En dépit de la réaction outrée de son coéquipier Ivan Babikov, Alex Harvey n'est pas gêné de sa décision de ne pas prendre part au relais 4 X 10 kilomètres, présenté aujourd'hui aux Championnats du monde de ski nordique d'Oslo.

Simon Drouin LA PRESSE

«Moi, je suis confortable avec ma décision, et je suis prêt à répondre à n'importe quelles questions. Je n'ai rien à cacher», a expliqué Harvey dans une entrevue avec Cyberpresse, quelques minutes avant son entraînement matinal.

Annoncé la veille, le choix de Harvey de se retirer du relais a été reçu avec colère par son coéquipier Babikov. «Il y en a un d'entre nous qui commet la plus grande erreur de sa vie... et j'ai perdu tout respect pour cette personne...», a-t-il publié sur sa messagerie Twitter. Le message a été retiré quelques heures plus tard.

Harvey s'est dit surpris du dur commentaire de son coéquipier. «Je trouve ça plate, mais il a le droit de ne pas être content de ma décision», a précisé l'athlète de Saint-Ferréol-les-Neiges.

Harvey a expliqué que la possibilité qu'il ne prenne pas part au relais à Oslo, une épreuve prestigieuse qui doit être suivie par plus de 70 000 spectateurs, était connue de tous depuis longtemps. «Quand on a vu l'horaire en septembre, on le savait, en tout cas moi je le savais, a-t-il dit. On le disait partout dans les médias et les réunions d'équipe.»

À l'arrivée de l'équipe à Oslo, il y a près de deux semaines, le sujet a été soulevé de nouveau par l'entraîneur-chef Justin Wadsworth dans le cadre d'une revue exhaustive du programme, a dit Harvey. «S'il y en a qui ne veulent pas le croire (que cette possibilité existait), je n'ai pas de contrôle là-dessus.»

Avant le début des Mondiaux, il semblait acquis que Harvey ne ferait pas le relais 4 X 10 km, selon les informations fournies par son entraîneur Louis Bouchard dans des entrevues avec La Presse. Une porte s'est toutefois ouverte quand le Québécois a décidé de se retirer du 15 kilomètres classique de mardi dernier.

Or, après son triomphe avec Devon Kershaw au relais sprint, mercredi, il était clair dans l'esprit de Harvey que le 4 X 10 km serait écarté. «Ça a été une journée émotive, a rappelé le fondeur de 22 ans. Je n'ai pas eu le temps de faire de cool down. Je n'ai pas eu de massage. Je n'ai rien fait pour reprendre des forces après la course. Avec la conférence de presse, le test antidopage a été plus long que prévu. Je n'ai pas pu faire ce que je fais normalement. Dans le fond, ça a fermé la porte à la possibilité que je fasse le relais.»

Harvey ne veut pas revivre le cauchemar des Jeux olympiques de Vancouver, où il avait été déclassé au 50 km classique lors de la dernière journée de compétition. Il s'agissait de la course qu'il avait le mieux préparée et dont il espérait le meilleur résultat. Après avoir pris le 32e rang, il en avait pleuré un coup, se demandant si le fait d'avoir participé au relais, quatre jours plus tôt, ne l'avait pas handicapé.

«On apprend de nos erreurs et je ne veux pas refaire la même», a dit Harvey, qui avait disputé cinq des six épreuves olympiques. «Petter Northug a fait toutes les courses et il a gagné la dernière. Mais je ne suis pas Northug. Si je veux gagner, il faut que je prenne les meilleures décisions pour l'équipe. Le but de l'équipe est de remporter des médailles ici. En faisant moins de courses, j'estime que j'ai plus de chances de gagner des médailles et d'atteindre les buts de l'équipe.»

Harvey a cherché à s'expliquer avec Babikov lors d'une réunion de l'équipe masculine jeudi dernier. «J'ai essayé de lui parler, mais il ne voulait pas», a-t-il dit.

Déçu du geste de Babikov? «Un peu, mais c'est son droit», a répondu le champion du monde.

Harvey décrit l'équipe masculine comme un groupe «vraiment soudé». «On est tous de bons amis.» La bonne entente est-elle brisée entre Babikov et lui? «Je ne sais pas. C'est sa course aujourd'hui et je ne veux pas vraiment déranger ses choses. On verra après», a-t-il conclu.