Intimidés, craintifs. Deux mots maudits dans un vestiaire de hockey, où le taux de testostérone atteint des sommets inégalés.

Mis à jour le 20 avr. 2011
Mathias Brunet LA PRESSE

L'entraîneur du Junior de Montréal, Pascal Vincent, a toutefois osé les évoquer hier au bout du fil pour expliquer l'élimination prématurée de son équipe aux mains de Lewiston.

Montréal avait pourtant terminé deuxième au classement général en saison régulière avec 102 points, 18 de plus que ses adversaires.

«C'était notre crainte en novembre. On ne répondait pas bien quand on jouait contre des clubs robustes comme Val-d'Or, Shawinigan, Gatineau ou Lewiston. On gagnait des matchs, mais on sentait les gars nerveux et on exécutait mal. On a obtenu des joueurs pour améliorer la situation à la date limite des échanges, mais Viktor Hertzberg a raté les séries en raison d'une blessure et Raphaël Pouliot a fait ce qu'il a pu. Ce n'est pas un manque d'intensité, mais on avait de la difficulté à pénétrer la zone offensive parce que nos joueurs craignaient de subir la mise en échec pour faire leurs jeux.»

Avec le recul, Pascal Vincent, DG et entraîneur du Junior, aurait-il agi différemment?

«Tu regardes la performance de certains joueurs et tu te demandes si ç'a valu la peine d'aller les chercher. En même temps, on a accéléré le processus. On met généralement trois ans à bâtir un club alors qu'on partait à moins un l'an dernier avec le déménagement de St.John's à Montréal.

«Pour ce qui est de la portion entraîneurs, on a fait un excellent boulot, on a poussé fort toute l'année pour créer une culture de travail, mais il nous aurait fallu plus de temps pour défaire les joueurs de leurs craintes. Et on parle de joueurs importants.»

Certains - ils sont plus rares - reçoivent cependant de bonnes notes de la part de Pascal Vincent, qui a rencontré tous ses joueurs individuellement, hier, pour un bilan.

«Notre gardien Jean-François Bérubé a été extraordinaire. Les joueurs de soutien, Dylan Anderson, David Rose peuvent se dire qu'ils ont tout donné.»

Le cas Leblanc

Et le premier choix du Canadien, Louis Leblanc, qui a amassé neuf points en dix matchs?

«On a parlé avec les adjoints et aussi avec Louis, il s'agissait de sa quatrième équipe en autant de saisons, le midget AAA, l'USHL, Harvard et nous. Il n'a pas eu de stabilité. Et les attentes étaient immenses. Il était ciblé par les clubs adverses, autant physiquement que verbalement. Il ne fait absolument pas partie du groupe de joueurs qui ont été intimidés. Mais il devra apprendre à produire au sein d'un système collectif, à améliorer sa lecture de jeu et surtout à contrôler sa fougue et ses émotions. C'est un joueur ardent, mais il s'est brûlé à quelques occasions parce qu'il a mal réagi devant l'adversité. Il aura de la difficulté à jouer chez les professionnels s'il ne peut pas se contrôler et il en est conscient.»

Le jeune défenseur Xavier Ouellet, 17 ans, qui devrait être repêché dans les premières rondes par un club de la LNH en juin, a laissé une bonne impression à Pascal Vincent.

«Il a été l'un de nos défenseurs les plus constants, il est très intelligent, mais il doit travailler son explosion sur patins. Quand la fatigue le gagnait, il fermait moins bien l'écart entre l'adversaire et lui et appuyait moins l'attaque. Mais sa vision va s'améliorer tout comme son coup de patin. Dans l'ensemble, il a été très bon, c'est un combattant.»

Le Junior perd beaucoup de vétérans et recommencera donc une construction dès l'an prochain. Les partisans devront être patients.

«C'est un cycle, le junior. On va être jeunes, mais nous avons de bons joueurs de retour, comme Ouellet, et plusieurs espoirs intéressants dans le midget AAA. Pour l'instant, cependant, on digère notre défaite. On est déçus, frustrés même, mais en séries, il faut atteindre son sommet au bon moment et ce ne fut pas notre cas.»