On n'aurait pu demander mieux. Depuis le début des Jeux de Vancouver, les États-Unis se sont fait un malin plaisir de dégonfler les prétentions canadiennes à la domination olympique, raflant les médailles avec un appétit insatiable.

Mis à jour le 26 févr. 2010
Jean-François Bégin LA PRESSE

En ski alpin, en patinage de vitesse et ailleurs, jour après jour, les athlètes américains ont forcé le Canada à ravaler son orgueil et à revoir à la baisse les attentes démesurées créées par À nous le podium.

L'heure de la revanche a maintenant sonné.

La finale Canada-États-Unis qui aura lieu demain est un point d'orgue idéal à ces Jeux où la rivalité entre les deux pays a été constamment mise à l'avant-plan. Dans l'esprit de cette nation folle de hockey - et sans rien enlever au courage admirable de Joannie Rochette, au sang-froid d'Alexandre Bilodeau ou à la grâce de Scott Moir et Tessa Virtue - le dénouement de cette partie risque d'influencer plus que tout le souvenir que laisseront les Jeux de Vancouver.

(Peut-être moins au Québec, vu la quasi-absence des French-Canadians dans l'équipe, mais c'est une autre histoire...)

Les hommes de Mike Babcock, qui ont montré des signes d'essoufflement très inquiétants en troisième période, hier soir, n'auront pas la tâche facile dans ce match-revanche de la finale de 2002, que le Canada, transporté par Joe Sakic et Jarome Iginla, avait gagnée 5-2 à Salt Lake City. L'équipe américaine lui a servi un avertissement sans équivoque en passant la Finlande dans le tordeur dans une demi-finale à sens unique.

Jeune, rapide, mobile et disciplinée, la formation américaine évoque le souvenir de la troupe de collégiens qui avaient terrassé l'Ours soviétique lors du Miracle on Ice de Lake Placid, il y a 30 ans. À cette différence près que la version 2010 de Team USA est farcie de superstars - Patrick Kane, Zach Parisé et Brian Rafalski - capables de changer le cours d'un match à eux seuls, avec l'aide d'infatigables travailleurs comme Ryan Kesler et Dustin Brown.

Et puis il y a Ryan Miller. Avant l'implosion de Miikka Kiprusoff, hier, on pouvait peut-être encore discuter de l'identité du meilleur gardien du tournoi, mais le débat est désormais clos. Miller - 1,04 but par match, 95,37% d'efficacité - est la principale raison de la défaite de 5-3 du Canada contre les États-Unis, lors du tour préliminaire. Si le gardien des Sabres de Buffalo continue sur sa lancée, demain, le Canada n'est pas sorti de l'auberge.

«Je l'ai déjà dit: l'équipe avec le gardien le plus en forme, peu importe qui c'est, va habituellement remporter le dernier match», a dit l'entraîneur américain, Ron Wilson. Roberto Luongo, qui a accordé un très mauvais but hier soir avant de se racheter avec un arrêt incroyable contre Pavol Demitra dans les dernières secondes de la partie, devra enterrer une fois pour toutes sa réputation d'homme des petites occasions.

Le Canada n'arrive évidemment pas démuni pour cette finale, qui marque également le 50e anniversaire d'une autre victoire américaine, aux Jeux de Squaw Valley, en 1960. Il a les outils nécessaires pour compléter le doublé en or que l'équipe féminine a entrepris jeudi avec une victoire convaincante de 2-0 sur les États-Unis.

La formation canadienne qui sautera sur la glace demain après-midi n'est plus celle qui a peiné contre les États-Unis et la Suisse, la semaine dernière. Les joueurs sont les mêmes, mais la machine assemblée par Steve Yzerman a depuis été finement ajustée par l'entraîneur Mike Babcock et ses adjoints. Les Russes, proprement anéantis en quarts de finale, sont là pour en témoigner.

Le Canada doit profiter de l'énergie que lui procurera la foule tonitruante à la Place du hockey et commencer le match comme il l'a fait contre la Russie - et comme les États-Unis l'ont fait hier contre la Finlande. Pas besoin de marquer cinq ou six buts en première période; juste d'éviter que les Américains, qui n'ont jamais tiré de l'arrière dans le tournoi, ne leur coupent les jambes en prenant les devants rapidement.

Surtout, Sidney Crosby, Jonathan Toews, Rick Nash et compagnie doivent jouer comme ils en sont capables et ne pas vaciller comme ils l'ont fait en troisième période, hier soir. Il était de bonne guerre que Ron Wilson dise hier que le Canada est la meilleure équipe du tournoi. Mais Wilson ne faisait pas que lancer des fleurs à un adversaire qu'il aimerait bien endormir: il disait vrai. L'entreprise de démolition qu'a été le quart de finale contre la Russie nous a confirmé que les 23 joueurs canadiens formaient désormais une vraie équipe: organisée, physique, impitoyable en contre-attaque et capable de remplir le filet adverse.

Qu'ils se montrent sous ce jour en finale et la médaille d'or est à leur portée. Le Canada n'attend pas moins.