, qu'il était absolument nécessaire d'industrialiser la production.» L'historienne ne pouvait parler en son nom propre parce que seul le personnel de Kraft, qui a acheté la marque voilà une vingtaine d'années, peut être cité dans les médias.

 

À partir de sa petite usine bernoise - ville où son père avait de peine et de misère obtenu droit de séjour dans les années 1860 - Theodor Tobler a connu une ascension et une chute météorique. Dès les années vingt, il s'établit dans une dizaine de pays de part et d'autre de l'Atlantique, avant d'être victime de la crise et de l'agacement de l'élite bernoise devant celui qu'elle considérait comme un parvenu.

Il faut dire que l'inventeur de la Toblerone ne prenait pas toujours de gants. Alors que l'origine du fameux triangle de la Toblerone était généralement supposée être le mont Cervin, ou alors une confection triangulaire individuelle de poudre de chocolat populaire au début du XXe siècle, Theodor Tobler racontait aux membres de sa famille que l'inspiration lui était venue lors d'un spectacle des Folies-Bergère à Paris, quand des danseuses vêtues de jaune chamois et de rouge avaient terminé leur numéro osé en formant un triangle, en équilibre les unes sur les autres.

«On ne saura jamais si l'histoire des Folies-Bergère est vraie, dit l'historienne. Mais c'est la seule version qui a été directement transmise à la famille.»

 

Qui plus est, Theodor Tobler faisait bruyamment campagne en faveur du libre-échange dans une Suisse protectionniste, et du vote des femmes - qui n'est devenu réalité qu'en 1971. Un livre sur Toblerone, publié par un petit-fils de Theodor Tobler pour le centenaire, raconte en long et en large les difficultés d'insertion des Tobler dans la bonne société bernoise.

La persistance du nom est surprenante, compte tenu que Theodor Tobler a perdu le contrôle de son entreprise dès les années trente. D'ailleurs, les grands noms suisses du chocolat ont contrôlé le marché sous forme de cartel jusque dans les années soixante, une hérésie pour l'inventeur de la Toblerone. Il n'a pas été mentionné lors du cinquantenaire en 1958-1959, la compagnie préférant mettre l'accent sur le cofondateur de la compagnie, Emil Baumann, un cousin de Tobler.

Theodor Tobler est revenu au premier plan pour le 75 anniversaire, provoquant l'ire du camp Baumann qui acceptait mal que la contribution d'Emil Baumann soit passée sous silence. En Suisse, on ne blague pas avec le chocolat.

Photo fournie par Toblerone

Le créateur de la Toblerone, Theodor Tobler.