Il y a des jobs qui ne sont pas si faciles dans la vie. Tourner des boulettes chez McDo, par exemple. Se charger des relations publiques pour Barry Bonds. Et siéger au comité du Temple de la renommée du hockey.

Richard Labbé LA PRESSE

Les 18 décideurs du Temple sont critiqués chaque fois. Comme hier. Hier, ces gens-là ont décidé que quatre anciens joueurs allaient désormais avoir le droit de frayer parmi les immortels de la rondelle: Ed Belfour, Doug Gilmour, Joe Nieuwendyk et Mark Howe.

Mais comme chaque année, ce sont ceux qui ont été boudés qui reçoivent le plus d'attention. Ainsi, si je me fie un peu à ce que j'ai vu passer sur Twitter hier, vous avez été des dizaines et des dizaines à brûler votre plus belle chemise Pierre Cardin en apprenant que Pat Burns a été boudé par le comité. Encore une fois.

Pas besoin de m'envoyer le CV de Pat Burns. On le connaît bien, je crois. On sait pour les trophées, on sait pour les victoires. On sait que le regretté Pat mérite d'être là, parmi ceux que l'on n'oubliera jamais, et on se doute aussi que ce n'est qu'une question de temps dans son cas. Du moins, on l'espère.

Pendant que nous, au Québec, on s'époumonait en 140 caractères ou moins sur cet oubli honteux, certains collègues américains, eux, n'en revenaient toujours pas pour Fred Shero, un autre boudé. Ex-entraîneur disparu lui aussi, Shero a jadis mené les Flyers de Philadelphie à leurs deux seules conquêtes, au milieu des années 70. Lui non plus n'a toujours pas sa place au Temple.

Au Canada anglais, c'était une autre indignation. Collègues et fans sur Twitter se posaient la même question: comment ont-ils pu laisser Eric Lindros de côté? Un autre collègue journaliste, russe celui-là, n'en revenait pas de l'affront fait à Pavel Bure, boudé lui aussi.

Alors voilà. Des réactions régionales, en somme. Cela nous pousse à défendre la cause de ceux qu'on connaît. Est-ce que Pat Burns mérite plus sa place que Fred Shero? Fouillez-moi. Les deux clans ont des bons arguments, mais nous, par ici, on a évidemment un petit préjugé favorable pour le coloré monsieur Burns, qui nous a beaucoup plus marqués que Shero.

Puisque vous me le demandez, la classe de 2011 est impressionnante, et toutes ces anciennes gloires méritent leur place. J'ai seulement une petite réserve à l'endroit de monsieur Belfour, qui a été un gardien exceptionnel (en fait, le troisième gardien gagnant de l'histoire, avec 484 victoires au compteur), mais qui n'aura certes pas été un ambassadeur de premier plan pour son sport.

Je ne vais pas revenir ici sur les nombreuses frasques de celui que l'on surnommait Crazy Eddie (tapez seulement «Belfour» et «one billion dollars» dans Google, pour un exemple éloquent parmi tant d'autres), juste rappeler qu'en se comportant souvent comme un collégien en semaine de relâche, Belfour a maintes fois contribué à salir l'image de son sport. Avec le talent vient aussi une certaine forme de responsabilité, ne l'oublions pas.

Du reste, la place offerte à Belfour au Temple de la renommée nous rappelle que les joueurs sont seulement jugés pour ce qu'ils ont fait sur la patinoire. C'est Patrick Kane qui doit être content.