Le 13e capitaine de l'histoire du Canadien n'est plus. Émile «Butch» Bouchard est mort samedi, des suites d'une longue maladie, à l'âge de 92 ans. L'animateur et analyste sportif Ron Fournier, proche de M. Bouchard, a confirmé qu'il avait rendu l'âme, entouré des siens, tôt samedi matin.

Gaétan Lauzon LA PRESSE

Géant pour son époque à 6 pieds 2 pouces et 205 livres, le défenseur, né le 4 septembre 1919, a oeuvré pendant 15 ans dans la Ligue nationale de hockey, toujours sous les couleurs du Canadien. Il a d'ailleurs contribué à relancer une équipe qui ne payait pas de mine. Le Tricolore avait présenté une fiche déficitaire pendant trois saisons d'affilée avant son arrivée en 1941-1942. Après s'être contenté d'un dossier de 18-27-3 cette saison-là, le Canadien a atteint la moyenne de ,500 (19-19-12) l'année suivante. Puis, en 1943-1944, il est passé à 38-5-7 et la saison a culminé avec la conquête de la Coupe Stanley. La venue de Maurice Richard en 1942-1943 n'a évidemment pas nui...

Les succès revenus au Forum, les assistances ont repris de l'allant. Quelques années plus tôt, les propriétaires avaient songé à dissoudre l'équipe ou à la vendre pour qu'elle soit déménagée à Cleveland. Le centenaire du CH et le retrait du numéro 3 auraient bien pu ne pas avoir lieu!

Bouchard a inscrit quatre fois son nom sur la Coupe Stanley, au terme des saisons 1944, 1946, 1953 et 1956 tout en agissant à titre de capitaine de l'équipe pendant huit ans.

Il a dû rater la moitié de sa dernière saison à cause de blessures. L'entraîneur-chef Hector «Toe» Blake l'a utilisé dans le match décisif de la finale, contre les Red Wings de Detroit.

Son coéquipier Jean Béliveau l'a cité comme modèle. «Il était un grand capitaine, et il a toujours fait tout en son pouvoir pour que l'opinion de chaque membre de l'équipe soit entendue. Quand je suis devenu capitaine à mon tour, dans les années 60, c'est lui qui a été mon modèle.»

Bouchard a été intronisé au Temple de la renommée en 1966. Le retrait du numéro 3 est survenu 43 ans plus tard, avant un match contre les Bruins de Boston qui coïncidait avec le 100e anniversaire du Canadien.

Bouchard et Elmer Lach, honoré le même soir, ont appris leur consécration quelques heures seulement avant l'événement. L'apothéose est survenue après une longue croisade de la famille Bouchard, appuyée par Ron Fournier et Réjean Tremblay, pour que le numéro 3 soit retiré.

«Quand j'ai parlé de cette idée à papa il y a trois ans, il m'a dit qu'il embarquait dans l'aventure pour laisser un souvenir à ses sept petits-enfants», a dit Jean Bouchard, le jour des célébrations, le 4 décembre 2009.

Ce soir-là, Ryan O'Byrne a remis le chandail numéro 3 à Bouchard et une bannière a été élevée au plafond du Centre Bell, aux côtés de Jacques Plante (1), Doug Harvey (2), Jean Béliveau (4), Bernard Geoffrion (5), Howie Morenz (7), Maurice Richard (9), Guy Lafleur (10), Yvan Cournoyer et Dickie Moore (12), Henri Richard et Lach (16), Serge Savard (18), Larry Robinson (19), Bob Gainey (23), Ken Dryden (29) et Patrick Roy (33).

Sa bannière hissée, Bouchard, dans son fauteuil roulant, a salué la foule en lui offrant des baisers soufflés.

Le sens des affaires

Bouchard a montré très tôt qu'il avait le sens des affaires. Avant la signature de son premier contrat avec le CH, il avait appris les salaires de Kenny Reardon et de Lach. Il a négocié pendant 10 jours et a obtenu 3500$, plus qu'eux.

Le nonagénaire a avoué qu'il ne cédait pas souvent en affaires. «J'ai plié une fois, a-t-il rappelé à Réjean Tremblay, dans La Presse, en janvier 2009. Après mon dernier match, après la conquête de la Coupe Stanley de 1956, les joueurs ont reçu 1000$ en récompense. Je suis allé voir Frank Selke, le directeur général. Il m'a dit: ''Toi, t'as fait assez fait d'argent avec le club, t'auras pas ton 1000$''. Mon restaurant marchait fort, j'avais joué pour faire plaisir à Toe Blake, qui me l'avait demandé, j'avais manqué plusieurs matchs. J'ai regardé Selke et je me suis dit que son 1000$, il pouvait bien se le mettre là où je pensais.»

Bouchard a possédé le restaurant Chez Butch Bouchard pendant quelques décennies. Situé angle Saint-André et De Maisonneuve, Chez Butch Bouchard était le rendez-vous du gratin de Montréal et du Québec.

Là non plus, Bouchard ne s'est pas laissé intimider. Même pas par la mafia.

Il a insufflé cette assurance à son fils Pierre, qui a pris soin de lui-même et de ses coéquipiers pendant plus de 10 saisons dans la LNH. Pierre, un joueur au talent limité, a gagné cinq fois la Coupe Stanley. Dans l'histoire de la LNH, Émile et Pierre sont le duo père-fils à avoir remporté la Coupe Stanley le plus souvent.

Émile Bouchard laisse dans le deuil sa femme, Marie-Claire, ses enfants, Émile fils, Jean, Michel, Pierre et Susan, ses petits-enfants et toute la grande famille du Canadien.







Émile «Butch» Bouchard au fil des années

- 1919 Naissance d'Émile Bouchard.

- 1940 Signe son premier contrat professionnel avec le Canadien de Montréal, qui l'envoie jouer pour Providence, dans la Ligue américaine.

- 1941 Début de sa carrière de 15 saisons dans l'uniforme du Canadien.

- 1945 Élu au sein de la première équipe d'étoiles de la LNH, un exploit qu'il répétera les deux années suivantes.

- 1946 Épouse Marie-Claire Macbeth, avec qui il aura cinq enfants.

- 1948 Ouvre le restaurant Butch Bouchard, rue de Montigny.

- 1948 Succède au gardien Bill Durnan à titre de capitaine du Canadien. Il portera le C jusqu'à sa retraite en 1956.

- 1956 Prend sa retraite du hockey après avoir remporté la Coupe Stanley pour la quatrième fois.

- 1956 Devient directeur du club de baseball des Royaux de Montréal

- 1961-62 Conseiller municipal à Longueuil

- 1966 Élu au Temple de la renommée du hockey

- 2009 Son chandail numéro 3 est retiré par le Canadien, au terme d'une longue campagne menée par l'animateur Ron Fournier.