Affecté par des changements récents dans sa vie personnelle, Devon Kershaw se sent comme dans un « sanctuaire » lorsqu'il enfile un dossard de course. Rien ne le dérange, la concentration est à son comble. Jumelé à une condition physique exceptionnelle, cet état d'esprit lui sourit.

Publié le 4 févr. 2012
Simon Drouin LA PRESSE

Le fondeur ontarien a remporté le 15 kilomètres style libre de Rybinsk, en Russie, samedi, signant ainsi un troisième podium consécutif en Coupe du monde. « C'est fou comme je me sentais bien ces trois dernières courses. C'est la forme de ma vie », a confié Kershaw, encore étonné par sa victoire une heure plus tard en entrevue téléphonique.

Troisième au 15 km classique d'Otepaa, le 22 janvier, et au sprint libre de Moscou, jeudi, Kershaw est monté cette fois sur la plus haute marche du podium pour devenir le deuxième Canadien à s'imposer en Coupe du monde depuis Pierre Harvey, qui a réussi l'exploit à trois reprises en 1987 et 1988.

« Le corps était là à 100 %, mes tactiques étaient parfaites », a raconté Kershaw, qui a franchi la distance en 36:46,5 pour devancer de 0,9 seconde le Russe Ilia Chernousov et de 1,6 s l'Allemand Tobias Angerer. « J'ai 29 ans et j'ai pris beaucoup de départs en Coupe du monde (ndlr: 101). C'est ma première victoire en style libre dans une épreuve de distance. J'ai maintenant gagné dans toutes les styles et toutes les épreuves, en plus de cette médaille d'or aux au relais aux Mondiaux d'Oslo. C'est vraiment super pour moi. »

Quatrième au classement général, Kershaw a tiré avantage de l'absence des trois premiers à Rybinsk, le Suisse Dario Cologna, le Norvégien Petter Northug et le Suédois Marcus Hellner.

Le fondeur de Sudbury n'a pas voulu donner plus de détails sur sa situation personnelle, soulignant simplement que le dernier mois et demi a été éprouvant. « C'est pour ça que j'ai été capable d'être si présent mentalement en course. »

L'issue de l'épreuve de Rybinsk s'est jouée dans la dernière montée. À 700 mètres de l'arrivée, Kershaw a basculé en tête avec les Russes Chernousov et Alexander Legkov, Angerer et son compatriote Alex Harvey.

« Mes jambes étaient si légères, a indiqué Kershaw, quatrième au Tour de ski. J'étais troisième en haut et j'ai vu que j'étais avec les Russes et l'Allemand. Je savais que je sprintais plus fort qu'eux. À ce moment-là, je savais que si je ne tombais pas, je gagnais. »

Effectivement, Kershaw n'a eu aucun mal à se jouer de ses rivaux dans la dernière ligne droite, s'offrant même le luxe de lever un ski en franchissant la ligne. Le long glaçon qui lui pendait au bout du nez donnait une bonne idée de la température glaciale qui sévissait à Rybinsk, en bordure de la Volga.

Pour sa part, Harvey n'a pas été en mesure de s'accrocher au quatuor de tête dans la descente menant vers le stade. Le fondeur de Saint-Ferréol-les-Neiges a fini cinquième.

« Je n'étais pas capable de rester dans l'aspiration des gars, a expliqué Harvey. Mes skis étaient vraiment moyens, je le voyais à chaque descente. J'ai perdu une quinzaine de mètres sur les autres gars. C'est un peu frustrant parce que tu ne peux rien y faire. »

Harvey s'encourageait néanmoins d'avoir grimpé avec les leaders en pas de patin, une faiblesse l'hiver dernier, et d'avoir pu résister au retour des poursuivants pour s'offrir son 12e top-10 de la saison. « Je suis très content de cette cinquième place, c'est vraiment bon.»

En plus de sa victoire samedi, Kershaw a gagné une étape de sprint au Tour de ski de 2011. Ivan Babikob, 17e à Rybinsk en dépit d'une chute, a remporté pour sa part la dernière étape du Tour de ski de 2009. Ces épreuves ne sont pas considérées comme des Coupes du monde à part entière par la Fédération internationale de ski. « On s'entend que c'est la même affaire, a fait valoir Harvey. Pour les coureurs, c'est aussi difficile à gagner. »

Kershaw et Harvey chercheront à poursuivre sur leur lancée dimanche alors qu'un duathlon de 30 km (15 km classique + 15 km libre) sera présenté à Rybinsk.