C'était pourtant bien parti. Alex Harvey est passé comme une flèche devant l'entraîneur Justin Wadsworth, posté un peu avant la mi-parcours. Ce dernier était persuadé que le fondeur de 23 ans filait vers la gloire. Jusqu'à ce que les informations provenant du walkie-talkie ne le préviennent du contraire...

Simon Drouin LA PRESSE

Harvey a connu une véritable déconvenue lors de la cinquième étape du Tour de ski, mardi après-midi, à Dobbiaco en Italie. Persuadé de pouvoir terminer parmi les cinq premiers de ce 5 kilomètres classique, il a plutôt échoué au 29e rang, son pire résultat depuis le début de cette course à étapes amorcée la semaine dernière en Allemagne.

Sur une distance relativement courte, le fondeur de Saint-Ferréol-les-Neiges a concédé 37,5 secondes au gagnant, le Russe Alexander Legkov. Au classement cumulatif, il a reculé de quatre rangs, pointant désormais 15e à plus de deux minutes et demie du nouveau meneur, le Suisse Dario Cologna, troisième de l'étape.

La journée avait pourtant bien commencé. Un épais tapis de neige avait recouvert le charmant village du Südtirol durant la nuit. Harvey s'est réveillé les jambes légères, heureux de constater que les quatre jours de course précédents ne les avaient pas trop entamées.

D'un coup, plus rien

Alors, que s'est-il passé?

La faute aux skis, n'a-t-on pu s'empêcher de penser, d'autant plus que le Canadien Devon Kershaw n'a pas très bien fait lui non plus (18e). La nouvelle neige et la température avoisinant le point de congélation avaient aussi compliqué la tâche des farteurs, qui couraient comme des fous quelques minutes avant le départ.

«On a essayé plein de fartage, ça allait super bien, puis d'un coup, plus rien, ça a gelé, a expliqué le technicien-chef Yves Bilodeau peu avant l'arrivée d'Harvey. C'est bizarre.»

Bilodeau se morfondait un peu en voyant les secondes s'égrener. «T'en avais pas assez?» a-t-il tout de suite demandé à son fondeur.

Il a vite été rassuré. Les skis «sans cire» - que la majorité des compétiteurs avaient d'ailleurs adoptés - avaient tenu la route.

La faute était ailleurs. «C'est l'échauffement, c'était juste du plat, ça fait que je me suis échauffé seulement en double poussée, a expliqué Harvey avec dépit. J'avais les jambes pétées dès le départ.»

En fait, Harvey s'est très bien senti jusqu'à ce qu'il passe devant son entraîneur Wadsworth au chrono intermédiaire de 1,8 km. Il était deuxième à ce moment-là, sixième quand tous les autres furent passés, faisant pratiquement jeu égal avec les meilleurs. Ça rend la culbute qui a suivi d'autant plus impressionnante.

«Je savais que j'étais déjà dans le rouge», a-t-il relaté. Ça n'a pas pardonné sur cette épreuve inhabituelle, à mi-chemin entre le sprint et la distance, «comme un 800 mètres en athlétisme», dixit Wadsworth.

Sur la courte boucle d'échauffement dénuée de relief, Harvey n'avait pas été en mesure d'activer ses jambes et de faire monter les pulsations comme il en a l'habitude. «Il y en a qui peuvent bien faire sans ça, mais moi, ça me prend un échauffement vraiment agressif 15 minutes avant le départ. Même l'été, à l'entraînement, je ne me sens pas bien après le premier intervalle.»

Le parcours, où les côtes se trouvent, était fermé aux compétiteurs pour l'échauffement. Mais Harvey a entendu que Cologna et Petter Northug, les deux leaders, ne s'étaient pas privés...

Une déception de plus

Rencontré à son hôtel deux heures après la fin de la course, Harvey avait eu le temps de digérer sa frustration. Il est descendu de sa chambre en bermudas, sandales aux pieds.

«C'est juste une déception de plus», constatait-il, faisant référence à ces deux autres étapes en Allemagne où les choses se sont mal passées. Décidément, le Tour de ski, sur lequel il fonde de grands espoirs, prend une mauvaise tangente.

Rien de dramatique, assure-t-il. Harvey mise sur le sprint style libre de mercredi pour se refaire un peu. Si tout va bien, il pourrait ensuite remettre les compteurs à zéro lors de la cruciale étape de vendredi, une course en ligne de 35 kilomètres reliant Cortina d'Ampezzo à Dobbiaco.

Le départ sera donné selon la formule handicap en fonction des écarts au classement général. Désormais entouré de l'Allemand Tobias Angerer (14e) et du Finlandais Matti Heikkinen (16e), le Québécois compte sur leur aide pour rattraper le chemin perdu.

«C'est plate, je sentais que j'aurais pu gagner un peu de temps aujourd'hui, et finalement j'en perds. Mais je ne peux pas me laisser abattre par ça», a conclu Harvey avant de prendre congé pour un massage et un bain de récupération dans l'eau glacée. Moins revigorant qu'une grappa, mais beaucoup plus efficace.