Le «Prof» a livré sa dernière leçon. Ronald Caron est décédé dans la nuit de mardi à l'âge de 82 ans.

Mis à jour le 10 janv. 2012
Gaétan Lauzon LA PRESSE

Né à Montréal le 19 décembre 1929, il a longtemps enseigné l'anglais, le latin et la géographie au Collège Saint-Laurent et fait peu à peu sa place dans la Ligue nationale de hockey. De dépisteur à temps partiel du Canadien en 1961, il est devenu directeur général des Blues de St. Louis en 1983 et a occupé ce poste jusqu'en 1995.

Caron a souvent été servi par son flair. Il a incité Cliff Fletcher, DG des Flames de Calgary, à lui échanger Brett Hull. «À chaque fois que je croisais Fletcher, je lui disais que s'il voulait gagner la Coupe Stanley, j'avais ce qu'il lui fallait, soit un bon gardien et mon meilleur défenseur, a rappelé Caron à Mathias Brunet, dans La Presse, en août 2006. Le jour de la date limite des transactions (en 1988), il m'a donné un coup de fil et m'a dit en français: ''Ronald, veux-tu encore faire le trade''. J'ai répondu que j'étais toujours aussi sérieux et que j'allais lui donner Rick Wamsley et Rob Ramage. Cliff n'était pas chaud à l'idée de faire l'échange, mais ses dépisteurs l'ont convaincu.»

Les Flames ont gagné la Coupe Stanley en 1989, battant le Canadien en finale, et les Blues ont obtenu en Hull un franc-tireur hors pair. Hull a enfilé 41 buts à sa première saison dans l'uniforme des Blues, mais le meilleur était à venir.

Hull a composé un duo fantastique avec Adam Oates, que Caron a arraché aux Red Wings de Detroit au cours de l'été 1989. «J'avais besoin d'un centre pour jouer avec Hull et mes propriétaires étaient tannés de Bernie Federko, qui braillait tout le temps, s'est souvenu Caron. De plus, il ne patinait pas très vite. Malgré les quatre saisons de 100 points ou plus de Federko avec nous, mes propriétaires m'ont promis une Jaguar neuve si je m'en débarrassais. Je leur ai répondu de l'acheter tout de suite parce que l'échange allait être conclu le lendemain matin. Jacques Demers dirigeait les Red Wings et il m'a beaucoup aidé parce qu'il voulait Federko.»

Pendant que Caron roulait en Jaguar, le fils de Bobby Hull a réussi des saisons de 72, 86 et 70 buts, alimenté par les passes lumineuses d'Oates. Federko, lui, a pris sa retraite à l'été 1990 au terme d'une saison de 17 buts et 57 points sous les couleurs des Red Wings. «Un jour, un dépisteur des Wings a avoué à un de mes amis: "Ronnie, il m'a f... au coton avec Federko".»

Hull s'est toujours montré reconnaissant envers Caron. Il l'a invité à la cérémonie au cours de laquelle les Blues ont retiré son chandail en 2006.

Amoindri par un accident vasculaire cérébral subi quelques années plus tôt, Caron a dû refuser l'invitation. «Ce fut très difficile de ne pas pouvoir m'y rendre parce que j'ai passé de grands moments avec lui, a dit Caron à La Presse. Même en jet privé, parce que Brett a le coeur assez gros pour me l'offrir, ç'aurait été impossible. Je ne voulais pas devenir un problème pour ceux qui m'accompagneraient. J'ai pris la bonne décision. Il m'a passé un coup de fil avant la cérémonie.»

La sélection de Wickenheiser

Caron a quand même fait des choix moins judicieux dans sa carrière. Comme quand le Canadien a préféré Doug Wickenheiser à Denis Savard à titre de premier choix de la séance de repêchage de 1980. «On venait de choisir plusieurs petits joueurs à la fin des années 70, s'est défendu Caron auprès de Pierre Ladouceur, dans La Presse, en janvier 1999. On voulait donc un joueur de centre imposant. J'en avais parlé à Jean Béliveau et à Sam Pollock.

«Je connaissais Doug Wickenheiser depuis la saison 1975-1976. Il a récolté 89 buts et 170 points à sa dernière année avec les Pats de Regina. Ça n'a pas fonctionné comme on le voulait, mais ce n'était pas une façon d'amorcer la carrière d'un jeune joueur en le laissant dans les gradins à la première visite des Blackhawks de Chicago (et de Denis Savard) à Montréal.»

Wickenheiser a totalisé 44 buts et 61 mentions d'aide à ses trois premières saisons dans la LNH pendant que Savard, troisième choix de la séance, amassait 95 buts et 220 passes.

À son arrivée à St. Louis, Caron a donné une deuxième chance à Wickenheiser. «Il nous a donné quelques bonnes saisons. Sa venue à St. Louis lui a aussi permis de rencontrer celle qui allait devenir sa femme et de fonder une famille.»

Wickenheiser est mort des suites du cancer le 12 janvier 1999, à 37 ans. «Les dirigeants et les joueurs des Blues l'ont appuyé dans la maladie et Brett Hull a vendu tous ses trophées et souvenirs, a rappelé Caron quelques jours plus tard. Il a récolté 225 000 $ pour l'éducation des enfants de Doug.»

Sans l'ombre d'un doute, Hull et Wickenheiser ont fait partie des favoris du Prof. «Je peux échanger n'importe qui n'importe quand», a-t-il pourtant déjà affirmé.

Caron a aussi été à l'origine de la chasse folle aux joueurs autonomes. Il a dû sacrifier cinq choix de première ronde en embauchant Scott Stevens des Capitals de Washington. Stevens était un défenseur efficace, mais pas le plus allumé sur Terre. «On ne demande pas à un joueur de défense d'être diplômé de Harvard», a déclaré Caron, truculent, à Réjean Tremblay, de La Presse, en décembre 1991.

Ce n'est pas Harvard, mais la direction du cégep de Saint-Laurent a reconnu les succès de Ronald Caron dans les hautes sphères du hockey en nommant son aréna en son honneur en 2006.

Photo: François Roy, La Presse

Ronald Caron en 2006.