Le roi était trop fort. Mais le prétendant n'est pas si loin du trône.

Simon Drouin LA PRESSE

Sur le parcours le plus dur de l'histoire, devant plus de 100 000 spectateurs, au lendemain d'une controverse qui a secoué son équipe, Alex Harvey a réussi la course de sa vie. À 22 ans, il n'avait simplement pas le moteur pour battre les meilleurs, dimanche, lors du 50 kilomètres libre, dernière épreuve des Championnats du monde de ski nordique d'Oslo.

Cinq minutes après la fin de la compétition, Harvey n'avait pas besoin de parler. Cinquième, à quelques longueurs de ski d'une médaille. Son énorme sourire disait tout. «Hé! cinquième, je suis vraiment content!» a-t-il lancé en posant ses skis devant le représentant de La Presse.

Pour ajouter à son bonheur, Harvey allait être convié à la cérémonie des médailles, honneur réservé aux six premiers.

Avec lui, Petter Northug, le roi des championnats, qui venait de se débarrasser d'une pression immense en remportant l'or grâce son numéro habituel, quelques féroces coups de rein dans les 500 derniers mètres. Cette fois, le grand fondeur norvégien n'a pas crâné, s'écroulant dans la neige après avoir franchi la ligne d'arrivée. Il est resté couché sur le dos pendant une longue minute.

«Finalement, je peux relaxer», se disait la vedette de 25 ans après la conquête de sa cinquième médaille à Oslo, la troisième en or.

Auteur d'une attaque dévastatrice dans la dernière grande montée, le Russe Maxim Vylegzhanin n'avait plus les ressources pour menacer Northug, à qui il a concédé 1,7 seconde à l'arrivée pour soutirer sa deuxième médaille d'argent.

Légèrement décroché sur l'attaque du Russe, Harvey a essayé de revenir sur le troisième, le Norvégien Tord Asle Gjerdalen, qui semblait faiblir 20 mètres devant. Mais le fondeur de Saint-Ferréol-les-Neiges avait déjà trop donné.

«Dans la dernière grosse montée, je n'avais plus rien. J'avais les jambes comme deux blocs de béton», a dit Harvey. À la ligne, il n'a pas eu la force d'étirer la jambe pour essayer de devancer le petit Norvégien Sjur Roethe, qui lui a soutiré la quatrième place.

«Il y avait quatre gars plus forts que moi», a simplement constaté Harvey, qui a bouclé les 50 km en 2 :08 :17,2, à 8,2 secondes de Northug.

«Techniquement et tactiquement, je suis capable de bien gérer ça, mais du point de vue physique, je ne suis ne pas encore au niveau des gars contre qui je me bats», a souligné le champion mondial du relais sprint.

Chute et bris

Avec près de 2000 mètres d'ascension totale, le parcours dessiné sur la montagne d'Holmenkollen était le plus exigeant de l'histoire des compétitions de ski de fond. Très à l'aise sur les longues distances, Harvey n'est cependant pas à son mieux dans les montées abruptes, quand le pas de patin est délaissé au profit du pas déphasé. «C'est dur en maudit sur les jambes...»

Pendant les deux premiers tiers de la course, le rythme n'a pas été très soutenu. Heureusement pour Harvey, qui a chuté et brisé un bâton au premier ravitaillement. Rien de paniquant, mais il a quand même dû naviguer pour se repositionner dans l'imposant peloton de plus de 80 fondeurs, où la nervosité était palpable.

«Il y avait des coureurs avec des dossards 40 ou 50 qui skiaient avec nous, a fait remarquer Harvey. Ils étaient à bloc, leurs jambes tremblaient, c'était un peu dangereux.»

Harvey a pu échanger le bâton de rechange en rentrant dans le stade... mais le nouveau était un peu trop court à son goût. Finalement, les techniciens se sont démenés pour lui en scier une paire flambant neuve, qu'il a récupérée à mi-course.

«J'ai dépensé un peu plus d'énergie que je l'aurais espéré, donc ça m'a peut-être coûté un peu pour la fin», a dit Harvey, qui croit néanmoins que ces incidents n'ont pas pesé sur le résultat final.

Les choses se sont corsées au cinquième et avant-dernier tour quand le Suédois Marcus Hellner, champion mondial du sprint, s'est envolé dans une montée. Un groupe de sept coureurs s'est formé, sans Harvey, qui a dû ramer dans la descente pour combler l'écart. «Je me suis fait pogner, a admis le Québécois. J'étais mal positionné. J'ai vraiment travaillé fort pour revenir. Encore une fois, j'ai dépensé de l'énergie, mais il fallait que je le fasse.»

Ivan Babikov, seul autre Canadien en lice, s'est essayé dans une montée au 24e km, mais il n'avait pas le mordant pour secouer des forces encore fraîches. Il était encore parmi les premiers avec trois kilomètres à faire, mais n'a pas été en mesure de résister à une accélération du Finlandais Lalluka. Babikov a rallié l'arrivée au 17e rang, à 50 secondes du gagnant.

Tant Harvey que Babikov ont dit qu'ils ont fait la paix après le conflit les ayant opposés au sujet du relais 4 X 10 kilomètres (voir autre texte).

Avant de prendre congé des journalistes, Harvey s'est fait rappeler la victoire historique de son père Pierre au même endroit, 23 ans plus tôt. «J'ai 22 ans, il en avait 30 ou 31 quand il a gagné», a conclu le jeune homme, en promettant de revenir.