Imaginez un mont Royal trois fois plus gros. Serpenté par des dizaines et des dizaines de kilomètres de pistes de ski de fond. Une ligne de métro de surface qui tourbillonne autour. Vous sortez de votre appartement au centre-ville, agrippez bâtons et skis et, bottes aux pieds, sautez dans le premier wagon. Vingt minutes plus tard, vous enclenchez les fixations et partez pour une sortie qui durera le nombre d'heures que vous voulez.

Simon Drouin LA PRESSE

Ça ressemble un peu à ça, Oslo et Holmenkollen, montagne qui surplombe la capitale norvégienne. C'est là qu'Alex Harvey est devenu champion du monde, mercredi, dans un stade contenant 30 000 spectateurs bien en voix.

Maintenant, imaginez des dizaines et des dizaines de milliers d'autres partisans qui affluent, véritable marée humaine, pour assister aux dernières compétitions des Championnats du monde de ski de fond, qui n'avaient pas été présentés dans le berceau du sport depuis 1982.

Plus de 70 000 spectateurs, un chiffre prudent, ont assisté au relais 4 X 10 kilomètres masculin, épreuve mythique remportée sans surprise par les Norvégiens, hier. À l'oeil, il ne s'agit pas là d'une exagération de la part d'organisateurs en mal de publicité.

Déjà, jeudi, il y avait du monde partout pour assister au 4 X 5 kilomètres féminin, largement dominé par les Norvégiennes et leur reine, Marit Bjoergen, en route vers sa quatrième médaille d'or des Mondiaux. Dans les bois, même dans les endroits les plus escarpés, toutes les générations sont représentées, des plus vieux aux plus jeunes. Ici, ce n'est pas un mètre et demi de neige qui arrête mémé et sa canne ou les poussettes.

L'uniforme de circonstance est un duvet bien chaud, des bottes de marche, un sac à dos rempli à ras bord sur lequel est planté le petit drapeau rouge à croix bleue de circonstance. Pour un peu plus de confort, certains traînent une peau d'animal qui préviendra les fesses humides.

Il y a des accoutrements plus surprenants, comme celui de Berit Haetta, dans un habit traditionnel et bottillons en fourrure. Dans sa main, une laisse. Au bout, un beau renne cornu. Ce n'est pas brun, un renne? «Le mien est blanc», a répondu la dame en me remettant sa carte professionnelle. Elle offre des randonnées en traîneau tiré par des rennes.

Après la compétition, on poursuit la marche en évitant de se faire frapper par les nombreux fondeurs qui rentrent à la maison. Un homme dans la soixantaine remarque notre accréditation de journaliste canadien. Il nous félicite pour «notre» médaille d'or de la veille. Il se dit surpris par la victoire d'Harvey et Devon Kershaw. Il pensait que le Canada était uniquement un pays de ski alpin. «Je croyais que vos fondeurs fonctionnaient de façon plutôt amateur.» Ce n'est plus si vrai.

Professeur d'éducation physique, il note un certain désintéressement des adolescents norvégiens pour la pratique du ski de fond. La faute à des hivers moins enneigés, croit-il. «Mais ne le dites pas aux Canadiens, dites qu'il y a beaucoup de neige.»

Au bout du parcours, au fin fond des bois, des milliers de spectateurs ont installé leur campement. Certains sont là depuis presque deux semaines. C'est le cas de Tom Solhaug, rencontré au camp Steinaldererakenre avec sa blonde, ses quatre enfants et... une centaine d'amis et collègues. Il faut voir.

Des murs faits de blocs de neige, un feu de camp, une immense tente avec un bar, qui sert de cuisine et de lieu de rassemblement en soirée. À l'extérieur, deux télés à écran plat et des haut-parleurs alimentés par une génératrice.

La piste est à quelques dizaines de mètres. Alex Harvey et les meilleurs fondeurs de la planète y passeront à six reprises durant le 50 kilomètres de demain.

«Après le dernier passage, tout le monde accourt ici pour voir l'arrivée, dit M. Solhaug. On doit bien être 2000. C'est assez bruyant...» Ce l'est un peu moins quand un Canadien l'emporte.