Même après quelques années passées à décrypter le merveilleux monde du commerce de boissons alcoolisées au Québec, je m'étonne encore parfois du très haut niveau de complexité et de la superposition des couches bureaucratiques propres à ce milieu.

Vincent Marissal LA PRESSE

Entre les permis, la vente au détail, l'importation, la consommation et j'en passe, quatre ministères se chevauchent (Finances, Sécurité publique, Développement économique et Justice), sans compter les accords internationaux et les lois fédérales. Une chatte y perdrait ses petits.

Comme si ce n'était pas déjà suffisamment compliqué, il faut aussi compter sur le bilinguisme officiel du Canada. J'ai raconté cette semaine dans La Presse l'histoire d'une dame qui s'est fait dire par la SAQ qu'elle ne pouvait importer quelques caisses de son champagne préféré parce que les étiquettes de ce petit producteur sont en français seulement.

Explication de la SAQ: il s'agit d'une exigence du gouvernement fédéral, à laquelle on essaie de se conformer, mais il est possible, parfois, de faire exception.

Une certaine confusion règne, comme en témoignent les nombreux courriels que j'ai reçus à ce sujet. Et dont voici des exemples:

In English only it's ok?

«J'importe du vin de Colombie-Britannique avec étiquette unilingue anglaise... Est-ce deux poids deux mesures de la part de la SAQ?»

Un amateurd'importations privées

«À plusieurs reprises, j'ai fait importer du vin du Portugal et d'Autriche pour ma consommation personnelle par la SAQ, on m'a dit alors que, si les bouteilles étaient seulement pour ma consommation personnelle, leur étiquette n'avait pas besoin de se conformer à la loi sur le bilinguisme. Même chose avec les laboratoires: les bouteilles n'y passent pas nécessairement, du moins pas de test qui demande à ouvrir la bouteille si c'est seulement pour la consommation personnelle.»

Un amateur de bière

«J'importe régulièrement des bières pour consommation personnelle. Je suis surpris de l'interdiction de la SAQ pour le champagne, car la majorité de mes bières ont des étiquettes unilingues de leur pays respectif. Quand je fais venir des bières danoises, c'est écrit 100% en danois. France: 100% français. Belgique: moitié français, moitié flamand et États-Unis: 100% anglais.»

Un lecteur de Winnipeg

«Ben, ça, c'est l'boutte! Les étiquettes de vin au Québec devront être bilingues à cause du bilinguisme à sens unique d'Ottawa. Je bois souvent du vin. Je n'ai jamais, au grand jamais, vu une seule étiquette bilingue de vin à Winnipeg. Pourtant, Winnipeg est la ville la plus bilingue à l'ouest d'Ottawa!»

L'opinion d'une avocate, Isabelle Reinhardt, visiblement experte en la matière

«Je ne suis pas certaine que la SAQ a bien renseigné cette dame, qui importe pour sa consommation personnelle. Les gens de l'Agence canadienne d'inspection des aliments pourraient peut-être mieux vous renseigner sur l'application de leur propre réglementation et notamment ce qui s'applique aux circonstances de cette dame. Car, même dans le domaine commercial, pour un produit à l'essai, il semble que le bilinguisme ne soit pas une exigence.»

Le retourde Barbancourt

Bonne nouvelle pour les amateurs de rhum: après des années d'absence au Québec, la maison haïtienne Barbancourt sera de retour au cours des prochains jours sur les tablettes de la SAQ.

L'importation du rhum Barbancourt était interdite au Canada parce que le produit ne satisfaisait pas aux normes de Santé Canada.

«Il semble que le processus de fabrication ait été modifié, de sorte qu'il est désormais possible de mieux contrôler le taux de carbamate d'éthyle, précise-t-on à la SAQ. L'échantillon qui nous a été présenté était effectivement conforme aux normes de Santé Canada.»

Seul le rhum ambré 4 ans sera offert, toutefois.

Pour le mythique 15 ans, vous devrez vous rendre vous-même en Haïti. Je vous y encourage, d'ailleurs. Dépaysement garanti.

Des bordeaux 2009

La SAQ vient de mettre en vente, sur son site, les premières primeurs des bordeaux 2010 et continuera d'ajouter des produits au fil des semaines.

Cela dit, il reste aussi beaucoup de bordeaux 2009 (onglet bordeaux 2009 résiduels), année grandiose, selon la communauté viticole. Vaste choix pour toutes les bourses, des «petits» grands crus classés aux inabordables premiers grands crus.