Fin novembre, sur la route entre la Suisse et l'Italie, Alex Harvey paraissait secoué. La Coupe du monde de Kuusamo, qui s'était conclue la veille en Finlande, avait été un cauchemar pour l'équipe canadienne de ski de fond. Au-delà des résultats, franchement mauvais, l'atmosphère dans le groupe était tendue à l'extrême.

Simon Drouin LA PRESSE

À l'aube de cette saison olympique, Harvey a craint l'implosion et le départ de son indispensable technicien suédois.

Mardi soir dernier, à Davos, le ton était beaucoup plus serein. Harvey s'est fait rassurant: la tempête est passée et les choses se sont réglées, pour le mieux.

«Quand tu regardes ça avec du recul, c'est quasiment bon ce qui est arrivé. Ç'a permis à tout le monde de vraiment faire sortir le méchant», a confié au téléphone le fondeur de Saint-Ferréol-les-Neiges.

L'incident en question est survenu dans un contexte particulier, la veille de la première épreuve à Kuusamo.

En matinée, les farteurs ont la délicate responsabilité de tester les nombreuses paires de skis de chacun des coureurs. «Par exemple, moi, j'ai 20 paires de classique, a expliqué Harvey. Ils testent quasiment tous les skis avec les différents farts de glisse et les cires d'adhérence. La température change, ils doivent faire les skis des filles avant ceux des gars. Ils sont tout le temps sur le stress.»

Déjà surchargés, les techniciens de l'équipe devaient aussi composer avec l'absence des deux principaux entraîneurs. Deux jours plus tôt, Inge Braten, l'entraîneur-chef norvégien nouvellement embauché, s'est en effet brisé une hanche en glissant sur une plaque de glace. Le chef d'équipe Dave Wood est, pour sa part, arrivé une journée plus tard que prévu pour cause de vol retardé.

Sans qu'Harvey ne sache pourquoi, le ton a monté dans le groupe des techniciens et chacun s'est dit ses quatre vérités. «Une grosse chicane», a résumé l'athlète de 21 ans.

Harvey a craint que son farteur Micke Book, un crack de sa spécialité, ne claque la porte. Ce Suédois est un véritable maître de la cire d'adhérence, qu'il produit lui-même avec un ami. Il joue donc un rôle indispensable pour les épreuves de classique.

Book a été embauché en 2007 au lendemain de résultats catastrophiques pour l'équipe canadienne aux Mondiaux de Sapporo. Les fondeurs avaient été pénalisés par des skis particulièrement lents, le fartage ayant été compliqué par le climat humide qui prévalait au Japon. Les conditions pourraient être semblables sur le site olympique de Whistler, a rappelé Harvey.

Déjà limité dans ses moyens, le personnel de l'équipe canadienne doit oeuvrer dans une parfaite harmonie pour espérer rivaliser, a ajouté le Québécois. Des puissances comme la Norvège ou la Suède débarquent aux compétitions avec leur propre salle de fartage mobile.

«On n'a pas à se plaindre, mais on est déjà à la limite d'être désavantagé, a précisé Harvey. Alors c'est crucial que tout le monde s'entende et coopère vraiment bien.»

À son grand soulagement, la tension avait complètement disparu à l'arrivée de l'équipe à Davos pour la quatrième Coupe du monde, le week-end dernier. Ça s'est répercuté dans les classements. Au 15 kilomètres style libre, trois Canadiens se sont insérés parmi les 30 premiers. L'Ontarien Devon Kershaw a fini 9e après avoir longtemps flirté avec la cinquième place.

Harvey a enregistré le 34e temps, à cinq secondes du 30e. «Je suis content, a dit l'auteur de deux podiums-surprises l'hiver dernier. C'est la forme que j'ai en ce moment. Il y a un an, j'étais moins en forme que ça et je gagnais des courses au Canada. C'est ça le niveau en Coupe du monde.»

Harvey est confiant d'améliorer son sort lors du 30 km classique (départ de masse) à la Coupe du monde de Rogla, en Slovénie, dimanche. Il répète une fois encore ce qu'il dit depuis des mois: il a l'habitude d'atteindre son pic de forme en fin de saison, une période de grâce qu'il cherchera à avoirle 12 février, date du début des Jeux de Vancouver.