Trahi par son corps et ralenti par son équipement depuis le début du Tour de ski, Alex Harvey a enfin décroché le résultat tant souhaité. Le fondeur de Saint-Ferréol-les-Neiges a pris le deuxième rang du 20 kilomètres classique, huitième et avant-dernière étape, samedi après-midi, à Val di Fiemme.

Simon Drouin LA PRESSE

«Je suis content», a commenté Harvey à lapresse.ca quelques minutes après la fin de la course. «Je savais que j'étais en forme tout au long du Tour, c'est juste que j'ai eu des malchances. Il n'y a pas une journée où tous les éléments étaient réunis. Aujourd'hui, c'était la première fois où tout était bon. Dans ces conditions-là, je sais que je peux être parmi les meilleurs au monde.»

Bien positionné pendant toute l'heure de course, Harvey a débouché deuxième dans la dernière ligne droite, rang qu'il a maintenu pour obtenir le quatrième podium de sa carrière en Coupe du monde. Il a fini à 1,1 seconde du Norvégien Eldar Roenning, qui avait créé un écart insurmontable dans le dernier mur avant l'arrivée.

Dans un sprint final en double poussé qui n'était pas sans rappeler sa victoire aux Mondiaux d'Oslo, Harvey a su résister au retour des deux plus costauds du Tour, le Suisse Dario Cologna et le Norvégien Petter Northug, respectivement troisième et quatrième.

Neuvième avant le départ, le Québécois s'est hissé jusqu'à la sixième position du classement général, profitant de l'effondrement de quelques adversaires. Le Russe Alexander Legkov, 27e, a entre autres dégringolé du troisième au huitième rang, ce qui donne une idée de l'âpreté du parcours, considéré comme l'un des plus durs de l'histoire du ski de fond.

Quelques secondes après avoir franchi la ligne, Harvey s'est d'ailleurs réfugié dans un coin, aux prises avec des vomissements.

Avec cinq sprints de bonification de temps à  l'enjeu, le fondeur de 23 ans a habilement dosé ses efforts, se positionnant parmi les premiers à quelques centaines de mètres du but, pour ensuite graduellement se laisser glisser.

«C'est vraiment un parcours d'homme fort, a expliqué Harvey. Il y en a qui allaient pour les secondes de bonus. J'y suis allé le plus souvent possible, mais ça tire des jus. Roenning n'y est pas allé une fois, ça fait qu'il était plus fort à la fin.»

Il n'avait qu'un regret, celui d'avoir pris la trajectoire de Cologna dans le dernier mur, et non celle de Roenning. «Je me sentais vraiment bien à la fin et je pense que j'étais plus fort que Dario. Il a commencé à partir en pas de canard, c'est là que j'ai fait une petite erreur. Mais c'est tellement difficile à la fin d'une course. Ta vision devient embrouillée.»

L'épreuve, disputée sous un soleil radieux, a aussi été le théâtre d'un bel échange entre Harvey et son coéquipier Devon Kershaw, sixième de l'étape et toujours quatrième au général. Le Québécois lui a facilité la tâche dans les sprints intermédiaires en se positionnant devant des adversaires menaçants au classement général.

Avant le début de la dernière boucle, les deux coéquipiers se sont parlé de longues secondes. «Alex n'a pas pensé à lui et j'ai été touché parce ce qu'il a fait, a expliqué Kershaw. Lui aussi avait besoin des secondes de bonification! Je lui ai dit: dude, vas-y pour la victoire, tu ne me verras pas la contester.»

Il s'agit du quatrième podium d'Harvey en Coupe du monde, son premier sur une course de distance depuis sa troisième place au 50 km de Trondheim, en mars 2009.

Le Tour de ski se termine dimanche avec une étape de neuf kilomètres en style libre, qui se conclut par une montée de 3,6 kilomètres sur une piste de ski alpin, à l'Alpe Cermis. Sur la première section plane, Harvey prévoit suivre le Tchèque Lukas Bauer, un spécialiste de la montée qui le précède d'une seconde au général. «Il n'est pas question que je l'aide pour revenir sur Devon.» Après? Ce sera sauve-qui-peut jusqu'en haut.

«Avec les hauts et les bas que j'ai connus au Tour, je serais très content de finir dans les 10 premiers», a jugé Harvey.