La scène est racontée par un témoin. À la poursuite de 30 kilomètres, dimanche à Oslo, Mikael Book se mourait de nervosité. Le technicien suédois de l'équipe canadienne peinait à regarder la course. S'il fallait que les skis ne tiennent pas la route. Finalement, ses pires craintes ne se sont pas matérialisées. Alex Harvey, Devon Kershaw et leurs coéquipiers ont bénéficié de très bons skis.

Simon Drouin LA PRESSE

Des skis ultrarapides ne feront jamais gagner une course à un mulet, mais de mauvais skis peuvent faire reculer de grands skieurs loin au classement. Apparemment, les Suédois sont les grandes victimes de ces Mondiaux d'Oslo. Mardi dernier, au 15 kilomètres, Daniel Rickardsson, l'un des grands favoris, s'est classé 42e. Un non-sens pour le gagnant de la même épreuve à la Coupe du monde de Drammen, il y a 10 jours.

«Notre rôle, c'est de minimiser les risques», résume Sacha Bergeron, technicien pour l'équipe canadienne et le centre national d'entraînement Pierre-Harvey.

La sélection et la préparation des skis constituent un exercice perpétuel et délicat.

Le choix du ski est déterminant. Alex Harvey est arrivé en Norvège avec un arsenal d'une quarantaine de paires de skis. Chacune dûment numérotée et reliée à une sorte de cahier de bord que tiennent les techniciens. Tout est noté et évalué: la cambrure, la rigidité, la réaction de la spatule, etc.

Pour le même modèle, les fabricants sont incapables de reproduire exactement le même ski. «C'est une loterie», dit Yves Bilodeau, technicien-chef de l'équipe canadienne, avec qui il travaille depuis sa retraite comme coureur. («Ils se sont aperçus qu'ils avaient mis tellement d'argent sur moi qu'ils se sont dit: on va essayer d'en récupérer un peu...», blague-t-il.)

Quand, par magie, une paire est performante, les techniciens la conservent précieusement. Il peut arriver à Harvey de skier sur une paire vieille de 11 ans, soit la moitié de son âge. Book possède un impressionnant inventaire chez lui en Suède. Ainsi, il peut fournir au jeune skieur des skis utilisés par l'ancien champion mondial Thobias Fredriksson.

Book a été embauché en 2007 pour travailler spécialement sur le fart de retenue, la clé en classique. «On avait des lacunes sur le plan du fartage de grip dans des conditions dégueulasses. Son arrivée a donné une immense confiance aux athlètes, dit Bilodeau. Il regarde la météo 50 fois par jour. La nuit, il pense au fartage...»

Sorte de gourou de la chose, Book passe ses journées à l'atelier à essayer différentes formules de cires. Les techniciens Alain Masson, ancien olympien, et Graham MacLean partent ensuite tester les skis sur les pistes. Ils reviennent partager leurs observations, repartent sur d'autres skis, et ainsi de suite. Surnommés les «lapins», Masson et MacLean peuvent parcourir 40 kilomètres par jour.

Le défi est de trouver le juste équilibre entre l'accroche sous la semelle et la glisse. «On ne veut pas qu'ils nous ralentissent», dit Sacha Bergeron, qui se consacre principalement à la cire de glisse. Il y a aussi les poudres, la touche finale qui donnera la vitesse maximale à un ski. Un petit pot de 30 grammes peut coûter plus de 100$.

Après avoir déterminé la cire idéale, l'équipe de sept techniciens procède à l'écrémage final des paires de skis, selon un processus d'essais et erreurs. Généralement, un skieur comme Harvey devra choisir entre trois ou quatre paires le matin d'une course. Bergeron l'accompagne sur les pistes pour l'aider à faire sa sélection finale.

Tout est prêt... si les conditions météo ne changent pas soudainement. Un tel coup du sort provoque inévitablement un branle-bas de combat au cours duquel tous sont mis à contribution. Après, il ne reste qu'à se croiser les doigts. Et à penser à la course du lendemain.