Les jambes à Canmore. La tête en Russie. Le coeur au Québec. À défaut de pouvoir planter ses racines, Dasha Gaïazova vit sa passion à fond.

Simon Drouin LA PRESSE

Sans faire grand bruit, Gaïazova se rapproche des meilleures de sa discipline. À 27 ans, la Russe d'origine commence à concrétiser le potentiel qu'on lui voyait lorsqu'elle a immigré au Québec avec sa famille, au milieu de l'adolescence.

En décembre dernier, à Düsseldorf, elle est montée pour la première fois de sa carrière sur un podium de Coupe du monde, se classant troisième du sprint par équipes avec sa coéquipière Chandra Crawford. Une bouffée d'air frais pour une équipe féminine en reconstruction. Le mois passé, en Estonie, elle a fini huitième en sprint classique, un premier top 10 individuel sur la scène internationale.

Gaïazova, qui s'entraîne à Canmore, attribue cette récente émergence à de meilleures méthodes d'entraînement. «J'ai commencé à comprendre ce qui marche ou pas pour moi», expliquait-elle plus tôt cette semaine après sa 20e place au sprint des Mondiaux d'Oslo.

«J'ai fait un plan, j'ai une approche plus méthodique, a enchaîné celle qui avait été ralentie par une intolérance au gluten, il y a quelques années. Je ne veux pas skier simplement pour le plaisir.»

Hier, elle a pris le 37e rang du 10 km classique, une épreuve où elle n'avait pas de grandes attentes. Son grand objectif sur la colline d'Holmenkollen est le sprint par équipes, demain. Elle vise une place parmi les cinq premiers. «Mais on va se battre pour un podium», promet-elle.

Une étape à la fois

Lors d'un passage à Montréal, l'été dernier, Gaïazova a reçu une sérieuse dose d'encouragement de la part de son commanditaire de longue date, Saputo. «Ils m'ont dit: on veut t'aider, on croit en toi, en tes capacités pour les Jeux olympiques de 2014.»

Avec l'aide de Chris Rozdilsky, du Studio Powerwatts, Gaïazova a revu sa préparation de A à Z. Beaucoup de tests, d'analyses, avec la volonté de travailler sur ses faiblesses, comme ses départs et son approche mentale. «Tout est pensé en fonction du long terme, avec des repères mesurables. On veut bâtir une étape à la fois.»

Établie en Alberta depuis 2005, Gaïazova a moins l'occasion de revenir au Québec, sa patrie d'accueil. Elle y a encore beaucoup d'amis et d'anciens collègues skieurs, mais ses parents, microbiologistes, et son frère cadet vivent à Washington depuis trois ans.

Elle a appris avec tristesse la disparation récente de son club du mont Saint-Bruno, Skiélite, fondé par son premier entraîneur Luc Germain et auquel elle était toujours affiliée. «J'ai perdu un autre petit lien avec le Québec», souligne-t-elle.

Son coeur, dit-elle, est toujours dans l'est du Canada. Elle compte d'ailleurs revenir s'y installer une fois sa carrière terminée. Idéalement, ce serait à Montréal, où elle pourrait terminer la dernière année d'un baccalauréat en marketing à l'Université McGill. Mais comme son copain est originaire de Guelph, Gatineau pourrait s'avérer un bon compromis.

Avant toute chose, il y a les Jeux olympiques. Après avoir vécu ceux de Vancouver, dans son pays d'adoption, Gaïazova voit se profiler ceux de Sochi, dans son pays natal, avec une grande anticipation. Elle y voit l'occasion pour sa grand-mère maternelle de la voir en compétition pour la première fois. «Ce serait super spécial.»