Alex Harvey avait fini les Jeux de Vancouver en pleurs. À la conclusion d'une quinzaine olympique hors de l'ordinaire, il avait manqué son coup au 50 kilomètres. Tout un contraste avec les Mondiaux d'Oslo, sur lesquels il a laissé une empreinte indélébile, tant sur le plan des résultats que de son comportement en course.

Simon Drouin LA PRESSE

Sans oublier ce fameux index à la bouche qui a fait jaser au pays du ski de fond... Une note pour l'ensemble de la compétition? «10 sur 10», a répondu Harvey, avant de se raviser: «Non, 11 sur 10.»

Le fondeur de Saint-Ferréol-les-Neiges venait de prendre le cinquième rang du 50 kilomètres style libre, hier, une épreuve marathon qui est généralement l'apanage d'athlètes qui ont passé la mi-vingtaine.

Bien sûr, cette médaille d'or au relais sprint, avec son ami Devon Kershaw, mercredi, restera son plus beau souvenir. La paire a obtenu le premier podium masculin en grand championnat pour le Canada. De réaliser l'exploit devant les Norvégiens, chez eux, en style classique de surcroît, n'a fait qu'ajouter au bonheur de Harvey. «C'était vraiment exceptionnel, a dit l'étudiant en droit à l'Université Laval. On voulait une médaille... mais la médaille d'or, c'était illusoire un peu. On savait que c'était possible, mais c'était un méchant rêve.»

Autre source de grande satisfaction, Harvey a atteint son pic de forme au bon moment. Pile-poil. «La forme était parfaite chaque jour», a dit Harvey. Fruit du travail d'un duo athlète-entraîneur bien organisé, et qui bénéficie dorénavant d'une plus grande marge de manoeuvre par rapport à la structure nationale.

Résumons: champion du monde du relais sprint, cinquième du 50 km, 12e de la poursuite 30 km après un long numéro en tête, et septième du sprint individuel, à la suite d'un accrochage accidentel en demi-finale. «Je sais, je suis son entraîneur, mais c'est exceptionnel», a dit Louis Bouchard, qui ne s'étonnerait pas de voir son poulain monter sur le podium aux épreuves de Coupe du monde de Lahti, le week-end prochain, et de Falun, la semaine suivante.

«Les gens se sont aperçus que le jeune, quand il est en forme, il est là avec les meilleurs, a dit l'entraîneur. Il a laissé sa marque.»

Tempête

Tout ça au milieu d'une tempête qui a agité la petite équipe canadienne pendant trois jours. Harvey dit avoir réglé la question avec Ivan Babikov avant le souper, samedi soir. Le Québécois était devant son ordinateur à discuter avec sa mère quand il a vu que son coéquipier était en ligne. On se parle?

Harvey lui a réitéré son point de vue, rappelant que la possibilité qu'il ne participe pas au relais faisait partie des plans depuis longtemps. Certes, le relais est la course la plus importante en ski de fond, «LA course qu'on veut gagner». Or, Harvey estimait que le Canada n'avait aucune chance de monter sur le podium. Dans les circonstances, pourquoi risquer de rogner de l'énergie en prévision du 50 km?

«La prochaine fois, il faudra s'en parler encore plus à l'avance, pour que ce soit clair pour tout le monde, même si je pensais que ce l'était», a dit Harvey.

Babikov a admis qu'il avait réagi un peu prestement en publiant un commentaire virulent sur Twitter.

«J'étais un peu sur les dents, mais c'est réglé maintenant, a assuré l'athlète de 30 ans. Il a gardé son point de vue, j'ai gardé le mien, mais on est toujours des amis. Ce n'est pas une grosse affaire. En fait, ce l'était pour moi, mais c'est derrière nous. On doit se concentrer sur les prochaines courses.»

Justin Wadsworth, entraîneur-chef de l'équipe canadienne, a reconnu que la question avait fait l'objet de discussions à au moins deux reprises dans le dernier mois. «Mais les émotions sont les émotions, c'est le facteur humain», a-t-il dit.

Wadsworth se promet qu'un tel scénario ne se reproduira pas aux prochains Mondiaux de Val di Fiemme, en 2013, ou aux Jeux olympiques de Sochi, en 2014. «On parlera davantage des relais à l'avenir, mais la décision reviendra toujours à l'athlète», a-t-il conclu.

Dix-septième du 50 km, Babikov a été pris de crampes à cinq kilomètres de l'arrivée. La faute à un cola trop froid, pense-t-il. «Ils m'ont probablement donné celui d'Alex.» Attention, ce n'était pas dit sur le ton du complot, loin de là. Ironique, quand même.