Des fois, c'est à se demander si la LNH ne le fait pas exprès.

Mis à jour le 20 avr. 2011
Richard Labbé LA PRESSE

La journée d'hier s'annonçait pourtant fabuleuse. En matinée, les médias avaient reçu un courriel de la ligue, annonçant une entente «majeure» avec les réseaux NBC et Versus. Le champagne était au frais, possiblement que Gary Bettman lui-même avait gonflé quelques ballons, bref, tout laissait croire que la ligue, grâce à sa nouvelle entente avec la télé américaine, allait enfin pouvoir prétendre rejoindre le club sélect des ligues majeures.

Puis, la ligue a annoncé des suspensions d'un match à Steve Downie et Chris Kunitz et tout d'un coup, la réalité nous a rattrapés: la LNH est bel et bien une ligue mineure.

On reconnaît une ligue mineure à son manque de professionnalisme, à son goût pour l'improvisation, à son absence de sérieux. La LNH d'aujourd'hui, c'est un peu tout ça. Et même pire.

Reculons un peu. Reculons au mois de mars et à cette réunion des DG en Floride. Repensons un peu à ce que les décideurs nous avaient promis à ce moment-là. De toutes ces belles promesses, j'en retiens deux, surtout: une volonté de punir plus sévèrement les récidivistes et une volonté de mieux protéger les joueurs, notamment en forçant un joueur victime d'un coup à la tête à retraiter au vestiaire, afin d'être vu par un médecin sur-le-champ.

Où sont passées ces belles promesses? Je vous le demande.

Dimanche, il y a eu l'infatigable Raffi Torres, des Canucks de Vancouver, qui s'est permis une charge à la tête de Brent Seabrook, des Blackhawks de Chicago. Encore sonné, Seabrook n'a pas joué hier soir.

Torres y était, lui. Il n'a pas été suspendu, et parmi les vagues explications de la ligue, il y a que ce coup s'est produit derrière le filet, un «hitting area» selon ce qu'il a été permis d'apprendre. Ça ne s'invente pas. Au fait, où est le «slashing area» ? On a hâte de savoir.

Torres est pourtant un récidiviste, mais bon, c'est les séries, alors ça ne compte plus. Notre ami Steve Downie est un récidiviste lui aussi. Il est aujourd'hui un membre du Lightning de Tampa Bay, mais lorsqu'il était un Flyers de Philadelphie il y a quatre ans, Downie avait tenté d'arracher la tête à Dean McAmmond, des Sénateurs d'Ottawa. La ligue lui avait d'ailleurs imposé une suspension bien méritée de 20 matchs.

Mais pour sa charge dangereuse de mardi soir aux dépens de Ben Lovejoy, des Penguins de Pittsburgh, - charge qui ressemble à celle sur McAmmond -, Downie s'en est pris pour un seul match cette fois-ci.

L'explication par courriel du préfet de discipline Colin Campbell: «Downie a quitté la surface et s'est lancé à la tête de son adversaire». Oui, c'est exactement ce qui s'est passé. Un gars dont les patins ne touchent plus à la glace, qui se lance à la tête d'un rival et qui est, en plus, un récidiviste.

Le verdict: un match.

Il y a tout ça. Et il y a Seabrook, homme courageux s'il en est, qui n'a pas quitté le match immédiatement après avoir été sonné par Torres l'autre soir. Selon les nouvelles règles, Seabrook ne devait-il pas voir un médecin dans une pièce silencieuse, à l'écart des autres, avant de pouvoir revenir sur la glace?

Plus ça va et plus on se demande ce que l'importante réunion des DG en Floride a donné.

Remarquez, c'est précisément le problème avec cette ligue. Chaque fois qu'elle semble évoluer, elle recule, elle s'enfonce encore plus. Gary Bettman peut bien triompher en annonçant son nouveau contrat de télé, cela ne vient rien changer à l'essentiel: la LNH est une ligue mineure qui se comporte en ligue mineure.

Ça explique pourquoi, dans certains marchés, la lutte professionnelle et les courses de tracteurs sont plus populaires.