Les poches pleines de couronnes, les Tchèques découvrent les joies du shopping à l'étranger, une pratique longtemps inabordable devenue courante ces derniers mois grâce à la vigueur de leur monnaie locale.

Mis à jour le 22 déc. 2008
Jan Flemr AGENCE FRANCE-PRESSE

«C'est moins cher ici, c'est sûr», déclare Vera Gottfried, une sexagénaire tchèque qui est venue spécialement de Decin, à une cinquantaine de km, pour faire ses courses dans la ville allemande de Dresde, proche de la frontière.

Comme elle, certains font régulièrement l'aller-retour en Allemagne pour sillonner les supermarchés locaux, d'autres profitent des vols low-cost pour écumer les boutiques de Londres, d'autres encore arpentent les sites d'achat sur Internet.

Leur but: éviter de payer le prix fort dans les magazins locaux qui pratiquent des marges confortables et engrangent des bénéfices en jouant sur les changes.

Pendant des décennies, l'Allemagne, à moins de deux heures de route de Prague, est restée pour les Tchèques un pays inabordable.

Aujourd'hui, ils passent la frontière par hordes à chaque fin de semaine, pour chasser le discount et acheter de tout, depuis la lessive, jusqu'aux jouets, en passant par les habits ou même la bière, un comble pour le peuple qui se flatte d'occuper la première place mondiale en consommation de bière par tête.

«On trouve de la bière Pilsner Urquell 20 à 30 % moins cher. C'est triste parce que c'est notre bière et elle est moins chère à l'étranger», déplore un quadragénaire devant un supermarché à Heidenau, près de Dresde. Ici, le pack de 20 bouteilles coute 13,49 euros, soit un de moins que l'offre spéciale pratiquée par une chaine de supermarchés à Prague.

Acheter ses bouteilles de bière côté allemand et rendre les consignes côté tchèque permet aussi de faire un petit bénéfice de 1,6 euros par pack, vu la différence de tarif entre les deux pays.

La moitié des voitures garées devant le supermarché d'Heidenau ont des plaques d'immatriculation tchèque. Certains ont fait la route depuis Prague, beaucoup ont mis des barres sur le toit -pour les sapins de Noël, qui sont eux aussi moins chers.

«Nous vendons des douzaines d'arbres tous les jours à des Tchèques», dit une jeune fille visiblement frigorifiée qui lutte pour enfourner un énorme sapin dans un emballage.

Un couple tchèque qui a parcouru une quarantaine de km pour venir à Heidenau, pousse un chariot à moitié plein de chocolats, de détergents et de pains vers une voiture minuscule.

«Nous venons une fois par mois, on compare les prix et si c'est moins cher, on achète ici», dit l'homme. «Les produits sont meilleurs, et les emballages plus jolis», selon lui.

La fin du communisme, en 1989, a vu les Tchèques casser leurs tirelires pour s'offrir des marques ouest-allemandes, habits ou matériels électroniques, totalement introuvables dans la Tchécoslovaquie de l'époque.

Pour mieux fuir les rayons vides, certains louaient des bus pour se rendre à Passau, en Bavière, une destination alors très côtée.

Une fois passé l'enthousiasme des débuts, quand les magasins locaux ont commencé à fournir des produits «occidentaux» à prix abordables, l'intérêt a décru. Dès lors, ce sont les Allemands qui faisaient le trajet inverse, en quête de bonnes affaires, dans les magasins locaux ... ou les maisons closes.

Sous le communisme, l'Allemagne de l'Ouest restait un paradis interdit aux simples mortels installés du mauvais côté du Rideau de fer. A défaut, les plus débrouillards se rabattaient sur l'Allemagne de l'Est, en déjouant les contrôles douaniers menés aux frontières des deux pays frères.

«Un jour, les douaniers ont démonté les sièges de ma voiture et vérifié le contenu des tubes de dentifrice», se souvient Jan Patocka, un retraité de Prague qui à l'époque jouait régulièrement les contrebandiers.

Pour mieux déjouer les contrôles, il voyageait avec ses enfants et les tartinaient de yaourt pour éviter les fouilles.

Aujourd'hui, le bon vieux des emplettes en Allemagne est de retour si l'on en croit les quatre Tchèques qui comparent leurs achat de Noël sur la place centrale de Dresde. «Donc, une écharpe pour Josef et une pour Jara. Une chemise pour Jara et une pour Franta. Un shorts pour Franta et un pour Josef....»