La photo de famille était moins joyeuse que celle de la veille après le podium. Entouré de sa mère et de ses soeurs, Alex Harvey a souri pour la forme. Il ne gardera pas un très bon souvenir de ce Tour de ski, son plus important rendez-vous de la saison.

LA PRESSE

Au lendemain d'une deuxième place spectaculaire au 20 kilomètres classique, Harvey s'est effondré lors de la dernière étape, déboulant de la sixième à la 12e place lors de la poursuite de neuf kilomètres, dimanche après-midi, en Italie.

L'arrivée était jugée au bout d'une montée de près de quatre kilomètres, sur une pente de ski alpin, à l'Alpe Cermis. Certaines sections sont si pentues que les fondeurs ressemblaient davantage à des alpinistes. La bouche grande ouverte, l'écume à la bouche, ils marchaient, littéralement.

Harvey a été particulièrement éprouvé. Toujours bien placé à 1500 mètres du but, apparemment en contrôle derrière le Tchèque Bauer, il a subitement ressenti des contractures aux muscles fléchisseurs des jambes, qui l'ont collé à la pente. À la seule force des bras, il s'est traîné jusqu'en haut. Trois adversaires l'ont dépassé dans les 100 derniers mètres.

Le chronomètre a été impitoyable: 40e de l'étape, à deux minutes et quart du gagnant de l'étape, le Russe Alexander Legkov.

Comme un vieillard

Le Suisse Dario Cologna a géré son avance confortable pour remporter un troisième Tour. Auteur d'un retour irrésistible, le Suédois Marcus Hellner a causé la surprise en ravissant la deuxième place au Norvégien Petter Northug. Quatrième, le Canadien Devon Kershaw a raté le podium par moins de 25 secondes.

Après avoir traversé la ligne, Harvey s'est laissé tomber à plat ventre. Quand il s'est relevé, il se déplaçait comme un vieillard courbaturé, s'y prenant à deux fois avant de soulever son sac à dos. «Je n'étais plus capable de tenir sur mes jambes. Même là, j'ai de la misère à marcher», a-t-il souligné quelques minutes plus tard en s'arrêtant dans la zone des entrevues.

Ses réponses étaient plus évasives que d'habitude. Il ne complétait pas ses phrases. La déception se lisait sur son visage.

«Je me sentais bien, vraiment bien, je savais qu'il ne fallait pas que j'essaie de rester avec Bauer parce que j'allais vraiment sauter, a-t-il relaté. Je l'ai donc tranquillement laissé aller. Puis, mes psoas se sont contractés, le même problème que j'avais quand j'étais junior.»

Pendant un effort intense, le sang finit par ne plus irriguer les jambes, qui ne répondent plus. Harvey croyait avoir corrigé la situation avec une opération au printemps 2008. S'il en ressent encore les effets en poussant la machine en course à pied, jamais cela ne l'avait ralenti en ski depuis la chirurgie. Inquiet de cette résurgence? «Il va falloir regarder ça, mais dans une course normale, ça ne le fait pas. Ce genre d'étape, où tu montes la jambe tellement haut, on fait ça une fois par année.»

Inconstance

Harvey s'était quand même entraîné tout l'été en prévision de cet exercice singulier. Dixième en 2011, il espérait mieux cette année. L'athlète de 23 ans parvenait donc difficilement à dresser un bilan positif de son Tour, marqué par le sceau de l'inconstance. «Je n'ai juste pas été capable de mettre toutes les pièces du casse-tête ensemble», a-t-il résumé.

Il a enregistré quelques solides résultats (6e du prologue et du sprint, 7e du duathlon) et réussi un coup d'éclat, sa deuxième place au 20 km classique de samedi. Ses skis lui ont joué des tours en Allemagne, ce qui semble l'avoir hypothéqué physiquement pour la suite.

«Je suis déçu, a admis Harvey. Je suis passé à côté de deux de mes trois objectifs: je voulais être constant, je ne l'ai pas été, je voulais m'améliorer, je n'ai pas réussi. Le seul objectif que j'ai atteint, c'est d'avoir fait un podium. Si c'était un examen, j'aurais eu 33,3%!»

En vacances aux îles Canaries pour les cinq prochains jours, Harvey reviendra en Italie pour reprendre l'entraînement en prévision de la Coupe du monde d'Otepaa, en Estonie, les 21 et 22 janvier.